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Le président rwandais a prêté serment devant neuf chefs d'Etat africains

(AFP 12/09/2003)

KIGALI, 12 sept (AFP) - Après sa triomphale élection le 25 août avec 95% des voix, le président rwandais Paul Kagame a prêté serment vendredi dans un stade de Kigali devant neuf chefs d'Etat africains et quelque 30.000 personnes.

Il a également appelé la communauté internationale à respecter ce scrutin, dont le résultat a été contesté par le principal candidat de l'opposition Faustin Twagiramungu. Les observateurs de l'Union européenne ont de leur côté relevé des "fraudes" et "irrégularités".

M. Kagame a prêté serment peu avant 11h00 locales (09h00 GMT) devant le président de la Cour suprême Siméon Rwagasore: "Moi, Paul Kagame, président de la République du Rwanda, promet de respecter la Constitution et de travailler de tout mon coeur pour l'Union des Rwandais".

M. Rwagasore lui a remis le drapeau et l'emblème du pays. Cette prestation de serment a été suivie par les applaudissements nourris des spectateurs.

Neuf chefs d'Etat ont fait le déplacement. Il s'agit des présidents Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Olusegun Obasanjo (Nigeria), Yoweri Museveni (Ouganda), Domitien Ndayizeye (Burundi), Girma Wolde-Giorgis (Ethiopie), Ismaël Omar Guellah (Djibouti), Joaquim Chissano (Mozambique), Bakili Muluzi (Malawi) et Blaise Compaoré (Burkina Faso).

Plusieurs autres pays africains ont dépêché des délégations. La République démocratique du Congo (RDC) voisine était notamment représentée par deux de ses vice-présidents, Arthur Z'Ahidi Ngoma et Azarias Ruberwa.

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a dépêché à Kigali, pour l'occasion, son représentant spécial en RDC, William Swing.

Le représentant de l'Union européenne (UE) dans la région des Grands lacs Aldo Ajello était également présent.

Homme fort du Rwanda depuis neuf ans, le président sortant est ainsi intronisé devant ses pairs après avoir reçu, pour la première fois, l'onction des urnes.

A 46 ans, l'ex-chef rebelle tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) a été proclamé vainqueur, avec 95,05% des suffrages, de la première élection présidentielle pluraliste depuis l'indépendance de l'ancienne colonie belge, en 1962.

"Nous demandons, de la part de nos amis et partenaires de la communauté internationale, le respect de ce choix juste et légitime de notre peuple", a-t-il ensuite lancé en français. "Ce choix est le nôtre, aujourd'hui et demain", a-t-il martelé.

"Ce qui est inconcevable, c'est que les gens qui s'autoproclament experts du Rwanda veuillent banaliser ces horribles crimes en nous accusant à tort de tirer un profit politique de ces divisions, du génocide et des phobies qu'ils ont engendrées", a ajouté M. Kagame.

"Que personne ne trouve nulle offense quand nous usons de notre droit d'être nous-mêmes", a-t-il poursuivi. Ces propos ont été accueillis par une ovation.

M. Kagame, un anglophone, ne s'exprime jamais en français. Son discours a été prononcé en majorité en kinyarwanda, la langue nationale, mais le passage adressé à la communauté internationale a été répété par le président en français et en anglais.

"Tous les Rwandais ont eu peur de voir le divisionnisme prendre le pouvoir. Ils ont eu le courage de dire +non+ à ces idées négatives", a affirmé M. Kagame, en kinyarwanda.

Il s'est toutefois engagé à partager les fruits de sa "réussite" avec "tous les Rwandais, ceux qui ont voté pour moi et ceux qui n'ont pas voté pour moi".

M. Twagiramungu, un Hutu modéré, a été crédité de 3,62% des voix à la présidentielle et un troisième candidat, l'ex-ministre Jean-Népomuscène Nayinzira, de 1,33% des suffrages.

© Copyright AFP


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Electronique et danseurs pieds nus pour l'investiture de M. Kagame
(AFP 13/09/2003)

KIGALI, 12 sept (AFP) - Pendant que défilait les messages de félicitations sur le panneau électronique du plus grand stade de Kigali, le président Paul Kagame a reçu vendredi le bouclier ancestral, symbole de pouvoir, devant plus de 30.000 spectateurs dansant et hurlant des chants de victoire.

Même mélange de modernité et de tradition entre les 4x4 rutilants convoyant les chefs d'Etat invités, les hélicoptères qui survolaient le stade fraîchement repeint aux couleurs nationales - jaune-bleu-vert - et les danseurs aux pieds nus, dont certaines chorégraphies remontaient à la monarchie rwandaise, bien avant la colonisation et l'indépendance.

Des guerriers "Intore" ("les Elus"), torse nu, la taille prise dans une peau de léopard, longue crinière jaune et bouclier en main, secouaient la tête en sautillant sur place au son d'un chant célébrant leur bravoure.

Dans le public, sous un soleil éclatant, des milliers de parapluies imprimés du portrait de M. Kagame dessinaient d'autres danses, accompagnés par autant de drapeaux nationaux frappés de l'emblème du parti présidentiel, le Front patriotique rwandais (FPR).

Un millier de soldats et de policiers ont fait un tour de piste, sous les applaudissements de la foule et aux accents d'une fanfare; pourtant la part militaire de la cérémonie est restée très réduite comparé à la moyenne des manifestations officielles au Rwanda.

Parmi les neuf chefs d'Etat présents, dont le président nigérian Olusegun Obasanjo et le sud-africain Thabo Mbeki, l'ovation la plus enthousiaste a été réservée au voisin du Rwanda, le président ougandais Yoweri Museveni applaudi à la moindre occasion.

M. Kagame, qui a passé une bonne partie de son enfance et de sa jeunesse en Ouganda, comme beaucoup de dignitaires rwandais, a été un moment très proche du président ougandais quand il a fait partie du groupe des "27 héros-fondateurs" de l'Armée nationale de résistance (NRA) ougandaise, sous le commandement de M. Museveni.

Leurs relations se sont tendues ces dernières années mais, vendredi, les deux présidents sont apparus en très bons termes, échangeant plusieurs poignées de mains chaleureuses lors d'une conversation en tête-à-tête.

Après son discours, en langue locale kinyarwanda mais émaillé de deux passages en anglais et en français dans lesquels il appelait la communauté internationale à "respecter" les résultats de l'élection présidentielle, M. Kagame était manifestement ému. Au point de s'essuyer les yeux d'un mouchoir blanc.

Il venait de lancer un message à la délégation de 70 observateurs de l'Union européenne : ceux-ci avaient jeté une petite ombre sur son écrasante victoire à 95,05% dans la présidentielle du 25 août en évoquant des "fraudes" et des "irrégularités" dans le scrutin. Tout en soulignant que l'élection marquait "un pas important dans le processus démocratique" au Rwanda.

© Copyright AFP

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