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Mes convictions et expériences politiques antérieures

Faustin TWAGIRAMUNGU

Depuis le premier Septembre 1990, je me suis engagé politiquement en signant une lettre, avec trente deux autres Rwandais, adressée au Président de la République Rwandaise pour demander de concrétiser l'idée de son discours du 05 juillet 1990 sur le multipartisme, en nous autorisant de mettre en place les partis politiques. Cette lettre à laquelle nous avions annexée une déclaration sur le multipartisme au Rwanda, est restée sans réponse. J'ai donc pris l'initiative, personne ne me contestera ce fait, de créer d’abord une association, et ensuite un parti qui deviendra le parti MDR (Mouvement Démocratique Républicain).

C'est au sein de ce parti que j’ai pu donné mes idées et clarifier les valeurs que je défends encore aujourd'hui. Je combattais le pouvoir d'un seul homme, la dictature en d'autres termes, le clientélisme, l'exclusion systématique de Tutsis du pouvoir, le régionalisme à outrance dans l'armée, dans l’enseignement, et dans la Fonction Publique d’une manière très générale, l'emprise de "akazu" sur les institutions et, enfin la corruption. Après dix-sept ans de pouvoir dictatorial, je voulais que les Rwandais, à travers une conférence nationale (Rukokoma), alors à la mode en Afrique noire (surtout en Afrique de l’Ouest), puissent s'exprimer, enterrer leurs différends et donc se préparer ainsi à une nouvelle culture démocratique. Le Front Patriotique Rwandais attaqua notre pays le premier Octobre 1990 et compromis ainsi le projet de la conférence nationale à laquelle il était pourtant convié. Cette conférence nationale sera remplacée formellement par les Négociations de Paix d’Arusha.

En ma qualité du Président du MDR depuis le 31 Août 1992, je fus présenté par mes partisans et par les autres partis politiques y compris le MRND comme leur candidat au poste de Premier Ministre devant diriger le Gouvernement de transition à base élargie au FPR (GTBE). Je fus aussi reconnu par le FPR. Suite à la victoire de ce dernier, pressé par la communauté internationale, et désireux moi-même à l’époque d’être utile à mon pays, j’ai quitté la Belgique, où je m’étais réfugié depuis mai 1994, pour aller à Kigali diriger le gouvernement d' « union nationale» conformément à l'esprit (et pas à la lettre!) de l'Accord de Paix d’Arusha. Premier Ministre nominal, j'ai prêté serment le 19 juillet 1994, le pouvoir restant entre les mains d'un seul « homme fort » et de l'armée. Suite à mes déclarations jugées gênantes par certains, appropriées par d’autres, suite aussi à mes désaccords permanents avec le FPR en général sur beaucoup de points, j'ai démissionné le 28 Août 1995 après 13 mois de frustrations accumulées.

Je suis retourné en Belgique où je viens de passer sept ans d’observation. J'ai tout essayé pendant cette période pour que mes compatriotes au Rwanda et à l'étranger puissent s’entendre. Je me suis souvent heurté à l’incompréhension et à l’extrémisme de certains d’entre eux.

Si j'ai choisi, depuis que juin 2001, de me tenir à l’écart des projecteurs de l’actualité politique nationale, si j'ai choisi une certaine forme de silence, c'est d’abord par déception. Ensuite, je voulais me retrouver face à face avec moi-même, et me donner le temps et le recul nécessaires à une réflexion sereine et responsable.

Depuis l’an 2001, j'ai multiplié les contacts avec des politiciens étrangers dont des parlementaires, des ministres et des chefs d'Etat. J'ai reçu des visites de beaucoup de Rwandais anonymes, venus de divers milieux et de différentes conditions sociales du Rwanda, des « Hutus » comme des « Tutsis » qui n'ont aucun passé politique et qui n'apparaissent pas dans des journaux et n’interviennent jamais à la Radio. Cela ne les empêche pas de se faire une opinion sur le régime actuel. Pour eux, il faut un changement au Rwanda, car le pays meurtri par les massacres et les crimes contre l’humanité, comme le génocide, est dirigé par une oligarchie dont l’arrogance et la violence à l’intérieur et à l’extérieur handicapent le progrès tant politique qu’économique. Cela affecte le Rwanda mais aussi la région des Grands Lacs.

Suite aux contacts avec les Rwandais et autres personnalités africaines, européennes et américaines, j’ai tiré des leçons et appris beaucoup sur nos valeurs et les valeurs universelles. Je défendrai toujours et partout la justice, la liberté, la tolérance, le consensus, la solidarité entre les peuples, l’égalité des chances, le travail comme le fondement de l'autonomie individuelle, l’éducation comme base des connaissances et de tout progrès et, enfin, l'amour du prochain et l'amour de la patrie.

Je combattrai toujours l’exclusion et le racisme sur toutes ses formes. Pour que ces valeurs puissent être valablement défendues, il me faut vivre dans un Rwanda nouveau où la paix et sécurité sont garanties par l'État de droit, par les institutions issues d'une démocratie authentique, et non garanties par une personne ou par une oligarchie. Je respecterai les institutions solides qui conviennent à mon peuple, avant de respecter des individus qui m'intimident, me harassent et me menacent de mort ou emprisonnement.

 

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