COLETTE BRAECKMAN
D'ici la fin de l'année, le Rwanda connaîtra des échéances importantes: un référendum, des élections législatives et présidentielles, dont la
date officielle n'est toujours pas fixée, pas plus que la liste des
candidats. On sait seulement que le président actuel, le général-major Paul Kagame, a l'intention de se présenter comme candidat à sa propre
succession.
Depuis Bruxelles, l'ancien Premier ministre Faustin Twagiramungu nous a
communiqué sa décision de se porter candidat à l'élection
présidentielle.
Avant de décider de se lancer dans la bataille, M. Twagiramungu
explique qu'il a voyagé aux Etats-Unis, où il a été reçu au plus haut niveau
(Département d'Etat, Conseil national de sécurité). Il y a aussi
rencontré des membres de l'opposition rwandaise en exil, dont l'ancien
président du Sénat Joseph Sebarenzi et Alexandre Kimenyi, un « dissident » du
Front patriotique rwandais. Tous, assure-t-il, l'ont encouragé à suivre
la voie pacifique et à poser sa candidature.
Soutenu par une partie de l'opposition en exil, M. Twagiramungu
reconnaît cependant qu'il n'a pas réussi à convaincre les FDLR (Forces pour la
démocratie et la libération du Rwanda), considérées par Kigali comme
des « génocidaires », à abandonner les armes. Il a cependant bon espoir
de recueillir des voix sur le terrain : Les gens sur les collines sont
parfaitement capables de faire un choix politique et ils connaissent le
sens de mon combat. M. Twagiramungu sait que le président Kagame espère
recueillir de nombreux suffrages parmi les Hutus, et il estime que
c'est dans ce but que le président a décidé de libérer plus de 40.000
détenus soupçonnés d'avoir participé au génocide, une décision qui suscite
l'inquiétude des rescapés, et qu'ils considèrent comme électoraliste.
Compte tenu de son passé politique, M. Twagiramungu estime avoir de
fortes chances de l'emporter. En effet, il est, par alliance, apparenté au
premier président du pays, Grégoire Kayibanda, et donc soutenu par les
Hutus du Sud. Mais surtout, Premier ministre désigné en 1993 par les
accords d'Arusha, il était apparu comme le chef de file des « Hutus
modérés » et avait été pris pour cible par les extrémistes du clan
présidentiel. Plusieurs de ses proches furent massacrés lors du génocide et
c'est par miracle que lui-même eut la vie sauve.
Des liens régionaux
Durant la première année qui suivit la victoire du FPR en juillet 1994,
il fut Premier ministre ; mais très vite, de profondes divergences
l'opposèrent à ses alliés politiques, jusqu'à ce qu'en 1995, il choisisse
l'exil en Belgique. Agé de 57 ans, M. Twagiramungu, qui ne s'est jamais
lié aux nombreux groupes hutus se trouvant en Europe, se montre très
critique à l'égard du pouvoir actuel. Se prévalant des contacts noués en
Europe et ailleurs, il estime aussi qu'il pourrait nouer le dialogue
avec les voisins congolais et burundais et faire progresser la cause de
la paix dans la région.·