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La démocratie au Rwanda
1 Un changement pour le leadership inclusif
Les Rwandais, plus que jamais, éprouvent un profond besoin de
changement. Seuls les partis politiques qui garantissent une compétition
politique saine peuvent opérer ce changement. Les Rwandais sont suffisamment
mûrs savoir comment distinguer bon de mal, le blé de l’ivraie.
Les leaders des partis politiques ne devraient pas chercher à
créer la confusion sur la « Rwandité » des uns, et sur la « Hutité » ou la « Tutsité »
des autres en s’adressant aux Rwandais. Ce dont ces derniers ont besoin, c’est
un programme de changement, un programme précis, avec des objectifs clairs et
les moyens d’y parvenir. Les leaders ne devraient pas camoufler les réalités
historiques. Il faut plutôt les reconnaître, les assumer, les exposer et non
manipuler dans le but de les utiliser comme moyen politique d’exclusion ou comme
une arme fatale de confiscation du pouvoir éternellement.
Le passé des Hutus et des Tutsis est un fait réel de notre
histoire. Nous l’assumons. Mais ce passé ne devrait pas être considéré comme un
outil pour intimider les citoyens envue de prendre le contrôle du pouvoir au
Rwanda. Il faut au contraire donner la chance au peuple pour faire son choix des
dirigeants, dans la sérénité.
Aujourd'hui le problème n'est pas qu'un Hutu ou un Tutsi soit
au pouvoir. Nous connaissons leur valeur, de l’un comme de l’autre, et le rôle
qu’ils ont tous les deux joué dans les horreurs qui ont marqués notre pays. Ce
qui importe, c’est d’œuvrer pour que le papa, la maman et les enfants aient
assez à manger aujourd'hui et demain, que leur santé et bien-être et l'éducation
de leurs enfants soient garantis.
Tout cela devra se faire dans un environnement de paix, de
sécurité et de convivialité entre les citoyens.
2 Un programme politique intégré
Il faut aujourd'hui, même plus que par le passé, insister sur
un programme économique cohérent, orienté vers la population des milieux ruraux.
Il faut éviter les déficits budgétaires causés par des programmes inutiles dont
l’endettement deviendrait de lourds fardeaux pour nos enfants. Devrons-nous
continuer à nous battre en RDC? Non. Je suis pour le
retrait total de toutes les forces militaires rwandaises et le retrait de tout
soutien aux rebelles congolais.
Je soutiens l'accord de Prétoria, signé fin juillet 2002,
entre le Rwanda et la RDC. Car la guerre se finance et un tel objectif, même
dissimulé, est inutile. Nous devons dialoguer avec nos frères congolais pour
résoudre nos différends pacifiquement, s'il y en a réellement.
Il faut faire la différence les combattants rwandais et les
vrais réfugiés qui vivent en RDC. Ces derniers méritent d’être protégés par la
communauté internationale, s’ils ne veulent pas retourner dans leur pays
d'origine. C'est leur choix et il faut le respecter. En revanche, ceux qui
optent pour leur retour au pays, cela ne devrait pas être garanti seulement aux
réfugiés se trouvant en RDC, mais aussi à tous les autres réfugiés rwandais se
trouvant dans d’autres pays africains (Congo, Brazzaville, République
Centrafricaine, Afrique de l’Est et australe) en Europe et en Amérique du Nord.
Beaucoup de jeunes diplômés vivent à l'extérieur mais leur
désir le plus ardent est de revenir dans leur pays et contribuer à son
développement social et économique. Un programme économique cohérent exige aussi
une politique cohérente et conséquente pour leur retour. Il faut créer les
conditions de la sécurité normales de sécurité, basées sur des principes de
liberté, des principes démocratiques, afin que non seulement ces jeunes mais les
adultes, partout où ils sont, puissent rentrer dans leur pays où ils pourront
être en compétition avec les autres jeunes restés au Rwanda. Une telle
compétition constructive n’est pas à combattre mais devrait être encouragée pour
le bien de notre pays.
Il faut favoriser le crédit bancaire chez les petits
commerçants, tout en réexaminant le règlement douanier et celui des taxes et
impôts. Toute politique économique qui crée des victimes et non des
bénéficiaires, devrait être combattue, car elle ne sert pas les intérêts de la
majorité de la population mais simplement d’une frange de cette population.
La finalité d'un programme économique devrait être le
développement de chaque citoyen. Les salariés, les étudiants issus des milieux
pauvres et paysans, les jeunes des milieux ruraux et urbains, les agriculteurs
et éleveurs, les fonctionnaires de l’Etat, les artisans,
tous ont besoin d’être rassurés d'un avenir certain, en insistant
sur le revenu, le logement, la santé, l’éducation, le transport, l’eau potable,
la culture, le sport, le loisir et, surtout leur sécurité pour tous. Celle-ci
est fondamentale pour le progrès de notre économie.
