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« On a gagné ! On a gagné ! » Et après !'

 

Le général major Paul Kagame est parvenu à se faire élire grâce à la machine « politico-militaire » du Front Patriotique Rwandais (ancienne rébellion au pouvoir depuis 1994) en promettant clairement le chaos s'il n'était pas reconduit.

A l'actif de son mouvement, il y aurait la sécurité, le retour des réfugiés, une croissance économique de deux chiffres, etc.

 

Les propagandistes du FPR ne sont pas peu fiers de ce dernier résultat même si le ministre de l'économie reconnaît, dans sa déclaration sur le budget de 2003, que cela est essentiellement le fruit d'un accroissement de la production agricole vivrière de 30%. Prions pour qu' il pleuve encore autant les années à venir. Sur le calendrier électoral, il reste encore les législatives du 29, 30 septembre et 1er octobre. Le Président nous a déjà prédit dans son discours du 31 mars 2003 à Bwisige que ne seraient élus que des individus qui partagent la vision du FPR pour le futur du pays.

 

Cette vision nous en avons eu un aperçu pendant la campagne électorale des présidentielles : la lutte contre le « divisionnisme », dont sont accusés tous ses adversaires devrait avoir pour résultat que les personnes qui ne sortent pas de ses rangs ou de ceux des partis qui ont fait campagne sans réserves pour le président sortant, de marginaliser ceux qui rêvent d'un contrepoids au FPR.

 

Donc si tout se passe aussi bien qu'en août, il ne devrait y avoir aucune force pour contrebalancer la toute puissance du FPR, son armée et ses cadres. Le statu quo actuel devrait être prolongé avec la seule différence que des élections sous surveillance l'auront cautionné. Il ne devrait donc pas y avoir de miracle même si le FPR aura les coudées encore plus franches 'si cela est possible - pour appliquer son programme prometteur.

 

Mais sans opposition, il est fort à parier que nous aurons pratiquement la même chose mais sans les excuses de sabotages ou des contraintes des autres partis ou de certaines puissances européennes. La même chose, c'est-à-dire une caste privilégiée de cadres du FPR et d'officiers de l'armée. Des hommes d'affaires et des commerçants proches du pouvoir dont les activités se concentrent sur les marchés publics et dont les bénéfices ne sont réinvestis pour l'essentiel qu'à Kigali ET des statistiques encourageantes qui emplissent d'aise ceux qui en vivent.

 

Alors que nous étions dans la liesse de la victoire triomphale de notre chef de l'Etat aux élections présidentielles, une dépêche d'une agence de presse évoquait la distribution de vivres par un ONG occidentale, dans la région du Bugesera' à une vingtaine de kilomètres de la capitale.

 

Va-t-on assister à un sursaut de nos autorités dopées qu'elles sont par la mobilisation électorale et par le score fulgurant de leur chef ' Rien n'est moins sûr : le budget du gouvernement nous montre que la Présidence de la République à elle seule a « consommé »en 2002 plus que le Parlement, les Services du Premier Ministre et la Cour suprême réunis ! ( 7,1 milliards de Frw contre 4,8). L'armée quant à elle se taillait la part du lion avec une trentaine de milliards, le double de l'Education, plus de 8 fois ce qui était alloué à la Santé et quasiment le tiers de tout le budget de l'Etat. Mais il est vrai que sans sécurité, point de salut. Nous verrons donc au courant des 7 prochaines années que durera le mandat présidentiel si les ressources pourront être canalisées vers les campagnes où vit ' mal ' la majorité de notre population ou mieux réparties au sommet. Pour qu'il y ait un Etat de droit, un des pré requis est la séparation des pouvoirs. Lorsque la dotation de la Présidence de la République équivaut presque au double du total des budgets réunis de l'Assemblée Nationale (pouvoir législatif) et de la Cour suprême (pouvoir judiciaire) on peut avoir des doutes sur la réalisation prochaine de ce pré requis.

 

 

Placide Muhigana

1er septembre 2003

 

 

P.S.: Sur un budget révisé total de 96 milliards, 51 ont été à la Présidence, au Ministère de l'Intérieur et à son extension du ministère de l'Administration locale et bien sûr, à la Défense. Le reste est allé aux 13 autres départements ministériels, au Parlement, à la Cour suprême et aux Services du Premier Ministre.

 

Vous pouvez consulter les chiffres du budget évoqué sur http://www.minecofin.gov.rw   

 

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