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Le Front patriotique rwandais (FPR)
qualifie les éventuels opposants politiques de « divisionnistes » et prend
des mesures pour les réduire au silence afin de s'assurer la victoire aux
élections prochaines. A la fin mars, le Président Paul Kagame a prévenu
qu'il infligerait des « blessures » aux « divisionnistes » qui menacent de
saper l'unité nationale et a réprimandé les donateurs étrangers qui
donnaient de l'argent à des « gens pour prêcher les divisions ». Lors d'un
vote à l'unanimité, l'Assemblée nationale de transition (ANT) a recommandé
la dissolution du deuxième plus important parti politique du pays, le
Mouvement démocrate républicain (MDR), pour cause de « divisionnisme ». Le
MDR, allié politique du FPR depuis 1992, a participé au gouvernement d'union
dirigé par le FPR depuis son établissement en 1994. Deux officiers
militaires de haut rang qualifiés de « divisionnistes » ont fui le pays
tandis que d'autres étaient arrêtés ou « disparaissaient ». Un député de
l'Assemblée et d'autres citoyens ont aussi « disparu ». La presse influencée
par le gouvernement a servi de caisse de résonance à ces critiques,
attaquant nommément parfois des personnalités comme le Premier Ministre. Les
responsables du pays et la presse ont lié le « divisionnisme » aux
perspectives d'un nouveau génocide, alimentant ainsi les peurs et les
tensions entre les groupes qu'ils prétendent vouloir unir.
Unité face aux élections
En juillet 1994, le Front
patriotique rwandais (FPR) a défait le gouvernement du Hutu Power
responsable du génocide d'au moins un demi-million de Tutsis et de milliers
de Hutus opposés au Hutu Power. Depuis, un gouvernement de transition
composé de personnes nommées par le FPR et d'autres partis politiques
signataires des Accords d'Arusha a dirigé le pays. Les élections prévues
pour la fin 2003 devront permettre de choisir un Président et des députés
pour remplacer l'actuel gouvernement de transition.
Quand la tenue d'élections
présidentielles a été annoncée, aucun candidat ne s'est avancé pour
s'opposer au président sortant1. Mais
début mars, Faustin Twagiramungu, premier Premier Ministre du gouvernement
de l'après-génocide en 1994, désormais en exil, a annoncé son intention de
rentrer au Rwanda pour se présenter à la présidence. Son annonce suggérait
la possibilité d'une réelle course à la magistrature suprême. Dirigeant de
longue date du MDR, il pouvait rallier un nombre considérable de soutiens au
sein des membres de ce parti.
Le Président rwandais et chef du FPR
Paul Kagame a menacé son rival et d'autres dans plusieurs discours récents.
Le 31 mars, Kagame déclarait en public que les élections "seraient conduites
de façon pacifique et transparente". Mais, faisant allusion à M.
Twagiramungu et à d'éventuels autres candidats, il ajoutait:
Je peux même dire que l'issue de
ces élections est connue. Ceux qui seront élus devront être des individus
100 % en phase avec l'actuel agenda politique, destiné à construire le
pays. Ce sera le cas et je suis sûr que c'est aussi là votre point de vue
et votre souhait de parvenir à la sécurité nationale, à l'unité, au
développement et à la démocratie. Quiconque apporterait la division - car
je sais que les vues de ceux qui ont l'intention de revenir sont fondées
sur la division - ne sera pas élu.
Dans le même discours, il prévenait
qu'il infligerait des « blessures » à quiconque ne comprendrait pas ou ne
tiendrait pas compte de son message contre le « divisionnisme ». Recourant à
une métaphore menaçante, il ajoutait que quiconque espérait tirer profit du
« sorgho et du maïs » plantés - référence plus politique qu'agricole -
devait se rappeler que « nous avons assez de machines pour écraser les
grains... » Evoquant sans la nommer la fuite de plusieurs officiers de haut
rang la veille (voir ci-dessous), Paul Kagame annonçait encore que plusieurs
personnes seraient prochainement limogées de leurs postes au gouvernement
parce qu'elles étaient soupçonnées de vouloir quitter le pays.2
Dans un discours prononcé le 7
avril, lors d'une cérémonie à la mémoire des victimes du génocide, il
critiquait la « mauvaise politique des étrangers qui soutiennent les
divisions ». Il impliquait ainsi qu'en aidant la société civile, les
donateurs étrangers aidaient à semer la division, thème repris une semaine
plus tard par les députés à l'Assemblée.3
Les attaques contre le
« divisionnisme » se sont accentuées au début de l'année lorsque les
autorités ont tenu une série d'ateliers avec les responsables des
gouvernements locaux pour préparer les élections. A Kibungo, l'orateur
officiel a insisté sur la « délicatesse » de la période et aurait déclaré :
« Toute forme de divisionnisme doit être écrasée, et pas avec un marteau.
Mais vous, les adultes, vous savez ce que cela signifie ». Lors d'une
réunion similaire à Ruhengeri, l'orateur dirigeait une sorte de séance de
questions-réponses, tout à fait dans le style des réunions « d' animation »
fréquentes sous le gouvernement de Juvénal Habyarimana (1973-1994). Le thème
de cette séance était que « l'unité » est un bébé qui a besoin d'être gardé
au sein jusqu'à ce que sa mère - ici le FPR - décide qu'il est temps de le
sevrer.4
L'extension du pouvoir FPR
Pendant les années de guerre et de
luttes sans merci entre les partis, qui ont culminé avec le génocide en
1994, de nombreux dirigeants rwandais avaient misé sur les divisions
ethniques et politiques en une tentative désespérée de garder le pouvoir. En
instaurant un nouveau gouvernement, le FPR avait rejeté les divisions du
passé et fait de l'unité le point focal de sa politique. Au cours des neuf
années de transition, il a fait valoir le besoin d'unité pour justifier son
contrôle de plus en plus serré sur la vie politique.
Le gouvernement opère en vertu de la
« Loi fondamentale » (la Constitution de 1991 ; les Accords de paix d'Arusha
de 1993 ; la déclaration du FPR le 17 juillet 1994 et un accord de novembre
1994 entre partis politiques qui répartissait les postes officiels entre les
différentes formations). Le FPR, en tant que force militaire victorieuse, a
été dominant dès le départ mais ménageait à l'origine une façade de parité
entre les principales forces politiques, le FPR et le MDR, ainsi que deux
plus petits groupes, le Parti social démocrate (PSD) et le Parti libéral
(PL). Au fil des années, le FPR a accru sa mainmise officielle sur les
postes afin de mieux refléter l'étendue réelle de ses pouvoirs. A la fin
2002, le Président de la République, douze des quinze ministres5
(et la plupart des secrétaires généraux des ministères), les juges de la
Cour constitutionnelle et de la Cour de Cassation, le Procureur de la
République, onze des douze gouverneurs, treize des quinze ambassadeurs, sept
des neuf chefs des services de sécurité et dix-neuf des soixante-quatorze
députés (treize du FPR et six de sa branche militaire, les Forces de défense
rwandaises, FDR) étaient membres ou affiliés au FPR.6
Par accord mutuel, tous les partis
politiques sont supposés renoncer à un enracinement local et au recrutement
pendant la période de transition. Le FPR a ignoré ces dispositions et a
largement augmenté le nombre de ses membres. Un responsable de haut rang du
FPR a admis cette augmentation mais assuré qu'il résultait de demandes
spontanées pour rejoindre le parti, ce qui ne pouvait être refusé sous peine
d'attenter au droit des individus à la libre association politique. Dans
certains cas au moins, des personnes ont rejoint le FPR parce qu'elles
pensaient qu'elles n'avaient pas le choix et d'autres ont été menacées de
sanctions si elles choisissaient de ne pas le faire.7
Dans la perspective des élections à
venir, le FPR a accéléré le recrutement de nouveaux membres dans au moins
quatre provinces au cours de la dernière semaine d'avril et la première de
mai. En différents endroits, les responsables locaux ou les cadres du parti
ont convoqué les gens à des réunions dans les bureaux de secteurs et ont
fait publiquement pression sur eux pour qu'ils les rejoignent et en
convainquent d'autres de rallier le FPR. Dans un cas, environ la moitié de
l'assemblée a donné son accord. Les responsables ont continué d'exercer des
pressions sur ceux qui refusaient de rejoindre le parti jusqu'à ce que,
finalement, tous les présents sauf 20 % deviennent membres du FPR. Dans un
secteur, dans une autre province, le public s'est vu indiquer qu'il devait
convaincre 90 % de ses voisins d'adhérer au FPR. Une recrue réticente a
indiqué qu'il avait initialement refusé mais avait changé d'avis quand on
l'avait prévenu qu'il serait alors considéré comme partisan d'un autre
parti. Il a expliqué : « De peur d'être classé dans des partis jugés
divisionnistes, comme le MDR ou Ubuyanja8,
j'ai accepté.» Un membre du FPR a déclaré :
Ceux qui m'ont enseigné ont dit
que le FPR n'était pas un parti, que c'est une famille9
et que tout Rwandais devait être dans cette famille. Celui qui n'est pas
dans la famille est ailleurs. Ce sont ceux qui déstabilisent le pays. Nous
devons construire notre famille pour nous préparer aux élections. Ce
serait dangereux d'être dirigé par quelqu'un qui est en dehors de notre
famille.
