Il faut aujourd'hui, même plus que par le passé, insister sur
un programme économique cohérent, orienté vers la population des milieux ruraux.
Il faut éviter les déficits budgétaires causés par des programmes inutiles dont
l’endettement deviendrait de lourds fardeaux pour nos enfants. Devrons-nous
continuer à nous battre en DRC? Non. Je suis pour le retrait total de toutes les
forces militaires rwandaises et le retrait de tout soutien aux rebelles
congolais.
Je soutiens l'accord de Pretoria, signé fin juillet 2002,
entre le Rwanda et la RDC. Car la guerre se finance et un tel objectif, même
dissimulé, est inutile. Nous devons dialoguer avec nos frères congolais pour
résoudre nos différends pacifiquement, s'il y en a réellement.
Il faut faire la différence les combattants rwandais et les
vrais réfugiés qui vivent en RDC. Ces derniers méritent d’être protégés par la
communauté internationale, s’ils ne veulent pas retourner dans leur pays
d'origine. C'est leur choix et il faut le respecter. En revanche, ceux qui
optent pour leur retour au pays, cela ne devrait pas être garanti seulement aux
réfugiés se trouvant en RDC, mais aussi à tous les autres réfugiés rwandais se
trouvant dans d’autres pays africains (Congo, Brazzaville, République
Centrafricaine, Afrique de l’Est et australe) en Europe et en Amérique du Nord.
Beaucoup de jeunes diplômés vivent à l'extérieur mais leur
désir le plus ardent est de revenir dans leur pays et contribuer à son
développement social et économique. Un programme économique cohérent exige aussi
une politique cohérente et conséquente pour leur retour. Il faut créer les
conditions de la sécurité normales de sécurité, basées sur des principes de
liberté, des principes démocratiques, afin que non seulement ces jeunes mais les
adultes, partout où ils sont, puissent rentrer dans leur pays où ils pourront
être en compétition avec les autres jeunes restés au Rwanda. Une telle
compétition constructive n’est pas à combattre mais devrait être encouragée pour
le bien de notre pays.
Il faut favoriser le crédit bancaire chez les petits
commerçants, tout en réexaminant le règlement douanier et celui des taxes et
impôts. Toute politique économique qui crée des victimes et non des
bénéficiaires, devrait être combattue, car elle ne sert pas les intérêts de la
majorité de la population mais simplement d’une frange de cette population.
La finalité d'un programme économique devrait être le
développement de chaque citoyen. Les salariés, les étudiants issus des milieux
pauvres et paysans, les jeunes des milieux ruraux et urbains, les agriculteurs
et éleveurs, les fonctionnaires de l’Etat, les artisans, tous ont besoin d’être
rassurés d'un avenir certain, en insistant sur le revenu, le logement, la santé,
l’éducation, le transport, l’eau potable, la culture, le sport, le loisir et,
surtout leur sécurité pour tous. Celle-ci est fondamentale pour le progrès de
notre économie.
Nos dirigeants actuels ont amélioré la situation de quelques
groupes sociaux plus fragilisés, comme les orphelins, les veuves, et les rescapés
en général, mais ont négligé les paysans des zones rurales aujourd’hui presque
abandonnées.
La situation au Rwanda nécessite un plan économique global
qui dépasse les velléités du Président de la République, les manipulations des
chiffres par le Ministre des Finances et de l’Économie et les déclarations
officielles du gouvernement rwandais. Ce plan devrait requérir les réflexions de
toutes les composantes de la société rwandaise. Les réformes s’imposent et elles
doivent être discutées dans un cadre très large, en vue d’associer un grand
nombre de Rwandais à la prise de décisions concernant ces réformes. Ce cadre
permettrait de réunir nos meilleurs économistes, sociologues, directeurs,
agronomes, spécialistes de l'éducation ainsi que les représentants des ONG
nationales, les représentants des opérateurs économiques à divers niveaux et les
hommes d'affaires, dans le but de faire un éventaire de ressources nationales,
de procéder à la définition de besoins et à la détermination des moyens
d’atteindre les objectifs qui seraient fixés.