Nairobi de notre correspondant
Au terme d'une campagne marquée par une tension
croissante et dominée par l'actuel président, Paul Kagamé, candidat du Front
patriotique rwandais (FPR, au pouvoir), près de 4 millions d'électeurs
devaient se rendre aux urnes, lundi 25 août, au Rwanda afin d'élire, pour la
première fois depuis le génocide de 1994, le président de la République au
suffrage universel dans une élection pluraliste.
Pendant le week-end précédant le scrutin, des incidents
ont encore alourdi le climat à Kigali, la capitale. Samedi soir, douze
représentants électoraux de Faustin Twagiramungu, principal candidat de
l'opposition, ont été arrêtés dans un bar d'un quartier populaire de la
ville. La police affirme que le groupe était en train de planifier des
"actions de violence dans toutes les provinces" destinées à perturber le
fonctionnement des élections.
Pour le candidat de l'opposition, il s'agit d'une
nouvelle mesure d'intimidation, qui fait suite à de nombreuses autres. Il
avait précisé, samedi, qu'il renonçait à déployer ses propres représentants
dans les bureaux de vote à travers le pays le jour du scrutin, après avoir
été accusé par le président de la commission électorale nationale (CEN),
Chrysologue Karangwa, de s'apprêter à déclencher des opérations de fraude.
Faustin Twagiramungu, qui a déjà été accusé de
"divisionnisme" par la CEN, se présente en candidat indépendant. Le
nouveau parti dont il espérait obtenir le soutien après que son ancienne
formation, le Mouvement démocratique républicain (MDR), a été dissoute de
fait, n'a pas été autorisé par les autorités, qui l'accusent de recevoir des
financements de l'extérieur. Le candidat de l'opposition dénonce aussi les
intimidations subies par son entourage, qui iraient jusqu'au meurtre. Le
chef de la mission d'observation électorale de l'Union européenne, Colette
Flesh, a affirmé qu'un "sympathisant" de Faustin Twagiramungu avait
été assassiné, le 15 août, près de Ruhengeri, dans le nord du pays. Le
président Kagamé a démenti lui-même cette information, en indiquant : "La
police enquête. Ils n'ont trouvé personne qui ait été tué."
"MENACES DE MORT"
Sur la base d'observations faites au cours de la
campagne, Amnesty International a dénoncé le climat "de peur et
d'intimidation" qui règne au Rwanda. L'organisation de défense des
droits de l'homme s'interroge aussi : "Comment le peuple rwandais peut-il
jouir librement de ses libertés politiques fondamentales quand des individus
sont arrêtés au seul motif qu'ils n'ont pas assisté à des meetings de
campagne du parti au pouvoir, le FPR ?" Amnesty relève que "le FPR
s'est livré à des pressions, parmi lesquelles l'arrestation de militants de
l'opposition, l'adhésion forcée au FPR, ainsi que des intimidations
sérieuses, incluant des menaces de mort, pour saper le soutien de
l'opposition".
L'élection présidentielle, à un seul tour à la majorité
relative, se joue le 25 août. Paul Kagamé, donné gagnant par tous les
spécialistes, a déjà proposé d'ouvrir le gouvernement à des responsables de
l'opposition dans le but de renforcer "l'unité nationale". M. Twagiramungu
a décliné cette offre. La seule femme candidate, Alivera Mukabaramba, l'a,
en revanche, acceptée : elle a fait savoir, dimanche, à la veille de
l'élection, qu'elle renonçait à se présenter, déclarant se désister au
profit de Paul Kagamé pour "barrer la route" à Faustin Twagiramungu,
et constituer un "front républicain" pour "sauver le pays".
Après l'élection présidentielle, des élections législatives doivent être
organisées sur trois jours, les 29 et 30 septembre, ainsi que le 2 octobre.
Jean-Philippe Rémy