Le FPR essaie particulièrement de
recruter des personnalités locales respectées, comme des instituteurs, des
aide-médecins et des commerçants.10
Mais ceci n'offre cependant pas un
tableau complet du contrôle exercé par le FPR parce que les autres partis,
même quand ils ont droit de cité, ne fonctionnent généralement pas comme des
organisations autonomes fortes. Après 1994, quand le Mouvement républicain
national pour le développement et la démocratie (MRND) et la Coalition pour
la défense de la république (CDR) ont été interdits en raison de leur rôle
dans le génocide, le principal parti restant - à l'exception du FPR- était
le MDR mais lui-même avait été amputé d'une partie de ses forces en raison
de sa séparation d'avec l'aile Power du MDR juste avant le génocide (voir
ci-dessous). Le PSD, n'a jamais réussi à élargir sa base hors du sud du
Rwanda et le PL est resté circonscrit pour l'essentiel aux zones urbaines.
Ces partis ont généralement respecté l'interdiction de mener des activités
politiques locales et n'ont rien fait pour relancer ou étendre leur
organisation au plan local. Restreints à ne se réunir qu'au niveau de leurs
comités centraux, les partis se sont enlisés dans des luttes internes, la
plupart du temps pour des postes ou d'autres formes de bénéfice personnel.
De telles escarmouches discréditent les responsables de partis aux yeux des
gens ordinaires et affaiblissent le soutien apporté aux partis en
particulier et au concept de multipartisme en général. En outre, les partis
opèrent sous la supervision du forum des partis politiques, une institution
sans aucune base légale dominée par le FPR. Le forum peut intervenir, et ne
se prive pas de le faire, dans les affaires internes des partis, comme les
nominations à certains postes, y compris les sièges de députés et fait
appliquer un code de conduite auprès des militants.
Le risque des élections
multipartites : l'exemple du Burundi
Même si le FPR a accepté d'_uvrer
dans le cadre du multipartisme, certains de ses dirigeants ont exprimé une
certaine appréhension des risques que risquait d'entraîner ce système. En
1995, Paul Kagame avait déclaré à un journaliste que le multipartisme
débridé aurait pour conséquence de « diviser des gens qui sont déjà
divisés », rendant tout espoir d'unité et de démocratie à long terme
impossible.11 Conformément à cette
vision, le gouvernement a décidé que les candidats aux élections locales de
2001 et 2002 devaient se présenter sans affiliation à un parti. Mais la fin
de la transition - déjà prolongée une fois - approchant, Kagame a promis que
les élections présidentielles et législatives allaient être tenues et que
les partis seraient libres de présenter des candidats. Il a également
annoncé que les élections se dérouleraient sur le mode du suffrage universel
direct à bulletins secrets.
Malgré le contrôle serré exercé par le
FPR, certains soldats et responsables politiques ont craint que des
élections directes et à bulletins secrets ne produisent des résultats
inattendues, comme les élections libres et justes tenues au Burundi en 1993.12
Tout comme le Rwanda, le Burundi est peuplé d'une large majorité de Hutus
tandis que les Tutsis représentent une petite minorité de la population. Le
parti majoritairement tutsi de l'UPRONA, qui contrôlait l'armée et
l'essentiel de l'administration, avait présenté son candidat Pierre Buyoya à
l'élection présidentielle. La plupart de ses membres s'attendaient à une
victoire facile mais Melchior Ndadaye, le candidat Hutu du FRODEBU, a battu
Buyoya.
Affaibli par les dissensions au sommet
du parti, sa base atrophiée, le MDR semblerait ne devoir poser que peu de
menaces pour le FPR. Mais nul ne peut présumer de la loyauté résiduelle de
certains de ses anciens membres aujourd'hui en sommeil et inactifs, loyauté
fondée au moins en partie sur le lien qui subsiste entre l'actuel MDR et le
premier MDR, le MDR-Parmehutu qui avait dirigé le renversement de la
monarchie tutsie en 1959. Avec la perspective d'élections multipartites à
bulletins secrets, le meilleur moyen de prévenir tout réveil du MDR serait
d'anéantir le parti lui-même.
L'enquête de l'Assemblée :
divisions et "divisionnisme"
A la mi-décembre, le député Abbas
Mukama a demandé à l'Assemblée nationale de transition de se saisir du
problème du MDR. Le 30 décembre 2002, l'Assemblée l'a chargé avec six autres
députés d'examiner les dissensions au sein du MDR et le rôle joué par ce
parti dans les « divisions qui ont marqué l'histoire du Rwanda ».13
Avant même que la Commission n'entame ses travaux, le responsable du groupe
MDR, proche du FPR, prédisait l'abolition de ce parti14
Le 14 avril, la Commission a présenté son rapport à l'Assemblée dans un
document qui comprend un résumé de quelque trente-cinq pages (dans la
version française) accompagné d'une annexe qui porte l'ensemble à plus de
mille pages.15 Les membres de la
Commission ont consulté les responsables gouvernementaux, « des sages », et
au moins un universitaire ; ils s'en sont également remis en grande partie
aux différents services de sécurité pour leur apporter des données censées
illustrer leurs accusations relatives au « divisionnisme ».
La Commission porte deux importantes
accusations à l'encontre du MDR : qu'il ne peut surmonter ses querelles
internes et qu'il est « divisionniste », promouvant une idéologie Hutu
développée à l'origine par le MDR-Parmehutu en 1959. La Commission explique
même en un point que l'idéologie du MDR a débouché sur le génocide de 1994.16
La Commission développe la première
assertion en indiquant que le MDR s'est déjà divisé par le passé et qu'il
reste en proie à de fortes dissensions concernant aussi bien les dirigeants
que l'idéologie du parti. Mais ces dissensions ne violant aucune loi ou
statut, il n'y a aucune raison de dissoudre le parti. En rapportant les plus
récentes querelles sur la politique et la direction du parti, la Commission
raconte comment les responsables gouvernementaux, dont le Président de la
République, le Premier Ministre et le Ministre de l'administration locale,
sont intervenus dans des conflits internes au parti et les ont réglés
conformément à ses propres règles. L'intervention de responsables extérieurs
au parti dans de telles disputes témoigne du manque d'autonomie du MDR.17
Le succès de la Commission à confirmer
ainsi les conflits au sein du MDR sape néanmoins son second argument, selon
lequel le parti dans sa forme actuelle continue de promouvoir la même
idéologie que depuis 1959. Voici les principales étapes de l'histoire du MDR :
- Principal parti lors de
l'instauration de la République en 1962, le MDR-Parmehutu a été aboli en
même temps que les autres partis par le Président Juvenal Habyarimana in
1975.
