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Carla Del Ponte, un Procureur qui n'a
pas froid aux yeux
(AFP
11/09/2003)
LA HAYE, 11 sept (AFP) - De la mafia sicilienne aux autorités rwandaises, des
"gnomes" de Zurich aux ultra-nationalistes serbes, Carla Del Ponte a accumulé,
au cours d'une carrière mouvementée, de nombreux ennemis, divers et variés.
Si la Suissesse la plus connue du monde a été contrainte d'abandonner son poste
de Procureur au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), elle reste
fermement aux commandes du Parquet de l'autre tribunal ad hoc de l'Onu, le
Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie installé à La Haye.
Dans son entourage, on se refuse à parler d'échec: "Le fait qu'elle n'ait pas
été reconduite au TPIR n'est pas un échec, tout le contraire puisque les menaces
qui pesaient sur l'indépendance du poste ont été écartées", dit sa porte-parole
Florence Hartmann.
Mme Del Ponte a mis en fureur les autorités de Kigali en manifestant son
intention d'enquêter sur des membres de l'Armée populaire rwandaisesproches du
pouvoir. Elle avait défendu bec et ongles son maintien au TPIR. Kofi Annan a
estimé que, "dans un souci d'efficacité", il était préférable de dédoubler les
postes de Procureur du TPI et du TPIR.
Connue pour son franc-parler, peu portée aux compromis et aux ronds de jambe,
cette petite femme blonde au visage volontaire et carré a su plaire aux média
mais a pris à rebrousse poils des intérêts puissants.
Résultat, sans doute, de cette accumulation d'ennemis de tous acabits, Mme Del
Ponte ne se déplace pas sans gardes du corps ni autrement qu'en voiture blindée.
Au TPI de La Haye, personne ne met en doute son dynamisme. Mais certains doutent
de l'envergure de ses connaissances juridiques: "Le droit, pour elle, c'est la
dernière roue de la charrette", confie un juriste du TPI.
Ses proches collaborateurs la disent humaine, chaleureuse et dotée d'un vrai
sens de l'humour.
En revanche, en Suisse, où elle a occupé jusqu'en 1999 les fonctions de
Procureur du parquet fédéral, on ne compte plus "les Carlophobes", notamment
dans les milieux bancaires où certaines enquêtes qu'elle a ouvertes contre des
membres de conseil d'administration de grandes banques n'ont pas laissé que des
bons souvenirs.
"Son caractère s'accorde mal avec le style feutré des autorités helvétiques",
confiait un diplomate suisse.
Agée de 56 ans, deux fois mariée, deux fois divorcée, Mme Del Ponte a commencé
sa carrière comme avocate avant de s'apercevoir que son caractère entier, son
inclination invincible à appeler un chat un chat, ne lui permettait pas
d'exercer en toute bonne conscience ce métier délicat.
Au parquet de Lugano, où elle est nommée en 1981, elle rencontre Giovanni
Falcone. C'est l'un des tournants de sa vie. Le célèbre juge italien, lui
apprend l'ABC de son métier : comment enquêter, comment procéder à un
interrogatoire, le rôle de l'éthique dans les fonctions d'un Procureur.
Ils collaborent ensemble dans des enquêtes sur la mafia italienne avant que
Falcone soit assassiné en Sicile en 1992.
En septembre 1999, le Conseil de sécurité de l'Onu la désigne Procureur du TPI.
Dans ses nouvelles fonctions, elle déploie sa qualité principale, la tenacité.
Elle devient la bête noire des nationalistes serbes mais en juin 2001, après des
semaines de suspense, elle obtient le transfert à La Haye de Slobodan Milosevic,
couronnement de sa carrière.
Restent les deux hommes dont les noms sont emblématiques des crimes les plus
monstrueux commis dans l'ex-Yougoslavie: Ratko Mladic et Radovan Karadzic. Le
Procureur s'est dépensé sans compter pour mettre fin à leur cavale, égratignant
l'inertie de l'Otan, tirant à boulets rouges sur la mauvaise volonté de
Belgrade, mais sans parvenir à ses fins.
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