Présentation

Mot du Président
Présentation du site
Nos motivations
Outils démocratiques

Partenaires 

Programme

Secteurs du programme:

  Politique     Economie

  Affaires sociales

  Technique

  Justice    Education  

Actualité

Introduction
Droits de l'homme
Démocratie

Services

Questions fréquentes
Addresser un courier
Les sites

Le livre d'or
Contacts

Lettre d'informations

 Inscription à la lettre d'infos
 

Histoire

Histoire      Economie

Politique et administration

Valeurs démocratiques 

Notre agenda

Communiqué de presse
Notre agenda 

Page d'accueil 

 

Articles  lettre

Fiévreuse fin de campagne électorale

C'est le premier scrutin présidentiel multipartite depuis l'indépendance du Rwanda. Mais Paul Kagame affronte des rivaux faibles et menacés.

 

REPORTAGE

COLETTE BRAECKMAN,

envoyée spéciale à Kigali

A 56 ans, je n'ai jamais voté, sauf une fois, alors que j'étais réfugié au Zaïre, où on m'a forcé à lever le bras en faveur du député présenté par le parti unique… Pour Gasana comme pour bien d'autres Rwandais, ces élections présidentielles sont historiques : la dernière consultation plus ou moins libre à laquelle ils ont été conviés remonte à 1961, lorsque les Belges les ont appelés à choisir entre la monarchie et la république.

Par la suite, les présidents Kayibanda et Habyarimana n'ont organisé que des plébiscites joués d'avance, tandis que les Tutsis étaient contraints à l'exil ou marginalisés. Ce qui conduisit le Front patriotique rwandais à ouvrir les hostilités depuis l'Ouganda, en 1990, pour contraindre Habyarimana à partager le pouvoir. Ce partage fut scellé par les accords d'Arusha en 1993, qui consacraient le multipartisme et ouvraient la transition politique. On connaît la suite : le génocide qui fit un million de morts, la prise de pouvoir par le FPR après sa victoire militaire de juillet 1994. Alors que les Tutsis exilés regagnaient massivement le Rwanda, le FPR, soucieux de respecter, au moins formellement, les engagements pris à Arusha, gouvernait en coalition avec d'autres partis, seuls les extrémistes du Hutu Power, auteurs du génocide, étant mis hors la loi.

Les difficultés ne manquèrent pas. Sur le plan politique, la transition, considérée comme une période d'exception et plusieurs fois prolongée, devait nécessairement prendre fin, pour que le Rwanda redevienne un pays « normal » avec des institutions stables, un pouvoir démocratiquement élu, internationalement reconnu.

A quelques mois du dixième anniversaire du génocide, le FPR s'est donc lancé, cette année, dans cet exercice marqué par trois étapes : le référendum constitutionnel, qui s'est tenu au printemps, les élections présidentielles de ce 25 août, et les élections législatives, prévues pour le 29 septembre.

Alors qu'au Burundi voisin, la reconnaissance du fait ethnique est la base du partage du pouvoir, au Rwanda, le dogme, c'est l'unité, le dépassement des clivages ethniques, au bénéfice d'une identité citoyenne. Ce qui amène le FPR à proposer comme candidat à la présidence Paul Kagame, un Tutsi réfugié d'Ouganda, vainqueur militaire en 1994, qui, d'une poigne de fer, a rétabli la stabilité et la sécurité du pays, n'hésitant pas à broyer les éventuels opposants et à porter la guerre au Congo pour y poursuivre les « génocidaires ».

La voie a été étroitement balisée, par la nouvelle Constitution, par la loi électorale qui bannit toute référence ethnique, par la prééminence du FPR qui domine de loin ses rivaux éventuels. C'est ainsi que six partis politiques d'opposition, qui ne présentent pas de candidats, soutiennent Kagame et que deux des candidats à la présidence, Nepomuscène Nayinzira, un indépendant, et Alivera Mukabaramba, au nom du Parti du progrès et de la concorde, sont pratiquement invisibles - Mme Mukabaramba a d'ailleurs retiré sa candidature à la veille du scrutin. Leur manque de moyens est flagrant : ils n'ont ni tracts, ni affiches, ni argent pour faire le tour des provinces.

Le cas de Faustin Twagiramungu est différent : rentré d'exil en Belgique, lui non plus n'a pas de moyens et ne peut se payer aucune publicité, l'organisation de sa campagne est erratique, et son éloquence ne remplace pas la solide argumentation de Kagame. Mais l'homme est connu, pour avoir été, avant 1994, le champion de l'opposition démocratique, pour avoir été Premier ministre aux côtés du FPR en 1994, pour être lui aussi un rescapé du génocide. Lorsqu'il décida de rentrer au Rwanda afin d'exercer ses droits de citoyen, on aurait pu croire que sa candidature allait être la caution démocratique (sinon l'alibi) d'un scrutin joué d'avance. D'aucuns ont même soupçonné un accord préalable avec le FPR.