- Le MDR fut restauré en 1991,
après qu'Habyarimana eut autorisé de nouveau le multipartisme. Les
responsables du MDR à l'époque professaient leur adhésion générale aux
« lumières du MDR- PARMEHUTU »18 mais
sans prendre ouvertement de positions ethniquement fondées. D'ailleurs, le
FPR lui-même n'a eu aucun problème à s'allier avec le MDR, de manière
informelle puis nettement plus officielle à partir de la mi-1992.
- En juillet 1993, le MDR s'est
divisé : une branche, le MDR-Power, a épousé l'idéologie du Hutu Power et
a participé activement au génocide tandis que l'autre, dirigée par
Twagiramungu, a rejeté le génocide et est resté loyale à son alliance avec
le FPR. Les dirigeants de cette branche du MDR, dont la Premier Ministre
Agathe Uwilingiyimana, ont été massacrés par les tueurs du génocide et les
partisans du Hutu Power.
- Avec la création du nouveau
gouvernement, le FPR a salué la participation de la branche Twagiramungu
du MDR. Selon la Commission, le MDR avait alors accepté les principes du
gouvernement, « surtout de se désolidariser de l'idéologie discriminatoire
qui appartenait plutôt au MDR-PARMEHUTU ».19
Suite aux pressions de sources
officielles et politiques, en 1998 et 1999, les responsables du MDR ont
accepté de modifier certains choix politiques et symboles comme le drapeau
du parti. Pour prouver qu'il était ouvert à tous les Rwandais, le MDR a
recruté des Tutsis, parmi lesquels deux siègent à l'Assemblée.20
- Des factions opposantes au sein
du MDR ont depuis contesté l'étendue de ce qui pouvait ou ne pouvait pas
changer dans le parti ; des rivalités personnelles entre les dirigeants du
parti ont compliqué ces questions.
Incapables d'expliquer comment les
responsables du MDR pouvaient adhérer à une même doctrine alors qu'ils se
divisaient sur certaines questions d'idéologie, comme ils l'ont fait entre
1993 et 1999, les membres de la Commission ont fini par conclure que « la
ligne idéologique du MDR ressemble à la drogue ou à l'aimant ». A cela, il
n'était « qu'une solution : s'en écarter ou collaborer avec les autres pour
le déraciner ».21
La Commission n'a pas tenté
d'expliquer comment le FPR s'était arrangé pour s'allier avec le MDR - tout
au moins une partie du MDR - entre 1991 et 2003. Le souvenir de ces douze
années d'alliance est en soi suffisant pour discréditer l'idée que le MDR
était engagé sur une voie idéologique génocidaire au cours de cette période.
Le "divisionnisme" en question
Plusieurs des griefs spécifiques
portés contre le MDR sont liés à l'accusation générale selon laquelle son
idéologie est génocidaire. Ses militants sont ainsi accusés de :
- Minimiser le génocide
- Prétendre qu'il y a eu un double
génocide en 1994, ce qui signifie que le FPR avait délibérément cherché à
éliminer les Hutus de la même façon que les partisans du Hutu Power
avaient cherché à éliminer les Tutsis
- S'opposer au versement de
compensations aux survivants du génocide
- S'opposer aux cérémonies
d'inhumation des victimes du génocide.
Au-delà de ces accusations liées au
génocide, la Commission a reproché aux membres du MDR de s'opposer aux
programmes de l'actuel gouvernement, comme si toute forme d'opposition était
le signe de « divisionnisme ». Le rapport mentionne ainsi que, « pour mener
à bonnes fins sa mission, il (l'Etat) doit unir ses efforts.22
La Commission ajoutait que les membres du MDR sont opposés à des initiatives
comme la décentralisation administrative, les juridictions gacaca
(tribunaux populaires pour juger les personnes accusées de génocide) et les
Forces de défense locale (force paramilitaire du gouvernement). Elle
assurait aussi que les membres du MDR contraient l'influence du forum des
partis politiques, dominés par le FPR.
Selon la Commission, les membres du
MDR ont répandu le mécontentement dans les rangs de l'armée, discrédité le
gouvernement à l'étranger afin de réduire l'aide extérieure et même qu'ils
ont espionné pour le compte d'une puissance étrangère.
Les membres de la Commission ont
encore ajouté une dernière accusation à l'encontre des membres du MDR :
« Ils ont secrètement commencé à enseigner à la population comment voter
comme au Burundi lors de l'élection de Ndadaye en 1993 ».23
Lors de l'ouverture du débat sur le rapport, le président de la Commission a
déclaré que certaines des personnes interrogées avaient l'intention de
« jouer la carte du FRODEBU lors des élections »,24
c'est à dire de suivre le modèle burundais. Par de tels commentaires, les
membres de la Commission révèlent leur peur de voir le MDR capter le vote
hutu lors des élections à venir. Si un nombre significatif de Hutus votait
sur des bases ethniques, le MDR, en tant que parti historiquement identifié
aux intérêts hutus, sortirait vainqueur du scrutin.
Les accusés
La Commission a désigné nommément
quarante-six personnes25 comme des
partisans de l'idéologie divisionniste du MDR, dont beaucoup sont des
figures importantes de l'administration. Parmi elles figurent un secrétaire
d'Etat (obligé par le Président Kagame à démissionner juste avant la
présentation du rapport), cinq députés, trois officiers de haut rang, six
membres du cabinet du Premier Ministre, un ambassadeur, un ancien préfet et
le directeur du Service public national des transports. L'une des personnes
désignées est emprisonnée depuis janvier 2002 et cinq autres vivent à
l'étranger, en République démocratique du Congo, en Belgique, en
Nouvelle-Zélande et en Chine (l'ambassadeur du Rwanda en Chine).
Contrairement à la liste des
accusations portées contre les membres du parti collectivement, celles à
l'encontre des individus nommément cités se limitent à l'accusation large
d'avoir tenu ou assisté à des réunions durant lesquelles l'idéologie mise en
cause par la Commission aurait été débattue. Regroupés sous le chapitre
« Le groupe de propagande de l'idéologie MDR-Paramehutu », les quarante-six
sont divisés entre « ceux qui sont à la tête », « ceux qui participent
rarement aux réunions », « les non-adhérents du MDR qui participent aux
réunions », ainsi qu'un groupe issu de la province de Cyangugu.
La Commission a demandé au Commissaire
général de la police nationale s'il avait la preuve de ces réunions :
Les services concernés ont des
preuves tangibles démontrant que des réunions clandestines sont organisées
par ceux qui campent sur l'idéologie du génocide ; ces réunions visent la
mobilisation basée sur l'ethnie, une mobilisation effectuée par les jeunes
qui propageraient les activités divisionnistes partout sur les collines,
ainsi que les propagandes diffamatoires contre les activités de l'Etat.26
Au travers des neuf cents pages
examinées par les chercheurs de Human Rights Watch, très peu de détails sont
fournis sur ces réunions supposées. L'une d'elle est censée s'être tenue à
Kibuye, mais la personne accusée de l'avoir organisée a déclaré à
l'Assemblée qu'il s'était agi d'un événement à caractère social. Un autre
était en Europe quand il a été placé sur la liste de ceux qui avaient
participé à la réunion et un autre était en prison.27
Outre l'accusation générale selon
laquelle ces personnes ont participé à des réunions, une personne est
accusée d'avoir suggéré l'envie de suivre le modèle burundais de 1993 et
d'avoir distribué des « tracts incendiaires ». Plusieurs autres ont été
accusées d'avoir donné de l'argent et des conseils aux membres d'une
association de jeunes gens appelée Itara (littéralement, la lumière) ou à
une autre association, non identifiée, prônant l'unité des Hutus. Deux ont
été simplement classées comme des extrémistes connus en raison de leurs
activités en 1993.28
Deux des accusés étaient liés au parti
interdit, Parti pour la démocratie et le Renouveau-Ubuyanja (PDR-Ubuyanja).
