Faustin
Twagiramungu est l’un des grands
acteurs-témoins du Rwanda de 1994.
Pourtant, ce n’est que le 13 avril
2000, près de cinq ans après le
début des enquêtes menées par le
bureau du procureur du TPIR, que
l’ancien premier ministre a été
entendu pour la première fois par
des membres du parquet. Ce simple
fait peut illustrer de façon
instructive la qualité des
investigations engagées au sein de
la juridiction internationale. Il
devient plus troublant lorsqu’il
s’avère que la déposition de
Faustin Twagiramungu consiste en
seulement six pages, écrites en
gros caractères, qui sont censées
refléter « six heures »
d’entretien, selon le témoin. Six
heures que les enquêteurs n’ont
pas non plus juger bon
d’enregistrer.
L’embarras
s’accroît encore à la lecture
dudit document. Celui-ci
représente tout d’abord des
considérations générales sur le
contexte politique et militaire
dans lequel ont été formulés les
accords de paix d’Arusha. Le récit
est un peu plus détaillé sur la
façon dont le témoin a vécu la
nuit du 6 au 7 avril. Puis,
suivent des observations en deux
lignes sur un certain nombre de
dirigeants occupants des postes de
responsabilité entre avril et
juillet 1994 et qui sont
aujourd’hui presque tous détenus
par le TPIR : Jérôme Bicamumpaka,
Joseph Nzirorera, Edouard Karemera,
Casimir Bizimungu, Justin Mugenzi,
Eliezer Niyitegeka, André
Ntagerura, Alphonse Nteziryayo,
Pauline Nyiramasuhuko, Callixte
Nzabonimana et Tharcisse Renzaho.
Ceux qui en attendent des
révélations ou un caractère utile
seront largement déçus même si,
pour trois d’entre eux, les
accusations portées – de façon on
ne peut plus succincte – sont
d’une gravité réelle. Enfin, une
dernière page est consacrée aux
assassinats de Gapyisi et Gatabazi,
pour lesquels Faustin Twagiramungu
accuse le FPR.
Ignorance et
mauvais usages
La faible
teneur de cette déclaration écrite
laisse donc dubitatif. Mais le
document est aussi devenu un point
d’irritation entre le témoin et le
bureau du procureur. Pour Faustin
Twagiramungu, il ne s’agissait pas
d’un témoignage en vue d’un
procès, mais d’une démarche visant
à aider l’accusation dans ses
enquêtes. Dans son entretien à
Diplomatie Judiciaire, il explique
tout d’abord que « au bout
d’environ six mois, le document
circulait à Bruxelles, chez
certains Rwandais qui ne m’aiment
pas, pour dire : voilà, monsieur
Faustin accuse tout le monde dans
une interview qu’il a donnée au
procureur et qu’il a signée. C’est
extrêmement dangereux que les
documents qualifiés de
confidentiels puissent apparaître
ainsi pratiquement dans la rue. On
m’a conseillé d’en faire part à
madame del Ponte. Mais je me suis
dit que je n’allais pas chicaner
sur cette affaire. »
Lors de son
témoignage à la Cour, Faustin
Twagiramungu a eu la délicate
surprise de voir le procureur
tenter d’utiliser ce document pour
le mettre en contradiction. Le
parquet l’a, enfin, versé dans le
domaine public en le déposant
comme pièce a conviction. « Je le
regrette beaucoup. Parce que ces
gens ne m’ont pas demandé de venir
faire un témoignage devant les
tribunaux. Je leur donnais des
informations qui pourraient leur
servir éventuellement à mener à
bien leur travail. Est-ce une
façon de procéder ? Je ne
comprends pas. Ce que je leur ai
dit n’est pas faux, mais je
regrette l’usage qu’ils en ont
fait. Devrais-je accuser le
tribunal d’avoir utilisé ce que
j’ai dit contre moi, comme a
semblé le faire le procureur ? Ce
tribunal va avoir des problèmes
car la plupart de ces gens qui
sont au bureau du procureur
ignorent complètement notre
histoire », prévient l’ancien
dirigeant politique.