Mais la campagne a révélé des surprises : dans ses rallyes improvisés, Twagiramungu a attiré plus de monde que prévu, ses discours ont fait mouche, et, surtout, la réaction de ses puissants adversaires s'est révélée totalement disproportionnée.

En effet, pour avoir déclaré : Nous ne devons pas oublier qui nous sommes, d'où nous venons, pour avoir évoqué la mémoire des victimes hutues et réclamé que tous les orphelins, hutus et tutsis, soient aidés par l'État, le candidat s'est vu accuser de divisionnisme, soupçonné de jouer la carte de l'ethnisme. Au fil des jours, la tension a monté : les collaborateurs de Twagiramungu ont été interpellés par la Sûreté, ses partisans intimidés, 12 membres de son QG de campagne ont été arrêtés par la police.

Le climat de peur rappelle les jours qui précédèrent le génocide, nous souffle un militant des droits de l'homme. C'est la terreur, nous assure un ami, avant de raccrocher le téléphone !

La Commission pour l'unité et la réconciliation accuse désormais Twagiramungu d'entretenir des liens avec les rebelles hutus du Burundi et de vouloir déstabiliser le pays. L'organe officieux du régime, « The New Times », compare son ancien parti au Ku Klux Klan et presse Kagame, sitôt élu, d'arrêter l'ancien Premier ministre, lui reprochant même d'avoir été reçu à l'ambassade des Etats-Unis... Dans son petit appartement, l'homme s'attend désormais au pire. S'ils doivent m'amener en prison, où je rejoindrai l'ancien président Bizimungu, ils le feront ici, je ne fuirai pas..., assure-t-il.

Samedi après-midi, au stade Amahoro de Kigali, Kagame a fait le plein de ses partisans. L'orchestre a joué du rap, du hip hop, la foule survoltée a fait trembler les travées. L'homme fort a révélé des qualités de tribun dans une dernière adresse. Et enfin, le poing tendu, tous d'une seule voix ont entonné Izinzi (nous avons gagné).

C'est le chant des Inkontanyi, la chanson fétiche qui a accompagné toutes nos victoires, depuis l'Ouganda, depuis Mulindi, l'ancien quartier général des « rebelles », nous souffle Joseph, un militant de la première heure.

La victoire de Kagame, une fois de plus, est certaine, mais, cette fois, elle aura été acquise sans péril.·

****

Rwanda - Paul Kagame se comporte en vainqueur des premières élections présidentielles libres
Tous aux urnes, dans la sérénité

Les Rwandais ont franchi une nouvelle étape démocratique. Loin des massacres de 1994, Hutus et Tutsis ont voté ensemble. En masse et dans le calme.

 

REPORTAGE

COLETTE BRAECKMAN, envoyée spéciale à Save, près de Butare

C'est sur la colline de Save, à la périphérie du royaume de Nyanza, que s'installèrent jadis les premiers missionnaires. Depuis, les vastes bâtiments de brique rouge n'ont jamais vibré qu'au rythme des messes et chants religieux. Ce lundi matin toutefois, c'est une cérémonie d'un autre genre qui s'est déroulée dans les classes de l'école technique : les premières élections présidentielles qu'ait jamais connues le Rwanda, où plusieurs candidats se disputent les suffrages des électeurs.

Dès 5 heures du matin, les officiants étaient en place : vêtus de chemises imprimées jaunes, les membres des bureaux de vote, présidents et assesseurs, s'affairaient à dresser les isoloirs, de modestes bancs d'école entourés de bâches et parfaitement hermétiques, à mettre en place les registres électoraux. Après que tous, le visage grave, eurent prêté serment, on amena les urnes. Tous les observateurs présents furent invités à vérifier que les petites caisses de bois étaient bien vides, après quoi elles furent clouées et dressées devant les isoloirs.

Alors que les opérations de vote devaient commencer à 6 heures, les files s'étaient déjà formées bien avant l'ouverture des bureaux. Ils étaient tous là, ces paysans des collines, les hommes avec des vestons sombres, les femmes avec leur plus belle robe, des pagnes d'origine congolaise, de vastes batiks venus d'Afrique de l'Ouest. Tous là, les Hutus et les Tutsis, les uns derrière les autres, à attendre leur tour en file indienne, tous serrant leur carte d'électeur, paisibles, souriants, déterminés aussi.

