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Autre
alternative | Hari ukundi byagenda
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Témoignage
d’un ex-collaborateur du président
rwandais: Comprendre Kagame et
ses stratégies
(La
Référence 20/07/2004)
Venuste
Ruzibiza surnommé Abdoul (nom
de code), né à Gitagata,
commune de Kanzenze au
Bugersera, de père et de mère
Tutsi, est l’un qui de ceux
qui connaissent mieux le
secret du génocide rwandais.
Il entre dans l’armée
rwandaise (Fpr) et fera partie
de la branche armée du Fpr,
(Apr) qu’il abandonnera dans
la nuit du 3 au 4 février
2001 pour prendre le chemin de
l’exil, avec le grade de
sous-lieutenant numéro
matricule OP1920.
Converti au protestantisme,
Ruzibiza prend le nom de Josué
et a décidé parler des événements
dont il est le témoin
occulaire, pour restituer la vérité
sur ce qu’il appelle
l’erreur fatale ayant
engendré la tragédie
rwandaise, alors que, selon
lui, la longue marche avait
pour but de libérer le
Rwanda.
Temoignage visant a demontrer
comment le gouvernement
rwandais et le Fpr sont
responsables des erreurs qui
ont rendu possible le genocide
Est-ce que le Fpr est venu
secourir les tutsi, comme on
nous l'a souvent repete ?
Après la publication de
l'enquête sur le crash de
l'avion civil qui transportait
onze personnes dont des hautes
personnalités civiles et
militaires du Rwanda, du
Burundi et de la France, parmi
lesquelles on comptait deux présidents,
Juvénal Habyarimana du Rwanda
et Cyprien Ntaryamira du
Burundi, les journaux dont on
ignore comment ils ont accédé
au rapport détaillé de
l'enquête s'en sont faits
largement l'écho ces derniers
jours.
Pour ce qui me concerne, je
vais fournir mon témoignage
sur le fonctionnement du FPR
et de sa branche armée APR
parce que j'ai appartenu à
ces deux organisations avant
de prendre le chemin de
l'exil. Je prends cette
initiative au motif que cette
information véhiculée par
les médias a été déformée
au profit de ces derniers en
m'attribuant des paroles que
je n'ai pas prononcées, ce
qui a servi l'argumentaire de
ceux qui avaient avantage à
continuer à nier la vérité
sur ce qui s'est passé.
JE COMMENCE PAR DECLINER MON
IDENTITE :
Je m'appelle RUZIBIZA, baptisé
Vénuste quelques jours après
ma naissance. Depuis le début
de mon engagement au service
de la Famille (FPR), l'on m'a
surnommé ABDUL comme mon nom
de code. Je l'ai gardé jusqu'à
mon entrée dans l'armée en
1990. Les raisons de cela
c'est que lors de l'entrée à
l'armée, les membres de la
Famille nous transmettaient
les uns aux autres jusqu'à
notre arrivée dans la zone
contrôlée par le FPR
Inkotanyi. La liste de ces
noms de code nous précédait.
Si à la demande de ton nom,
tu répondais par un nom
inconnu, tu étais tué à la
vieille houe. Tu étais pris
pour un infiltré dans le système
du FPR. Par après, quand j'ai
décidé de me convertir au
protestantisme, j'ai choisi le
nom de Josué. Pour tous ces
noms, je n'ai jamais nié
qu'ils m'appartenaient. A
l'armée, toutes les années
que j'y ai passées, je
portais le nom de RUZIBIZA
Abdul. J'ai fui le Pays dans
la nuit du 3 au 4 février
2001. J'avais le grade de
sous-lieutenant, mon numéro
de matricule est OP 1920.
Je suis né à Gitagata,
commune Kanzenze au Bugesera.