Lors d'une audition devant la Commission, le Ministre de la sécurité
intérieure a déclaré que le groupe de Célestin Kabanda, listé comme l'un des
quinze principaux propagandistes du MDR, avait tenu des réunions conjointes
avec des membres du PDR-Ubuyanja. Il a indiqué qu'ils s'étaient rencontrés à
l'hôtel Okapi, mais que le groupe du PDR-Ubuyanja s'était réuni au
rez-de-chaussée et celui de Kabanda à l'étage afin de camoufler leur
collaboration.29
Tous les accusés n'ont pas eu la
chance d'être entendus, ou pleinement entendus, par la Commission et l'un
d'eux qui tentait de se défendre pendant le débat à l'Assemblée a été
interrompu. Un député a protesté du fait qu'un autre des accusés n'avait eu
aucune chance de se défendre.30
Fuites, arrestations et
"disparitions"
Le général de brigade Emmanuel
Habyarimana31, qui était Ministre de la
défense jusqu'à novembre 2002 et le lieutenant-colonel Balthazar Ndengeyinka,
un des représentants de l'armée à l'Assemblée, ont dû fuir le Rwanda le 30
mars, semble-t-il après avoir été informés qu'ils allaient être accusés de
« divisionnisme » par le rapport de la Commission. Le lieutenant Alphonse
Ndayambaje les a accompagnés en exil. En tant que membres des forces armées,
ces officiers n'avaient pas le droit d'appartenir à quelque parti que ce
soit.
Un porte-parole militaire aurait
qualifié le général Habyarimana de « Hutu extrémiste » sur la radio BBC et
déclaré qu'il avait fait défection pour rejoindre les rebelles ougandais et
rwandais au Congo pour se battre contre le Rwanda.32
Le 7 avril, le Ministre des affaires étrangères Charles Murigande a
clairement indiqué dans une interview à la radio que le gouvernement savait
qu'Habyarimana au moins avait demandé l'asile à la Belgique.33
Le 1er avril, le général Félicien
Ngirabatware, un ami du général Habyarimana, directeur de l'école militaire
de Ruhengeri, a été arrêté et est resté depuis au secret. Des officiers des
services de renseignements militaires ont interrogé à plusieurs reprises les
épouses des trois militaires qui ont fui et celle du général Ngirabatware.
Le 3 avril, Damien Musayidizi « a
disparu » alors qu'il rentrait chez lui après son travail. Ancien sergent de
l'armée, il avait été le secrétaire du général Habyarimana au Ministère de
la défense.
Le 4 avril, un commerçant de Kigali,
Jean-Marie Vianney Nkulikiyinka, était enlevé dans son magasin vers 22h00
par des personnes non identifiées et l'on est sans nouvelles de lui depuis.
Nkulikiyinka n'était pas connu pour avoir joué un quelconque rôle politique
mais aurait été lié au Dr Hitimana, le suivant sur la liste des personnes
« disparues ».
Le 7 avril, le Dr Léonard Hitimana, un
député du MDR, « a disparu » dans le quartier de Remera à Kigali. La police
a annoncé que sa voiture avait été trouvée près de la frontière avec
l'Ouganda à Byumba, mais sa famille rejette l'hypothèse selon laquelle il
aurait pu conduire de nuit, abandonner sa voiture et franchir la frontière.
Le Dr Hitimana est l'un de ces membres du MDR dont le passé rend sujettes à
caution les accusations sur la nature génocidaire du parti: il est amplement
connu pour avoir essayé de sauver des Tutsis pendant le génocide et il a
témoigné aux procès de personnes accusées de génocide.34
Le 23 avril, le lieutenant-colonel
Augustin Cyiza, officier de l'armée rwandaise démobilisé, ancien président
de la Cour de Cassation et vice-président de la Cour Suprême, a disparu
après avoir donné un cours de droit à l'Université d'Afrique centrale de
Kigali. Il n'a pas répondu aux appels passés sur son téléphone cellulaire et
son véhicule a semble-t-il disparu des rues de la ville. Les enquêtes
initiales de la police et des autorités judiciaires n'ont pas permis de
découvrir d'informations sur son sort mais, quelques jours après sa
disparition, la police aurait déclaré à sa famille que la voiture de Cyiza
avait été découverte dans le district de Butaro, au nord-ouest du pays, près
de la frontière ougandaise. Le porte-parole de la police, Tony Kuramba, a
déclaré à d'autres personnes que la voiture de Cyiza avait été trouvée dans
le district de Nkumba, limitrophe de Butaro. Selon des témoins, toutefois,
sa voiture aurait été vue la nuit de sa « disparition » dans le camp
militaire de Kanombe. Des sources militaires ont indiqué que Cyiza serait
détenu dans le camp militaire de Kami ou dans la prison militaire de
Mulindi.35
Un étudiant de l'université également
juge cantonal du tribunal de Nyamata, Eliezer Runyaruka, a quitté
l'université avec Cyiza le 24 avril et n'a pas non plus réapparu depuis.
Quand ses proches ont appelé la police pour information, on leur aurait dit
qu'Eliezer « était de mèche avec Cyiza » et qu'il avait fui le pays avec
lui. Eliezer était un Munyamulenge, une personne originaire du Congo parlant
le kinyarwanda. Les Banyamulenge sont généralement comptés comme des Tutsis.
Cyiza emmenait et ramenait régulièrement Eliezer à et de l'Université.36
Les associations et la presse
Les membres de la Commission ont
assuré que les membres du MDR utilisaient des associations à but
non-lucratif pour disséminer l'idéologie du parti. Ils ont établi que le
bureau du Premier Ministre avait donné 200.000 Francs rwandais (400 dollars
US) et que d'autres politiciens avaient également donné des sommes de
moindre importance à l'organisation Itara, mais ils n'ont pas établi en
revanche que l'organisation était liée au MDR ou avait même un agenda
politique.37
Selon les membres fondateurs et les
responsables d'Itara, l'organisation l'association a effectué des travaux de
construction et d'autres activités commerciales afin de bénéficier à ses
membres sans emploi, particulièrement ceux qui ont souffert du génocide.38
Les membres de la Commission et d'autres se sont appuyés sur des
informations fournies par un ancien vice-président d'Itara mécontent comme
si elles prouvaient que l'organisation était un paravent pour les activités
du MDR, mais une lettre de cette personne publiée par la Commission indique
plutôt qu'il a quitté Itara pour les raisons suivantes :
- que l'organisation devait être
sans but lucratif et maintenant ça se voit que vous visez des intérêts
- Le fait que vous travaillez dans
des bandes cache quelque chose
- Le fait que vous êtes
caractérisés dans l'association par la discrimination et le favoritisme
régionale.39
Interrogé sur la « discrimination »
pratiquée par Itara, l'ancien vice-président s'est plaint que les gens
embauchés par l'association aient tous été originaires de la province de
Gikongoro. Mais il n'a rien dit de la discrimination ethnique.40
La croissance de l'organisation était
également une question en débat. A la décembre 2002, Jean de Dieu
Ntiruhungwa, Ministre de la sécurité intérieure, avait comparé Itara aux
Interahamwe, une milice qui a joué un rôle majeur lors du génocide de 1994.
Ntiruhungwa avait assuré qu'Itara comptait quelque 10.000 membres.