Comment imaginer que, voici neuf ans, à Save et ailleurs, ces mêmes gens, drogués par la haine, par la manipulation politique, massacraient leurs voisins ? Aujourd'hui, les démons semblent calmés et Violette, une très jolie jeune femme aux cheveux tressés, nous l'assure : Le Rwanda a changé, nous revoilà tous ensemble, un même peuple… Même s'il y a eu un peu de nervosité durant la campagne, ces élections nous permettent de nous retrouver, tous mélangés...

Dès que les bureaux s'ouvrent, les vieux, les femmes enceintes, les handicapés, prioritaires, se dirigent vers les isoloirs, avec à la main une feuille rectangulaire où s'affichent les visages des quatre candidats (ou plutôt des trois, Alivera Mukambaramba s'étant désistée in extremis).

La mine grave, sans traîner, chacun fait son choix puis dépose son bulletin dans l'urne comme s'il s'agissait d'une hostie. A la sortie, la vieille Fulgence, née en 1922, n'en finit pas de montrer son pouce tâché d'encre, de nous adresser un sourire édenté et heureux. Un peu plus loin, à Kinteko, la même scène: des files disciplinées, des assesseurs patients et ces gens qui se dirigent vers les bureaux de vote comme hier vers la messe.

Tom, qui vit à Kigali, a obtenu l'autorisation de voter ici, à la périphérie de Butare. Emu, ce grand gaillard de 45 ans nous rappelle qu'en 1959, c'est d'ici, dans les bras de ma mère, que j'ai fui vers le Burundi puis la Tanzanie. Mon père a été tué en cours de route, je n'étais jamais revenu dans ce berceau de ma famille et c'est en ce lieu que j'ai voulu venir voter pour la première fois.

Presque partout, les observateurs circulent, un badge blanc sur la poitrine. Peu d'internationaux (200 pour 10.000 bureaux de vote…), mais des membres de la Commission rwandaise des droits de l'homme, d'ONG nationales agréées, et des observateurs du FPR. Du FPR seulement, ce qui donne une légère impression de double emploi avec les autres intervenants. En effet, faute de moyens, le candidat indépendant Nayizira n'a envoyé personne. Quant à Faustin Twagiramungu, non seulement il n'a pas pu déployer des observateurs dans tout le pays, mais surtout il a choisi de retirer la plupart d'entre eux après l'arrestation de douze de ses partisans.

Alors que, de Butare à Kigali, tous les bureaux de vote que nous avons visités affichaient un calme parfait et avaient enregistré leurs 600 votes chacun bien avant l'heure de clôture, les accusations proférées l'après-midi même par Frank Mugambage, le chef de la police, apparaissaient presque surréalistes. Il assura en effet, avec toute la prudence imposée par une enquête encore en cours, que douze partisans de l'ancien Premier ministre, arrêtés car ils tenaient une réunion illégale, étaient passés aux aveux et avaient reconnu avoir eu l'intention de troubler les élections en plusieurs endroits du pays, en distribuant des armes à feu, des grenades.

Dans les jours à venir, on saura si ces accusations ont quelque fondement ou s'il s'agit de manœuvres visant à préparer l'opinion à l'arrestation du candidat Twagiramungu, auquel le pouvoir, textes et enregistrements à l'appui, reproche d'avoir tenu des propos visant à dresser les Rwandais les uns contre les autres, d'avoir appelé, faute d'autres arguments, au vote ethnique. A Butare par ailleurs, nous avons appris que des Hutus venus du Burundi tout proche, avaient essayé d'exciter leurs voisins, mais sans succès apparent.

Pour Léa, une religieuse qui vit sur les collines avec les veuves et les rescapées, tout cela ne prend plus… Twagiramungu, qui a vécu trop longtemps à l'étranger, ne sait pas que le pays a changé. C'est en masse que les paysans, le mois dernier, sont venus acclamer Kagame, sans y avoir été forcés. Ils lui sont reconnaissants d'avoir ramené la sécurité, la paix. Ils le créditent d'avoir lancé des mutuelles qui permettent l'accès aux soins de santé à des prix abordables, d'avoir rendu gratuit l'enseignement primaire, et le secondaire demain. Tout cela, sur le plan social, c'est du concret, et les pauvres d'ici y sont sensibles… Un peu plus loin, à Cyarwa, Modeste, avec son rond visage de Hutu, n'exprime pas autre chose : Je suis content, j'ai voté pour le meilleur.