Je suis d'ethnie tutsi, issu
du clan des Abanyiginya, dans
la famille des Abahindiro. Ma
mère est aussi de l'ethnie
tutsi du clan des Abatsobe. Je
suis de souche tutsi des deux
côtés, et je suis orphelin
de père et de mère. Mes deux
parents et mes six frères et
sœurs ont été tués,
victimes du génocide de 1994.
J'ai été témoin oculaire
des événements dont je vous
raconte le déroulement ; je
le dis en ma qualité de
membre de l'armée et de la
Famille du FPR, comme l'un des
militaires de l'APR qui se
sont battus pour le contrôle
de leur zone de combat, je le
dis aussi comme appartenant à
l'ethnie tutsi. Je voudrais
surtout que ceux qui auront
l'occasion de lire mes écrits
puissent savoir la vérité
sur certains événements de
grande importance, qui ont
marqué la longue marche déclenchée
par le FPR, mais qui,
parvenant au point où il
fallait libérer le pays,
commit l'erreur fatale, qui a
engendré la tragédie du génocide.
Il y a des principes auxquels
je crois et que rien ne
saurait mettre en doute :
1. Je suis convaincu qu'il
fallait engager la guerre
contre le régime de
Habyarimana parce qu'il déniait
certains droits fondamentaux
à la plupart de ses
concitoyens comprenant
principalement les Tutsi. Je
crois pourtant que d'autres
voies qui ne sont pas le
recours à la guerre auraient
dû être essayées avant de
prendre les armes. Cependant,
aucun autre pays n'était
disposé à nous fournir des
armes, car la NRA était la
seule armée nationale d'un
pays capable de nous aider.
Les relations personnelles
entre Rwandais et les
nationaux au sein de l'armée
ougandaise, émaillées
souvent de mépris à l'égard
des Rwandais dans un pays pour
lequel ils s'étaient battus,
sont l'une des causes
principales qui ont poussé
les Rwandais à vouloir
quitter le territoire
ougandais, sans compter sur la
patience que pouvaient exiger
de longues négociations qui
pouvaient aller jusqu'à cinq
ans.
2. Je suis convaincu qu'il y a
eu préméditation du génocide
des Tutsi, planifié par les
hauts dirigeants du Pays et
les échelons chargés de la sécurité.
Il a été exécuté par la
population hutu, à
l'exception de quelques Tutsi
qui s'étant transformés en
Hutu y ont participé. Je suis
convaincu que ce génocide
n'aurait jamais été possible
sans les éléments qui l'ont
déclenché, parce que même
si les Hutu avaient été pris
de folie, il n'était pas
possible qu'ils se réveillent
le matin et aiguisent leurs
machettes pour découper les
Tutsi jusqu'à un million de
personnes. Je suis également
convaincu que le FPR par sa
branche armée l'APR a tué
avec préméditation, sur
ordre et le regard attentif de
son Chef Paul Kagame. En plus,
je suis convaincu que le génocide
a été le résultat des problèmes
soulevés par la guerre déclenchée
en 1990, surtout par le
comportement de l'APR dans les
régions qu'elle avait
conquises. Je vais expliquer
ceci plus tard.
3. Je suis convaincu et
j'affirme que l'APR a massacré
les gens de toutes les ethnies
confondues, avec l'objectif de
semer l'anarchie pour
faciliter sa prise de pouvoir,
au prix même de
l'extermination de tout un
peuple.
4. Je ne crois pas du tout que
le FPR et son armée, moi-même
y compris, aient jamais arrêté
le génocide. Plutôt, je suis
convaincu que nous avons chassé
l'armée des FAR, les
Interahamwe, les Impuzamugambi
de la CDR et la jeunesse
affiliée, ainsi après avoir
brisé les forces qui
appuyaient le Gouvernement,
nous nous sommes emparés du
pouvoir. Je vais expliquer ça
aussi.
5. Je suis convaincu et
j'affirme que les corps exhumés
des fosses communes ne sont
pas seulement ceux de Tutsi,
parce que je connais des
fosses communes où les
Inkotanyi ont jeté pêle-mêle
les corps des personnes qu'ils
tuaient, ils ont été inhumés
ensemble en les qualifiant
tous des Tutsi.