L'association a déposé plainte auprès du procureur général de la République
contre Ntiruhungwa pour déclaration mensongère mais aucune mesure n'a été
prise depuis.41
Quand le Commissaire général de la
police nationale a comparu devant la Commission le 27 février, il a été
assailli de questions sur le nombre de membres d'Itara. Il n'a donné aucune
estimation mais a assuré que l'organisation était active partout dans le
pays. Dans ce cadre il a évoqué la lettre citée plus haut mais n'a rien dit
sur la taille de l'organisation.42 Dans
l'annexe du rapport, la Commission a publié un rapport des services de
renseignements assurant qu'Itara avait enregistré 435 jeunes gens pour ses
projets de travaux.43 Le Secrétaire
général des services de sécurité a déclaré à la Commission qu'Itara avait
cessé ses activités à travers le pays quand la Commission a commencé à
parler d'elle. Il a ensuite ajouté que la Jeunesse démocratique républicaine
(JDR) - l'organisation de jeunesse du MDR depuis les années 90 - était
présente dans tout le pays et que c'était « une bombe à retardement ».44
Rien n'explique qu'il ait parlé de la JDR, si ce n'est pour suggérer un lien
entre cette organisation, qui n'existe plus et Itara.
Les membres de la Commission ont
utilisé une fois le cas du MDR pour attaquer la Ligue rwandaise pour la
promotion et la défense des droits de l'homme (LIPRODHOR), la plus crédible
organisation de défense des droits humains au Rwanda. Observateur juste et
bien informé de la situation des droits humains, la LIPRODHOR a été
régulièrement harcelée par le gouvernement par le passé. Son trésorier a été
emprisonné pendant dix mois, accusé d'avoir soutenu un autre parti
d'opposition, le Parti pour la démocratie et le renouveau-Ubuyanja (voir
ci-dessous). Au cours du débat sur le rapport de la Commission, Protais
Kabanda Mitari, député et vice-président de la Commission, a assuré que les
membres du MDR - accusé d'être affilié au MDR-Power génocidaire -
collaboraient avec la LIPRODHOR et que l'organisation des droits humains
recevait de l'argent de l'étranger pour aider le MDR. Selon la Commission,
un administrateur local du nord-ouest du pays a lui aussi impliqué la
LIPRODHOR dans les réunions du MDR.45
Ni le rapport ni l'annexe n'apporte de preuve à l'appui des accusations
selon lesquelles l'organisation des droits humains était impliquée dans les
activités du MDR. La Commission a accusé un ancien employé de
l'organisation, désormais actif au MDR de propager l'idéologie
divisionniste.
La Commission a également mentionné
deux autres associations mais sans donner le moindre détail sur leurs
membres ou leurs activités supposées, l'une est l'Association nationale des
retraités (ANR) et l'autre une organisation pour l'unité des Hutus.46
La Commission a déclaré que les
membres du MDR utilisaient des journaux comme Umuseso et Le
Partisan pour diffuser leurs idées.47
En janvier 2002, Le Partisan a publié un article détaillant les efforts du
FPR pour contrôler le MDR. L'auteur de l'article, Amiel Nkuliza, a été
arrêté et détenu plusieurs jours et le secrétaire général du parti, le
général Pierre Gakwandi, a été emprisonné sous la suspicion d'avoir été la
source des informations publiées dans l'article. Nkuliza a fini par fuir le
pays et Le Partisan a arrêté sa publication. Quinze mois plus tard,
Gakwandi était toujours en prison sans avoir été jugé. Umuseso est
l'un des journaux indépendants actuellement publiés au Rwanda. Son
directeur, Ismael Mbonigaba, a été emprisonné fin janvier 2003 pour avoir
publié un article sur une possible course à la présidence opposant Kagame et
Twagiramungu. L'article, qualifié de « divisonniste », était accompagné d'un
dessin montrant Kagame dans le rôle du Roi Salomon décidant du sort du MDR.
Mbonigaba a été remis en liberté provisoire à la fin février sans avoir été
jugé. Le 15 avril, Mbonigaba a fait circuler un compte-rendu informel du
débat sur le MDR dans un nouveau journal appelé Indorerwamo/Le Miroir. Une
semaine plus tard, une édition du journal qui consacrait une couverture
importante à l'affaire du MDR, étaient saisies. La police a déclaré qu'elle
avait saisi le journal parce qu'il ne s'était pas conformé aux régulations
concernant la parution de nouveaux journaux. Le directeur a fait valoir que
le journal avait d'abord été publié en 1997 puis de nouveau en 2002 en
supplément d'Umuseso. 48
Les formes légales de
l'interdiction du "divisionnisme"
Le Pacte international relatif aux
droits civils et politiques (PIRDCP), auquel le Rwanda est partie depuis
1975, garantit les libertés d'association, de réunion et de parole.49
Le Pacte stipule également que « Tout appel à la haine nationale, raciale ou
religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l'hostilité
ou à la violence est interdit par la loi ».50
Cette disposition, cependant, ne concerne que « l'appel » en faveur de
telles idées, plutôt que, par exemple, des opinions discriminatoires sur des
personnes et doit donc être interprétée d'une manière qui ne contrevienne
pas à la défense de la liberté d'expression ou d'autres droits contenus dans
le Pacte. Tel que défini dans les dispositions, un tel « appel » doit
consister en une incitation à commettre des actes prohibés.51
Mais les Principes de Syracuse concernant les dispositions du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques qui autorisent
certaines restrictions et dérogations supposent que toute restriction à ces
droits soit proportionnée, étroitement définie et la moins restrictive
possible.52
La Constitution rwandaise de 1991
garantit par ailleurs la liberté d'expression, de réunion et d'association.53
La loi rwandaise qui régit les partis politiques interdit en outre la
discrimination sur des bases ethniques. La même loi stipule que le Ministre
de l'intérieur peut suspendre les activités d'un parti pour trois mois dans
l'intérêt de l'ordre public et qu'il peut aussi saisir le Tribunal de
première instance pour dissoudre un parti dont les activités ont été
suspendues ou si « elles ont contrevenu à la loi ».54
Les Accords d'Arusha (Article 80),
partie intégrante de la « Loi Fondamentale », ordonnent aux partis membres
de l'Assemblée de transition de « rejeter et de s'engager à lutter contre
toute idéologie ou acte visant à promouvoir la discrimination sur des bases
ethniques, régionales, sexuelles ou religieuses » ; si les partis persistent
dans une attitude contraire à la loi après avoir été mis en garde, le
gouvernement peut porter l'affaire devant la Cour suprême. La Cour, à la
demande du gouvernement, peut alors exclure les partis en cause de toute
participation aux institutions gouvernementales.55
Une loi rwandaise sur la
discrimination et le sectarisme ("divisionnisme") entrée en vigueur en 2002
définit par sectarisme tout "discours, déclaration écrite ou acte qui crée
un conflit pouvant générer des troubles qui risqueraient de dégénérer en
dissensions entre les gens". La redondance de ces termes, l'intention claire
de cette loi, est de prohiber un langage ou des actes qui déboucheraient sur
la violence ou des actions illégales (tels "conflit", "troubles", ou
"dissensions"). La loi prévoit une peine d'un à cinq ans de prison et une
amende pouvant aller jusqu'à deux millions de francs rwandais pour les
responsables du gouvernement ou d'un parti qui seraient jugés coupables de
ces crimes. Un parti politique qui serait jugé coupable peut être suspendu
ou, "selon la gravité" des conséquences découlant de son comportement,
dissout par le Tribunal de première instance. Les individus coupables de
tels crimes sont privés de leurs droits civiques.
S'agissant du MDR, le rapport de
l'Assemblée et la recommandation de sa dissolution doivent être transmis au
Premier Ministre, puis au Ministre de l'administration locale qui lui-même
les transmettra au Conseil des Ministres. Le Conseil devra alors décider
s'il demande à un tribunal compétent de prononcer la dissolution du parti ou
de l'exclure des institutions gouvernementales.
La question est de savoir si le MDR
est de fait « divisionniste », discriminatoire, s'il promeut le génocide et
menace la sécurité de l'Etat comme les autorités l'en ont accusé. Vue la
qualité des preuves apportées lors du débat à l'Assemblée, il semble que le
gouvernement soit loin d'avoir des preuves convaincantes de ces accusations,
diverses et graves.
