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Présidentielle au
Rwanda: début de campagne dans un
climat tendu (AFP 03/08/2003)
KIGALI, 3 août (AFP) - La campagne
pour l'élection présidentielle du 25
août au Rwanda s'est ouverte dans un
climat politique tendu, l'opposant
Faustin Twagiramungu, principal
adversaire du président sortant Paul
Kagame tirant à boulet rouge sur le
régime au pouvoir.
M. Twagiramungu, un Hutu modéré qui
fut Premier ministre dans le premier
gouvernement formé en juillet 1994,
après le génocide, par le Front
patriotique rwandais (FPR,
ex-rébellion tutsie) de M. Kagame, a
accusé vendredi, dès l'ouverture de la
campagne, le pouvoir de mettre en
place une "dictature dure".
Ce petit pays d'Afrique centrale
s'apprête pourtant à vivre la première
élection présidentielle pluraliste
depuis son indépendance en 1962, et le
plus important scrutin depuis le
génocide.
En adoptant par référendum le 26 mai
une nouvelle Constitution qui autorise
le multipartisme tout en l'encadrant,
les Rwandais ont tourné la page de la
transition, en cours depuis neuf ans.
Outre MM. Kagame et Twagiramungu, deux
candidats mineurs briguent la
présidence : Alivera Mukabaramba,
candidate du Parti du progrès et de la
concorde (PPC, gauche) et
Jean-Népomuscène Nayinzira
(indépendant), un ancien ministre
écarté de la scène politique l'an
dernier pour "mauvaise moralité".
"Parler de dictature alors qu'on a
autorisé le multipartisme, c'est de la
mauvaise foi", a affirmé samedi à
l'AFP le responsable de la
communication du FPR, Servilien
Sebasoni, en réponse aux accusations
de M. Twagiramungu.
"Une dictature ne l'aurait pas
autorisé à rentrer, mais c'est vrai
qu'il a un handicap: sa longue absence
du Rwanda lui a fait accumuler un
retard énorme".
Rentré en juin après huit ans d'exil
en Europe, M. Twagiramungu a estimé
que la campagne commençait "sur de
mauvaises bases", et assuré que le FPR
avait "réservé à l'avance tous les
stades pour empêcher les autres
candidats de faire campagne".
"Le FPR part avec un avantage
tellement grand en termes de moyens et
de présence sur le terrain, qu'aucune
concurrence n'est possible", a pour sa
part déclaré samedi à l'AFP un
diplomate occidental en poste à
Kigali, qui a requis l'anonymat.
"Des personnes censées être neutres,
comme des fonctionnaires locaux ou des
militaires, +sensibilisent+ les gens
pour qu'ils votent Kagame. Parfois,
cette +sensibilisation+ va jusqu'à
l'intimidation", a-t-il ajouté.
Qui plus est, M. Twagiramungu,
contraint de se présenter en tant
qu'indépendant, ne dispose pas du
soutien d'une structure politique.
L'exécutif a en effet réclamé au
printemps la dissolution de son parti,
le Mouvement démocratique républicain
(MDR), principale formation à
dominante hutue, accusée de
"divisionnisme ethnique".
Cette accusation est très grave dans
ce pays de huit millions d'habitants
encore traumatisé par les massacres de
1994, qui ont fait près d'un million
de morts parmi la minorité tutsie et
les Hutus modérés, selon Kigali.
Le MDR n'a pas pu demander un nouvel
agrément au gouvernement comme étaient
censés le faire les anciens partis
après l'adoption de la Constitution.
L'Alliance pour la démocratie,
l'équité et le progrès (Adep-Mizero),
une formation censée naître des
cendres du MDR, n'a toujours pas reçu
l'agrément gouvernemental.
Son président, Célestin Kabanda, ainsi
que quatre autres ex-membres du MDR,
Léonard Kavutse, Innocent Sibomana,
Jean-Marie Vianney Karengera et
Faustin Minani ont été interrogés à
plusieurs reprises cette semaine par
la police, qui les accuse de
"divisionnisme ethnique".
M. Kavutse et M. Minani, le secrétaire
général de l'Adep, rentré vendredi de
l'étranger, étaient toujours
interrogés samedi, a déclaré à l'AFP
le porte-parole de la police, Tony
Kuramba.
Il a précisé qu'ils n'étaient pas en
état d'arrestation et qu'ils seraient
autorisés, comme chaque jour, à
regagner leur domicile pour la nuit.
© Copyright AFP
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