6. Je suis convaincu que si le
FPR l'avait voulu, le génocide
n'aurait pas dû avoir lieu.
Je suis convaincu que si même
le Gouvernement et les
Interahamwe avaient envisagé
d'exterminer les Tutsi dans le
cadre du génocide, l'APR
venait d'acquérir la
puissance qui lui permettait
de réduire les dégâts d'un
million de morts à moins de
cent mille. Ceci veut dire que
le FPR n'a pas apporté son
assistance aux personnes menacées
alors qu'il en avait les
moyens. Je vais en fournir des
explications.
7. Je suis convaincu qu'après
notre prise de pouvoir qui
s'est accompagnée de
massacres de population,
d'actes d'arrestations
arbitraires et de la guerre
d'agression du Zaïre, il est
impossible pour le régime
actuel de procéder à la mise
en place d'une justice
impartiale, parce que les
magistrats seraient
directement ou indirectement
impliqués dans ces horreurs
sous la menace et la pression
du Sieur Kagame qui dicte sa
volonté à tous, dans sa
position actuelle à la tête
du Pays.
8. Je crois du fond de mon cœur
que les allégations sur la
responsabilité du Président
Paul Kagame qui a donné
l'ordre d'abattre l'avion de
Habyarimana, sont véridiques.
Les témoignages qui en ont été
donnés n'émanent pas tous de
moi, je n'en suis pas capable,
je ne pouvais pas être
partout pour assister
personnellement à tout ce
qu'on raconte. Les témoignages
émanent de plusieurs sources,
des exilés et même de ceux
qui n'ont pas fui le pays. Moi
j'ai décidé de parler aux
radios et aux télévisions
internationales, parce que les
moyens à ma disposition le
permettent. Personne n'ignore
que tout individu qui non
seulement tenterait de parler
de l'inculpation de Kagame,
mais qui tout simplement se
permettrait de manifester sa
seule intention de le mettre
en accusation, s'exposerait à
être tué avant qu'il n'ait
eu le temps de dire quoi que
ce soit. Les tribunaux
internationaux ou d'autres
instances qui en recevront les
compétences d'agir légalement
pourront décider si le fait
d'abattre l'avion a eu lieu,
en disposant des preuves et
des motifs qui permettent de désigner
Kagame comme auteur de ce
crime ou de déterminer que
c'est lui qui a donné l'ordre
de le commettre. Contentons
nous de leur laisser le temps,
ceux qui nient ces faits et
ceux qui les affirment auront
l'occasion de s'affronter
devant les tribunaux. Moi je
peux parler jusqu'à la limite
de mes connaissances, les
autres se relayeront au fur et
à mesure.
9. Je suis convaincu que les
Rwandais viennent de passer 10
ans sous la férule de soldats
maquisards, les Rwandais ont
perdu confiance les uns dans
les autres, personne ne peut
s'exprimer librement ou
pointer du doigt la
responsabilité du FPR dans
les atrocités de la guerre
baptisée guerre de libération.
Si des informations sur le déroulement
de cette guerre étaient
rendues accessibles à un plus
grand nombre de gens, beaucoup
d'explications sur l'origine
de la tragédie seraient trouvées,
et ainsi la réconciliation
pourrait se fonder sur des
bases de la vérité qui s'en
dégageraient.
10. Je crois du fond de mon cœur
que tous ceux des dirigeants
du pays qui passent leur temps
avec les radios et les télévisions
pour démentir les résultats
de l'enquête en les
qualifiant de manipulation de
l'État français veulent détourner
l'attention de la population
de la vérité sur les crimes
qu'ils ont eux-mêmes commis.