L'Assemblée a également recommandé que
les individus désignés dans le rapport fassent l'objet d'une enquête et
soient poursuivis par les autorités judiciaires. Par le passé, les autorités
ont placé en détention plusieurs personnes accusées de divisionnisme et les
ont gardées en détention préventive pendant un an ou plus, en violation de
leur droit à un procès rapide.56
Un schéma constant de
répression
Alors que le FPR s'était assuré
d'un nombre suffisant de postes officiels, pour accroître sa base militante
et limiter l'autonomie des autres partis, il a également entravé les
initiatives visant à créer de nouveaux partis politique. Si l'argument est
que le MDR doit être interdit en raison de son idéologie génocidaire
pro-Hutu, les autorités ont aussi cherché à supprimer auparavant deux
groupes d'opposition de nature multiethnique, ce qui laisse penser qu'il
s'agit davantage de viser les opposants qu'une prétendue idéologie ethnique.
Dans ces affaires, comme dans celle récente du MDR, les stratégies utilisées
vont du recours aux menaces, y compris aux menaces publiques du Président
lui-même, aux arrestations arbitraires, à la violence et à l'intimidation
des organisations non-gouvernementales et de la presse.
En 2000, les autorités se sont
attaquées à une petite formation multiethnique qui cherchait à restaurer la
monarchie. Kagame a publiquement impliqué un important dirigeant politique
Tutsi, Joseph Sebarenzi, avec les « royalistes » et Sebarenzi s'est senti
suffisamment menacé pour fuir le pays, comme l'ont fait trois journalistes
qui avaient couvert ces événements politiques.57
A la mi-2001, l'ancien Président
Pasteur Bizimungu avec un petit groupe de Hutus et de Tutsis a fondé un
nouveau parti, le PDR-Ubuyanja. Bien que la loi de 1991 sur les partis
politiques garantisse le droit d'en former de nouveaux, les autorités ont
déclaré que ceci était illégal pendant la période de transition. En août,
Bizimungu et un autre des membres fondateurs, Charles Ntakirutinka, ont été
détenus et interrogés par les autorités et, peu après, tous deux attaqués
par une bande dans la rue. Bizimungu a publié un livre en novembre 2001 qui
a été intercepté avant d'avoir été distribué. En décembre 2001, un membre d'Ubuyanja,
Gratien Munyarubuga, a été assassiné en pleine journée dans Kigali et ce
crime n'a jamais été élucidé. Plusieurs personnes présentées comme des
membres d'Ubuyanja ont été arrêtées et au moins l'une d'entre elles n'a
jamais réapparu.58
En janvier 2002, les autorités ont
arrêté Laurien Ntezimana et Didace Muremangingo, dirigeants de l'Association
Modeste et Innocent (AMI), petite ONG dédiée à la résolution des conflits.
Ntezimana, un Hutu dont le travail a été récompensé par plusieurs prix
internationaux, est un théologien de renom. Muremangingo est un jeune Tutsi
rescapé du génocide. La lettre d'information de leur organisation affiche à
la Une le nom d'Ubuyanja, qui signifie renaissance, ou renouveau. Pour cette
raison, les deux hommes ont été accusés d'être liés au parti de Bizimungu.
Ils ont été arrêtés et on passé plusieurs semaines en prison ; remis en
liberté provisoire, ils n'ont jamais été jugés. Leur organisation a été
interdite. Interrogé sur cette affaire, un membre de la Commission nationale
des droits de l'homme a tenté de justifier leur arrestation en affirmant que
Ntezimana avait influencé une vingtaine de personnes « qui pouvaient
représenter une menace pour l'Etat. »59
En avril 2002, Kagame a prononcé un
discours qui a bénéficié d'une large publicité pour commémorer le génocide,
prévenant Bizimungu et d'autres opposants que personne ne serait en mesure
de les protéger si les autorités perdaient patience à leur égard. Peu après,
Bizimungu et Ntakirutinka étaient arrêtés et accusés de mettre en danger la
sécurité de l'Etat, de favoriser les divisions ethniques et de mener des
activités politiques illégales. Quelque vingt autres personnes furent
également arrêtées dans les semaines qui suivirent, toutes accusées de
soutenir Ubuyanja. Six d'entre elles, dont le trésorier de la LIPRODHOR et
un employé de l'ambassade américaine, devaient passer en jugement. Manquant
apparemment de preuves pour soutenir ses accusations initiales, le procureur
a tenter de trouver de nouveaux faits contre les détenus.
La nouvelle Constitution
Une commission constitutionnelle
nommée par le gouvernement parachève actuellement le projet de Constitution
qui sera soumis aux électeurs lors d'un référendum prévu fin mai. Telle que
proposée, la Constitution reconduira la plupart des institutions et des
pratiques qui ont favorisé la mainmise étroite du FPR. Plusieurs
dispositions projetées violent directement les obligations auxquelles le
Rwanda a souscrit dans le cadre du Pacte relatif aux droits civils et
politiques, telles que le droit d'association, de libre expression et de
représentation politique assurée par des élections libres.60
Les partis politiques, par exemple, seront autorisés mais ils n'auront pas
le droit de mener des activités politiques au niveau local ce qui les réduit
une fois de plus au rang de groupes de débat au sein desquels les
politiciens sont coupés de la population et se battent pour les miettes du
pouvoir. Les partis devront « constamment refléter l'unité de la nation
rwandaise » et seront interdits de présenter à la population tout « élément
de division ». Le forum des partis politiques sera légalement transformé en
un organe de supervision des partis et la Cour suprême aura le pouvoir
discrétionnaire de dissoudre les partis.
En outre, la Constitution confère
de larges pouvoirs au gouvernement pour interdire les discours ou réunions
dont il jugerait qu'ils peuvent semer la discorde.61
Conséquences
En dénonçant publiquement des
personnes ou des organisations, apparemment sur la base d'informations
vagues ou erronées fournies par les services de sécurité et autres,
l'Assemblée a mis des individus en danger. Certains ont cherché refuge dans
la fuite : en plus des trois officiers militaires déjà cités, un député
aurait décidé de ne pas rentrer au Rwanda. Au moins trois autres personnes
ont « disparu » et une quatrième est détenue au secret par les autorités.
Une organisation respectée de défense
des droits humains a été présentée comme une organisation réunissant des
gens autour d'une idéologie génocidaire. Son personnel et ses membres se
sont sentis suffisamment en danger pour faire état, dans une déclaration
publique, de leur sentiment d'insécurité. Dans une affaire qui semble liée,
le Commissaire général de la police nationale Frank Mugambage a utilisé un
programme diffusé par la BBC pour critiquer une autre organisation de
défense des droits humains, la Ligue des Grands Lacs pour la défense des
droits de l'homme. Selon lui, l'organisation a tout mélangé et s'est forgé
une « une mauvaise idée » en voulant examiner le comportement des Forces de
défense locale, une force paramilitaire parrainée par le gouvernement. Dans
le rapport de la Commission, les critiques des Forces de défense locale sont
présentés comme « ceux qui campent sur l'idéologie de la discrimination
ethnique ».62
Le maire de Kigali a prévenu la
population à la radio que des réunions secrètes avaient été tenues. Il a
indiqué que les autorités pourchasseraient les personnes ayant pris part à
ces réunions. Il a également affirmé que certaines personnes avaient été
payées pour tenir ces réunions et prévenu qu'accepter cet argent « pouvait
coûter la vie aux personnes concernées."63
Lors d'un débat avec Twagiramungu
retransmis par la BBC, un membre du comité central du FPR et le président de
la commission constitutionnelle, Tito Ruraremara, l'ont accusé de partager
l'idéologie des tueurs même si lui-même n'a pas tué pendant le génocide de
1994. Rutaremara a admis que Twagiramungu lui-même avait été recherché par
les tueurs mais il n'a pas expliqué pourquoi ceux-ci voulaient s'en prendre
à lui s'il partageait leur idéologie. Il a également comparé le MDR au parti
Nazi et assuré que le Rwanda pouvait très bien se passer de ce parti.64
Dans un journal daté du 21 avril, le
Commissaire général de la police nationale Mugambage a annoncé l'ouverture
d'enquête à l'encontre de toutes les personnes désignées dans le rapport de
l'Assemblée.65 Tant que ces enquêtes
sont en cours et jusqu'à ce que les procès aient été menés à leur terme,
tous ceux qui sont cités - individus, organisations et partis politiques -
semblent exposés à une campagne de stigmatisation les accusant de partager
des visées génocidaires et même de planifier un nouveau génocide. Un journal
favorable au gouvernement a publié une déclaration selon laquelle
l'idéologie du MDR « pouvait mener à une tragédie comparable à celle de
1994 » et un autre a assuré que le groupe Itara « partage l'idéologie des
Interahamwe ».66 U autre a également
ajouté:
Une faction du MDR dirigée par
l'ancien Ministre des finances Célestin Kabanda a jugé bon d'organiser des
réunions secrètes fondées sur la haine, la malveillance et la
désinformation à l'encontre des Tutsis. Si l'occasion leur en était
donnée, de tels éléments pourraient tuer de nouveau dans la mesure où ils
pensent qu'il n'y a pas eu de génocide au Rwanda.67
Le gouvernement n'a pas prouvé dans
cette affaire que l'actuel MDR ou ses dirigeants avaient participé à un
appel au génocide ou à tout autre programme actif de « divisionnisme ». Il a
étalé les divisions au sein du parti et a choisi de mettre en exergue les
éléments négatifs plutôt que l'héritage positif du MDR. Il a détaillé
l'idéologie anti-tutsie du MDR-Power en 1993-1994 et ignoré les sacrifices
consentis par d'autres membres du MDR, autrefois honorés comme des héros
nationaux pour avoir combattu cette idéologie.
