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Le scrutin présidentiel au Rwanda a lieu dans un "climat de peur"
LE MONDE | 25.08.03 | 12h56
MIS A JOUR LE 25.08.03 | 15h06

Nairobi de notre correspondant

Au terme d'une campagne marquée par une tension croissante et dominée par l'actuel président, Paul Kagamé, candidat du Front patriotique rwandais (FPR, au pouvoir), près de 4 millions d'électeurs devaient se rendre aux urnes, lundi 25 août, au Rwanda afin d'élire, pour la première fois depuis le génocide de 1994, le président de la République au suffrage universel dans une élection pluraliste.

Pendant le week-end précédant le scrutin, des incidents ont encore alourdi le climat à Kigali, la capitale. Samedi soir, douze représentants électoraux de Faustin Twagiramungu, principal candidat de l'opposition, ont été arrêtés dans un bar d'un quartier populaire de la ville. La police affirme que le groupe était en train de planifier des "actions de violence dans toutes les provinces" destinées à perturber le fonctionnement des élections.

Pour le candidat de l'opposition, il s'agit d'une nouvelle mesure d'intimidation, qui fait suite à de nombreuses autres. Il avait précisé, samedi, qu'il renonçait à déployer ses propres représentants dans les bureaux de vote à travers le pays le jour du scrutin, après avoir été accusé par le président de la commission électorale nationale (CEN), Chrysologue Karangwa, de s'apprêter à déclencher des opérations de fraude.

Faustin Twagiramungu, qui a déjà été accusé de "divisionnisme" par la CEN, se présente en candidat indépendant. Le nouveau parti dont il espérait obtenir le soutien après que son ancienne formation, le Mouvement démocratique républicain (MDR), a été dissoute de fait, n'a pas été autorisé par les autorités, qui l'accusent de recevoir des financements de l'extérieur. Le candidat de l'opposition dénonce aussi les intimidations subies par son entourage, qui iraient jusqu'au meurtre. Le chef de la mission d'observation électorale de l'Union européenne, Colette Flesh, a affirmé qu'un "sympathisant" de Faustin Twagiramungu avait été assassiné, le 15 août, près de Ruhengeri, dans le nord du pays. Le président Kagamé a démenti lui-même cette information, en indiquant : "La police enquête. Ils n'ont trouvé personne qui ait été tué."

"MENACES DE MORT"

Sur la base d'observations faites au cours de la campagne, Amnesty International a dénoncé le climat "de peur et d'intimidation" qui règne au Rwanda. L'organisation de défense des droits de l'homme s'interroge aussi : "Comment le peuple rwandais peut-il jouir librement de ses libertés politiques fondamentales quand des individus sont arrêtés au seul motif qu'ils n'ont pas assisté à des meetings de campagne du parti au pouvoir, le FPR ?" Amnesty relève que "le FPR s'est livré à des pressions, parmi lesquelles l'arrestation de militants de l'opposition, l'adhésion forcée au FPR, ainsi que des intimidations sérieuses, incluant des menaces de mort, pour saper le soutien de l'opposition".

L'élection présidentielle, à un seul tour à la majorité relative, se joue le 25 août. Paul Kagamé, donné gagnant par tous les spécialistes, a déjà proposé d'ouvrir le gouvernement à des responsables de l'opposition dans le but de renforcer "l'unité nationale". M. Twagiramungu a décliné cette offre. La seule femme candidate, Alivera Mukabaramba, l'a, en revanche, acceptée : elle a fait savoir, dimanche, à la veille de l'élection, qu'elle renonçait à se présenter, déclarant se désister au profit de Paul Kagamé pour "barrer la route" à Faustin Twagiramungu, et constituer un "front républicain" pour "sauver le pays". Après l'élection présidentielle, des élections législatives doivent être organisées sur trois jours, les 29 et 30 septembre, ainsi que le 2 octobre.

Jean-Philippe Rémy


ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 26.08.03

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