Quant au Président Kagame, il
a dit que ces rumeurs qui sont
assemblées de gauche à
droite ne veulent rien dire à
ses yeux. Je vois les choses
autrement et il ne tardera pas
à se rendre compte qu'il
s'est trompé, à part que ses
erreurs ont provoqué la perte
d'innombrables vies humaines.
De la création du fpr et de
sa branche armée l'APR
Je n'ai pas le temps de
revenir sur l'histoire, mais
le FPR est un collectif de
petites associations d'anciens
réfugiés rwandais dans les
différents pays. Je vais
insister sur les jeunes âgés
de 15 ans et plus qui
poursuivaient leurs études au
Burundi, en Tanzanie, au Zaïre
et en Ouganda. Ce furent des pépinières
de recrutement de l'armée.
Les premiers s'étaient fait
recruter par la NRA, les
autres ont rejoint au début
ou au cours de la guerre.
L'important c'est que les plus
jeunes avaient grandi en
nourrissant la conviction que
les aînés qu'on appelait
Inyenzi, s'étaient très mal
comportés pour ne pas
remporter la victoire pour
laquelle ils s'étaient
battus. Le FPR s'est d'abord
installé dans les têtes des
jeunes dans l'espoir que tout
le problème sera résolu par
eux, c'est à dire par l'armée,
puisqu'ils envisageaient pas
une autre stratégie que celle
de se battre pour leur pays.
Bref, les gens s'étaient préparés
à résoudre le problème par
la voie militaire et pensaient
que tout allait dépendre des
rapports de force. C'est
pourquoi, le Chef d'Etat Major
de l'Armée Paul Kagame, était
beaucoup plus puissant que le
Président du FPR.
Depuis le commencement, j'ai
personnellement constaté
cette erreur parce que les
conséquences continuent
d'envenimer la situation et
qu'actuellement cet état de
fait n'a pas changé. Ce sont
les militaires, leur hiérarchie,
et leurs services de
renseignements, qui dirigent
le Pays.
Sur la question relative aux
motifs qui ont poussé le FPR
à attaquer immédiatement après
sa fondation, sans attendre
les résultats des négociations
que le Rwanda menait avec
l'Uganda sur le problème des
réfugiés rwandais, le FPR
tenait à les faire échouer
tout en ayant trouvé le prétexte
d'attaquer.
Le Président Museveni était
accusé d'avoir recruté trop
de Rwandais dans l'armée
ougandaise parce que les
Rwandais étaient nombreux à
y occuper des postes
d'officiers supérieurs. Les
exemples de ceux qui étaient
désignés comme Rwandais
qu'ils le veuillent ou non étaient
nombreux : Major Général
Fred Gisa Rwigyema, Major Général
Mugisha Muntu, Colonel
Mateeka, Lt Colonel Adam
Wasswa, Major Cris Bayingana,
Major Peter Bayingana, Major
Samuel Kanyemera Alias Kaka,
Major Paul Kagame, Major
Ndungutse, Major Kale Kayihura
du Bufumbira, et d'autres
officiers subalternes dont des
capitaines et des lieutenants,
comme Twahirwa Louis, Musitu,
Karangwa Bombi, Gashumba,
Cyiza, Bagire, Ngoga, Muhire,
Kaddafi, Nyamurangwa, Musana,
Bigabiro… ; On ne peut pas
tous les énumérer, et la
plupart d'entre eux étaient
des commandants de compagnies
ou plus. Ce qui irritait le
plus les Ougandais, c'était
que les Rwandais s'étaient
emparés des places
importantes au sein des postes
les plus stratégiques : les
services de renseignements et
des finances militaires, les
gardes présidentielles et
celle de Rwigyema ; les autres
dirigeaient les opérations
militaires. Cela irritait les
nationaux et provoquait des
tensions entre les Ougandais
et les Rwandais. Ceux qui ont
choisi la date du 1 er octobre
1990 pour déclencher la
guerre ne trouvaient d'autres
solutions que d'agir comme ils
ont fait.
A suivre.
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