En lançant cette campagne contre le
MDR à quelques mois des élections, les autorités rwandaises ont modifié les
conditions dans lesquelles le scrutin allait se tenir. Bien que les
accusations contre le parti n'aient pas été prouvées, certains de ses
membres ont préféré quitter le MDR et rejoindre les rangs du FPR pour éviter
d'être étiquetés comme « divisionnistes » ou même « génocidaires ». D'autres
sans doute feront de même d'ici les élections.
Si le MDR était dissout, les
conditions de déroulement des élections changeraient encore davantage. En
tant que seul parti bénéficiant d'un réel soutien, hormis le FPR, le MDR
serait le seul capable de lui disputer sérieusement les élections
législatives, voire présidentielles. Tel que le gouvernement interprète la
loi, aucun nouveau parti ne saurait être créé d'ici la fin de la période de
transition, c'est à dire d'ici à ce que la nouvelle Constitution soit
approuvée. Si ceci se produit à la fin mai et que les élections se tiennent
début septembre, comme proposé, aucun nouveau parti n'aura le temps
d'organiser sa campagne. En outre, si la Constitution est approuvée telle
qu'elle est rédigée, aucun parti ne sera à même de lancer son organisation
sur une base locale.
Le Président Kagame a fréquemment
déclaré à la communauté internationale, la dernière fois dans son discours
du 7 avril, que le Rwanda mènerait ses élections à sa façon sans
considération pour les critiques venues de l'étranger. Mais lui-même, comme
d'autres responsables, ont à plusieurs reprises témoigné d'une réelle
attention pour le point du vue d'autrui, à l'intérieur comme à l'extérieur
du pays. Le grand effort consenti pour tenter de justifier la dissolution du
MDR est en soi une indication de cette sensibilité.
Largement dépendant de l'aide
étrangère, le Rwanda a demandé aux donateurs de l'aider à payer les
élections. La Commission électorale nationale a indiqué qu'elle avait besoin
de 16,8 millions de dollars pour développer ses capacités à conduire le
scrutin et à mener à bien le référendum et les élections. Au début du mois
de mai, le gouvernement avait affecté 5,5 millions de dollars et les
donateurs, dont l'Allemagne et la Rhénanie- Palatinat, le Canada, les
Etats-Unis, la Suisse et le Programme des Nations Unies pour le
développement (PNUD) avaient fourni 1,8 millions de dollars. Le 6 mai, les
donateurs ont promis d'apporter encore 5,5 millions environ, les principaux
contributeurs étant l'Union européenne, les Etats-Unis, le PNUD, la Belgique
et les Pays-Bas.
Certains donateurs ont suggéré que
leur appui soit conditionné aux garanties d'exercice des droits civils et
politiques de base. De fait, payer pour des élections qui seraient conduites
sans l'exercice de ces droits - aussi bien avant que pendant la période
électorale - serait une perte d'argent. De telles contributions n'aideraient
pas à assurer la stabilité à long terme de la région et discréditeraient
plutôt que ne promouvraient l'idée de démocratie électorale.
Recommendations :
- Le gouvernement rwandais doit
garantir les droits d'association et de libre expression et l'Assemblée
doit veiller à ce que ses propres lois soient conformes au Pacte
international relatif aux droits civils et politiques, auquel le Rwanda
est partie depuis 1975.
- Toute enquête ou tout procès de
personnes accusées dans cette affaire et dans d'autres affaires
politiques, comme celle du PDR-Ubuyanja, doivent être menés conformément
aux garanties apportées par la loi rwandaise et les règles internationales
en matière de droits humains, notamment la garantie d'un procès sans
retard indu.
- Les autorités doivent prendre
toutes les mesures appropriées pour garantir la sécurité des personnes ou
des organisations désignées dans le rapport de la Commission..
- L'Assemblée nationale de
transition doit publier toutes les preuves à l'appui de ses
recommandations de dissoudre le MDR, notamment celles issues des services
de sécurité à propos des réunions clandestines, de façon à ce que les
personnes accusées prennent connaissance et puissent répondre aux
accusations et preuves apportées contre elles.
- Les autorités judiciaires
doivent fournir toute information en leur possession, comme prévu par la
loi, sur le sort des personnes détenues dont le général Ngirabatware et
doivent ouvrir des enquêtes sur la disparition du Dr. Léonard Hitimanam,
de Damien Musayidizi, de Jean-Marie Vianney Nkulikiyinka, du
lieutenant-colonel Augustin Cyiza et d'Eliezer Runyaruka.
- Le Conseil des Ministres doit
laisser aux autorités judiciaires le soin de poursuivre les personnes
accusées et reconnaître que les actes d'un groupe, même jugé coupable, ne
sauraient mettre fin au droit des autres personnes à demeurer associées au
parti de leur choix. Il ne doit pas poursuivre ses tentatives de dissoudre
le MDR.
- Les donateurs internationaux ne
devraient pas financer le processus électoral si le MDR est dissous ou si
des « disparitions », des arrestations et des procès arbitraires sont
menés contre des individus en raison de leurs seules idées politiques.
1 Le Président Paul Kagame n'a pas
encore annoncé s'il se présenterait. Jean-Nepomucène Nayinzira a indiqué
qu'il se présenterait sans etiquette.
2 Paul Kagame, Président de la République du Rwanda, lors de Journée
Internationale de l'eau, Rebero, Bwisige, Byumba, 31 mars 2003.
3 Paul Kagame, Président de la République du Rwanda, "Allocution du
président Paul Kagame lors de la commémoration du neuvième anniversaire des
victimes du génocide de 1994, Mwurire, Rwamagana, Kibungo, 7 avril 2003.
4 Entretiens conduits par Human Rights Watch, Kigali, 22 février 2003.
5 Le seizième, le Ministre de la défense, est membre en activité des
forces armées et n'est donc, à ce titre, pas autorisé à appartenir à un
parti politique.
6 International Crisis Group, "Rwanda at the end of the transition: a
necessary political liberalization," 13 novembre 2002, p. 11 et appendice E.
7 Entretiens conduits par Human Rights Watch, Gisenyi, 31 janvier 2000;
Kigali, 10 mai 2000; Buffalo, N.Y., 10 juin 2000; Cambridge, MA, 11 juin
2000; Kigali, 11, 12 et 13 février; 13 et 27 mars 2001.
