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Présidentielle au Rwanda : premier scrutin post-génocide sur fond d'intimidations

Cyprien TiessÉ
Abidjan

L'intérêt du scrutin présidentiel de ce lundi réside en ceci que c'est le premier du genre organisé dans ce petit pays d'Afrique centrale (huit millions d'habitants) depuis son indépendance en 1962. Il oppose principalement le Président sortant, Paul Kagamé, 46 ans, issu du Front patriotique rwandais (FPR), à l'ancien Premier ministre, Faustin Twagiramungu, 58 ans, candidat indépendant. Que peut-on attendre de cette consultation électorale? Rien, à part la victoire annoncée de l'ancien chef rebelle parvenu au pouvoir après le génocide de 1994 ayant fait un million de morts. Avec les moyens (de l'État) dont il dispose, il a mené une campagne sans commune mesure avec celle de son rival, ne disposant que de deux véhicules et s'adressant à ses électeurs dans les salles de conférence. L'ancien chef du gouvernement (1994-1995), revenu en juin d'un exil de huit années en Belgique, n'a pas du tout eu la tâche facile sur le terrain.

Il a subi plusieurs actes d'intimidation qui ont culminé avec l'arrestation de douze de ses représentants dans les bureaux de vote. Motif de ces arrestations selon la police, « ils étaient en train de coordonner des actions de violence dans toutes les provinces ». Du coup, Faustin Twagiramungu, un Hutu modéré, a décidé de ne pas avoir de représentants dans les deux mille bureaux de vote prévus pour ce scrutin censé mettre fin à une transition commencée au lendemain de la fin du génocide de 1994. Une façon pour lui de dénoncer les multiples actes d'intimidation de la part du pouvoir, allant du refus de lui accorder des sites pour ses meetings aux pressions exercées sur ses partisans en passant par l'arrestation de... son chauffeur. D'ores et déjà, il a prévenu qu'il dénoncera ces élections qui ne sont « ni libres ni équitables ». Lui-même, ironie du sort, a été accusé par le président de la Commission électorale nationale de préparer « un complot afin de truquer le scrutin ». Mais la plus grave accusation portée contre Faustin Twagiramungu par le pouvoir est celle de divisionnisme ethnique. Dans un pays marqué par des massacres ethniques à grande échelle (avril-juillet 1994), une telle accusation vaut son pesant d'ostracisme.

Il lui est reproché en fait d'utiliser la fibre ethnique pour se faire élire dans ce pays qui compte 85% de Hutus contre seulement 15% de Tutsis (groupe ethnique de Kagamé). C'est du reste sur la base de cette accusation que son parti, le MDR (Mouvement démocratique républicain) a été dissous avant le scrutin, l'obligeant à se présenter en candidat indépendant. Prévue pour conjurer les génies du génocide et prémunir la nation rwandaise contre la répétition de ce massacre de la minorité ethnique, la lutte contre le divisionnisme est, selon certaines organisations de défense des droits de l'Homme dont Human Rights Watch, utilisée par le pouvoir pour museler son opposition. L'ancien Président Pasteur Bizimungu, prédécesseur de Kagamé, en a fait les frais l'année dernière lorsqu'il a eu la mauvaise idée de vouloir créer un parti. Il a alors été arrêté et placé en détention jusqu'à présent. La seule dame qui s'était portée candidate à cette élection, Alivera Mukabaramba, s'est désistée hier au profit du Président sortant afin, dit-elle, de barrer la route à Faustin Twagiramungu pour ses « propos divisionnistes » qui mettent « en danger » le Rwanda.

La voie est donc toute tracée pour l'élection de Paul Kagamé au suffrage universel direct (scrutin uninominal à un tour et à la majorité relative) après son élection par le parlement en 2000. Il promet l'école primaire et les trois premières années du secondaire gratuites à ses compatriotes et a répété durant toute sa campagne « qu'il n'y a plus de Hutus ou de Tutsis, nous sommes tous des Rwandais ». Cette présidentielle à laquelle participe également l'ancien ministre Jean-Népomucène Nayinzara (Hutu) sera suivie par 800 observateurs dont 250 étrangers et 80 de l'Union européenne.

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