Nos dirigeants actuels ont amélioré la situation de quelques
groupes sociaux plus fragilisés, comme les orphelins, les veuves, et les recapés
en général, mais ont négligé les paysans des zones rurales aujourd’hui presque
abandonnées.
La situation au Rwanda nécessite un plan économique global
qui dépasse les velléités du Président de la République, les manipulations des
chiffres par le Ministre des Finances et de l’Économie et les déclarations
officielles du gouvernement rwandais. Ce plan devrait requérir les réflexions de
toutes les composantes de la société rwandaise. Les réformes s’imposent et elles
doivent être discutées dans un cadre très large, envue d’associer un grand
nombre de Rwandais à la prise de décisions concernant ces réformes. Ce cadre
permettrait de réunir nos meilleurs économistes, sociologues, directeurs,
agronomes, spécialistes de l'éducation ainsi que les représentants des ONGs
nationales, les représentants des opérateurs économiques à divers niveaux et les
hommes d'affaires, dans le but de faire un éventaire de ressources nationales,
de procéder à la définition de besoins et à la détermination des moyens
d’atteindre les objectifs qui seraient fixés.
3 Nécessité des libertés d'association et d’expression
Sur le plan politique, je crois fermement que c'est un droit
naturel de tout Rwandais d’appartenir et d’adérer à un parti de son choix. Il
est temps que les Rwandais se libèrent des partis uniques imposés pour servir
les intérêts des oligarques et les membres de l’ « akazu ».
Le FPR ne peut pas prendre la relève du MRND comme un parti
unique en se dissimulant sous la couverture du FORUM DE PARTIS et nous laisser
indifférents. Les Rwandais ont tous été, sans exception, victimes des réactions
diaboliques, pendant le génocide, de ceux qui avaient profité du régime du parti
unique, le MRND. Nous ne pouvons pas accepter qu’un autre parti unique puisse
exister, connaissant les conséquences désastreuses que cela représente, à
longterme, sur l’avenir de notre pays.
Accepter une répétition de la même expérience parce que nous
avons la peur de mourir serait une trahison de ceux qui sont morts pour leurs
opinions politiques. Le combat reste le même et doit continuer jusqu'à la
victoire démocratique. Il faut braver la peur.
Comment pouvons-nous, en toute tranquillité, mener
sereinement notre politique alors que nous savons que l'ancien Président de la
République Rwandaise, issu du FPR, son proche collaborateur, issu du parti PSD
et le Secrétaire général du parti MDR sont emprisonnés à Kigali pour leurs
opinions sur un renouveau politique dans le pays. Le régime FPR doit les libérer
inconditionnellement afin qu'ils puissent continuer leurs activités politiques
sans se mettre à genoux devant qui que ce soit. Tous les partis politique, y
compris le FPR, devraient se conformer au CODE D'ÉTHIQUE POLITIQUE défini par
l'Accord de Paix d’Arusha, un code qui une partie intégrante de la Loi
Fondamentale.
4 L’alternance et le rôle de la communauté internationale
Le projet de constitution, encours d’examen, en vue d’être
soumis au référendum, devrait être gelé en attendant qu’il fasse l’objet d’une
large discussion dans un cadre semblable à celui d’une conférence nationale et
souveraine (Rukokoma). Quant aux élections, elles ne pourraient avoir lieu que
si les partis politiques sont autorisés à fonctionner ouvertement et librement,
sans risque de représailles. En revanche, si elles devaient avoir lieu dans les
conditions et environnement préparés par le régime actuel du FPR, ce serait une
façon détournée de prolonger la transition pour une encore cinq ans.
Le rôle de la communauté internationale qui finance les
élections au Rwanda, est d’une importance capitale. Les élections qui auront
lieu après une série de tragédies et une période de la transition de neuf (9)
ans doivent être transparentes. La communauté internationale doit s'assurer que
le régime Kigali remplisse toutes les conditions et garantisse la sécurité de
chaque citoyen afin que ces élections, qui détermineront le destin de notre
peuple, ne deviennent pas en une autre tragédie à court ou à long terme.
Il faut absolument essentiel que la situation change. Et elle
ne changera pas positivement tant que toutes les forces vives de l’intérieur du
pays et la diaspora ne seront pas associées aux projets utiles et nécessaires au
bon fonctionnement de leur société. Ma conviction est que le Rwanda est mûr pour
être délivré du mal politique et devenir un État de droit. Il faut que cet Etat
de droit soit instauré, car il n'y a aucune autre alternative. Il nous faut
impérativement accepter l’alternance et rejeter la violence ainsi que les
manipulations mensongères, moyens privilégiés par le régime actuel, pour se
maintenir au pouvoir. Dix ans, presque, de transition d'un pouvoir absolu, cela
suffit.
Faustin TWAGIRAMUNGU |