Tout indique donc que Kagame, qui n'avait pas, il faut le rappeler, de rival à sa mesure, a remporté son défi et que le peuple rwandais a franchi une nouvelle étape dans la pédagogie démocratique. Mais pourquoi diable le FPR se croit-il obligé de ternir sa probable victoire en instruisant un procès en sorcellerie contre son seul véritable adversaire ?·

 

****

Rwanda: Faustin Twagiramungu, l'éternel rival de Paul Kagame
(AFP 25/08/2003)

KIGALI, 25 août (AFP) - Faustin Twagiramungu, candidat à l'élection présidentielle de ce lundi au Rwanda, s'est forgé une image d'éternel opposant, au régime extrémiste hutu de Juvénal Habyarimana avant le génocide, puis au Front patriotique rwandais (FPR), en osant défier le président sortant Paul Kagame.

Ce Hutu modéré a été le premier chef de gouvernement après les massacres de 1994, avant de devenir l'une des principales figures de l'opposition en exil.

Né dans la province de Cyangugu, dans le sud-ouest du Rwanda, en août 1945, M. Twagiramungu passe sept ans au Canada, où il fait ses études de 1968 à 1975, au terme desquelles il décroche une maîtrise d'économie du développement, puis débute sa carrière dans le secteur privé, dans le secteur du transport routier.

Il épouse la fille du premier président du Rwanda, Grégoire Kayibanda, renversé en 1973 par le général Juvénal Habyarimana.

Lorsque ce dernier, après le déclenchement d'une rébellion par les Tutsis du FPR, autorise le multipartisme en 1991, M. Twagiramungu refonde le parti de son beau-père, le Mouvement démocratique républicain (MDR). Cet homme au verbe acéré et à la voix studieusement posée devient l'un des principaux opposants au régime de M. Habyarimana.

Membre d'un gouvernement de transition, le MDR se scinde en deux ailes: l'une, hostile à toute négociation avec le FPR, se rapproche des extrémistes du "Hutu Power"; l'autre est favorable aux pourparlers.

M. Twagiramungu devient le chef de file des "modérés" et l'allié objectif de son futur rival, M. Kagame.

En août 1993, la signature de l'accord de paix d'Arusha prévoit l'instauration d'un gouvernement incluant le FPR et dont le chef du MDR est le Premier ministre désigné. Mais cet exécutif ne verra jamais le jour.

Le génocide commence dans la nuit du 6 au 7 avril 1994 et fera, en près de cent jours, un million de morts parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés, selon Kigali.

M. Twagiramungu, considéré comme un traître par les génocidaires, se réfugie auprès de la Mission des Nations unies au Rwanda (Minuar), qui l'évacue.

Après les massacres, le FPR, victorieux sur le plan militaire, lui cède la place de Premier ministre du gouvernement de transition qui prête serment le 19 juillet.

Mais la collaboration devient vite difficile entre deux hommes autoritaires au caractère bien trempé: M. Twagiramungu, le politique, et M. Kagame, le chef rebelle devenu vice-président, ministre de la Défense et véritable homme fort du régime.

En août 1995, M. Twagiramungu démissionne avant de quitter le pays. En Belgique, où il ne demandera jamais le statut de réfugié, il tente d'organiser l'opposition en exil mais refuse tout rapprochement avec les personnes ayant trempé dans le génocide.

Rescapé des massacres, il se bat pour que la mort de ses proches ne soit pas oubliée.

"Le génocide au Rwanda, cela n'a pas signifié tuer seulement les Tutsis", se plaît-il à rappeler.

Il rentre au Rwanda le 20 juin dernier, pour se présenter en indépendant à la première élection présidentielle pluraliste depuis l'indépendance, en 1962.

Dès le début de la campagne, M. Twagiramungu est accusé de "jouer la carte ethnique". L'intéressé répond en critiquant M. Kagame, coupable à ses yeux d'avoir mis en place une "dictature dure".

Elegant dans ses costumes occidentaux, M. Twagiramungu, dont la calvitie fait le bonheur des caricaturistes, s'oppose désormais en tout au président sortant, qui aime revêtir des chemises africaines bariolées.

"Je n'accepterais pas d'être le Premier ministre de Kagame", affirme-t-il comme pour mieux s'en distinguer.

© Copyright AFP

Visiter le site de: AFP


          [1] [2] [3]  [4] [5]  [6]   [7]  [8] [9] [10] [11] [12] [13] [14] [15] [16] [17] [18] [19] [20] [21] [22] 23 24 25 26 27 28 29

Page suivante | Campagne électorale Article suivant | Ce qui m'effraie   | Sécurité au détriment de la démocratie |

 

Copyright 2003-2004- twagiramungu.net . Tous droits réservés