8 A propos du parti PDR-Ubuyanja, voir ci-dessous.
9 Depuis le début, le FPR a parlé de lui-même comme du umuryango
en kinyarwanda, le lignage.
10 Entretiens conduits par Human Rights Watch, Gisenyi, 31 janvier 2000;
Buffalo, NY, 10 juin 2000; Cambridge, MA, 11 juin 2000; Kibuye, 25 avril
2003; Butare, 4 mai 2003; Kigali, 10 mai 2000; 11, 12, 13 et 14 mars et 27
mars 2001; 26 avril et 5 mai 2003.
11 International Crisis Group, "Rwanda at the end of the transition," p.
4.
12 Idem., p. 7.
13 Rapport de la Commission Parlementaire sur les problèmes du MDR,
adopté par l'Assemblée nationale de transition; 14 avril 2003.
14 Umuseso, "Si on entre dans les élections avant la réconciliation du
MDR, il sera d'office aboli,"' Twagiramukiza," III, no. 108, 2 décembre 2002
p. 3 et no. 109, 9-15 décembre 2002.
15 Les chercheurs de Human Rights Watch ont pu examiner la version
française du rapport et quelques 900 pages des annexe.
16 Rapport de la Commission, p. 33.
17 Le Premier Ministres est membre du MDR mais selon le rapport, il a
tenté d'intervenir en tant que Premier Ministre, pas comme membre du parti.
Selon la Commission, le Président Kagame lui-même est intervenu pour
suspendre les résultats d'élections internes au parti. Rapport de la
Commission, p. 20-21.
18 Rapport de la Commission, p. 6-7.
19 Idem., p. 11 et 15.
20 Umuseso, "Si on entre dans les élections avant la réconciliation du
MDR, il sera d'office aboli," Twagiramukiza, p. 3," III, no. 108, 2 décembre
2002.
21 Rapport de la Commission, p. 16.
22 Idem., p. 19.
23 Idem.
24 Notes de terrain de Human Rights Watch, débat à l'Assemblée nationale
de transition, 14 avril 2003.
25 L'une d'elles, Amandin Rugira, est mentionnée deux fois; Rapport de la
Commission, p.22-24
26 Annexe, Rapport de la Commission, p.26.
27 Idem., p. 69; entretien conduit par Human Rights Watch, Kigali, 17
avril 2003.
28 Rapport de la Commission, p.22-26.
29 Annexe, Rapport de la Commission, p. 253.
30 Idem; Notes de terrain de Human Rights Watch, débat à l'Assemblée, 14
avril 2003.
31 Sans lien avec l'ancien Président Juvenal Habyarimana.
32 Munyaneza Godfrey Manu, "Au Rwanda on se base encore sur l'ethnie" et
A.B.Twizeyimana, "Général et colonel ont-ils fui la paix ou l'agression?",
Umuseso, III, 31 mars-6 avril 2003, p.2 et 4.
33 Radio Rwanda, bulletin d'informations du matin, 7 avril 2003.
34 Entretiens conduits par Human Rights Watch, Kigali, 14-23 avril 2003;
LIPRODHOR, "Déclaration sur les récentes arrestations et disparitions
forcées," 12 avril 2003.
35 Entretiens conduits par Human Rights Watch; communications par
téléphone et par courrier électronique, 25-30 avril et 1er mai 2003.
36 Entretiens conduits par Human Rights Watch; communications par
téléphone et par courrier électronique, 28-30 avril et 1er mai 2003.
37 Rapport de la commission, p 14,21,23,24,27,31; Annexe, Rapport de la
Commission, p. 118.
38 Idem., p. 63; BBC News, Evening Edition, 10 avril 2002; N. Patrice,
"Gare à celui qui va dépasser la ligne de démarcation" ; L.M., "Je voudrais
te confier un secret!," Umuseso, III, no. 112, 30 décembre 2002 au 6 janvier
2003.
39 Annexe no 560, Rapport de la Commission.
40 Annexe, Rapport de la Commission, p. 206.
41 BBC News, Evening Edition, 10 avril 2002; N. Patrice, "Gare à celui
qui va dépasser la ligne de démarcation" ; L.M., "Je voudrais te confier un
secret!," Umuseso, III, no. 112, 30 décembre 2002 au 6 janvier 2003.
42 Annexe, Rapport de la Commission, p. 247
43 Idem., p. 558.
44 Idem., p. 274.
45 Notes de terrain de Human Rights Watch, débat à l'assembé, 14 avril
2003; Annexe, Rapport de la Commission, p. 192.
46 Rapport de la Commission, p. 14,21.
47 Idem.
48 Entretien conduit par Human Rights Watch, 6 mai 2003; Radio Rwanda,
bulletin du matin, 26 avril 2003.
49 Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIRDCP),
articles 19 (2), 21 et 22. Le projet de Constitution rwandaise réaffirme à
l'article 10 que le Pacte fait "partie intégrante de la présente
constitution".
50 PIRDCP, article 20 (2).
51 Voir Manfred Nowak, U.N. Covenant on Civil and Political Rights:
CCPR Commentary (Kehl am Rhein, Strasbourg, Arlington: N.P. Engel,
1993), p. 368 ("the obligation in Art. 20 may not be interpreted in such a
way as to establish for a State Party the right to restrict other Covenant
rights to an extent going beyond permissible interference provided therein....Art.
20 does not in any way authorize restrictions on freedom of opinion....nor
does it permit interference with freedom of expression forbidden by Art.
19(2) and (3)." Voir également Nations Unies, Conseil économique et social,
Sous-commission de l'ONU pour la prévention de la discrimination et la
protection des minorotés, Principes de Syracuse concernant les dispositions
du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui
autorisent des restrictions et des dérogations, Annexe, UN Doc E/CN.4/1984/4
(1984), principes 2, 11, 13 et 14 (les restrictions aux droits ne doivent
pas menacer l'essence même du droit concerné, ni être plus restrictif que
nécssaire ou contrevenir ) un autre droit humain garantit par le Parte ou
toute autre disposition du droit international).
52 PIRDCP, article 20; Principes de Syracuse 2, 3, 10 et 11.
53 République du Rwanda, Constitution de 1991, articles 7, 19 et 20.
54 Loi no. 28/91 du 18 juin 1991 (partis politiques).
55 Protocole d'Accord entre le Gouvernement de la République du Rwanda et
le Front patriotique rwandais sur le partage du pourvoir pendant le
gouvernement de transition à base élargie, 9 janvier 19993, Arusha, articles
81 et 82.
56 PIRDCP, articles 9 (3) et 14 (3).
57 Human Rights Watch, "Rwanda: The Search for Security and Human Rights
Abuse," Avril 2000.
58 Communiqué de presse de Human Rights Watch, 9 janvier 2002.
59 Entretien conduit par Human Rights Watch, 18 février 2002.
60 Voir PIRDCP, articles 19, 22 et 25.
61 Deuxième projet de la Constitution du Rwanda, articles 34, 53, 55, 56,
57.
62 BBC, bulletin du matin, 3 mai 2003; Rapport de la Commission, p. 19.
63 Radio Rwanda, bulletin du soir, 11 avril 2003.
64 Transcription par la BBC du débat entre Tito Rutaremara et Faustin
Twagiramungu, 19 avril 2003.
65 The Rwanda Voice, "Premier Makuza, Minister Mugorewera face
censure," 21-28 Avril 2003, p. 2.
66 Ndamage Frank, "Kabanda a été destitué," Imvaho Nshya, no.
1488, 14-20 avril 2003, p. 1-2; Marcel Museminari et Emmanuel Rutaisire,
"Dissolve MDR, MPS tell government," The New Times, 17-23 avril 2003,
p. 1-2.
67 Editorial, The Rwanda Voice, 21-28 avril 2003, p. 4.
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