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En hommage à Augustin Cyiza

 

 

Le 23 avril 2003, aux environs de 21 h. 30, Augustin Cyiza était enlevé à Kigali alors qu’il rentrait en voiture à son domicile, accompagné d’un étudiant, juge de canton à Nyamata. Il venait de donner un cours de droit à l’Université adventiste de Kigali (UNILAK).

 

À quelques semaines de la date anniversaire, nous voudrions exprimer collectivement notre inquiétude et notre indignation face à l’omerta et à l’indifférence qui entourent cet enlèvement et rappeler qui était Augustin Cyiza. À cette occasion, nous interpellons les autorités rwandaises, la société civile et la communauté internationale pour connaître et faire savoir la vérité sur le sort d’Augustin Cyiza et de son compagnon Eliezer Ruhabura.

 

En effet, Augustin Cyiza n’est pas n’importe qui. N’en déplaise à quelques personnalités officielles qui ont traité cette disparition avec dédain s’étonnant pour l’un de l’intérêt porté au sort d’un « simple officier démobilisé », tel autre invoquant, avec une certaine indécence, la « liberté de déplacement dont peut user tout citoyen rwandais ».

 

Rappelons qui était Augustin Cyiza.

 

En raison des multiples fonctions qu’il occupa dans l’armée (président du Conseil de guerre nommé le 25 juin 1992, conseiller auprès du ministre de la Défense, membre de la délégation gouvernementale dans les négociations de paix avec le FPR) et dans la haute magistrature (vice-président de la Cour suprême et président de la Cour de cassation de novembre 1995 à juin 1999), Augustin Cyiza était connu sur le plan national et international comme une personnalité éthique : il figura parmi les premiers militants fondateurs des associations de défense des droits de l’homme à la fin des années 80 (Ardho, Haguruka) ; avec l’ARDES, il suscita dès 1993 un cadre de débats intellectuels ouverts sur les problèmes du pays ; il se fit aussi connaître comme un « visionnaire » politique anticipant dans ses écrits une société démocratique et libre. Converti le 20 octobre 1998, i l rejoignit les rangs de l’Église pentecôtiste. Il confia alors sa vie, comme il le disait fréquemment, au « Maître de nos jours » et poursuivit ses divers engagements avec abnégation et détermination.

 

Officier et juriste, cette double formation en fit un militaire atypique qui, tout au long de sa carrière, manifesta des exigences professionnelles et intellectuelles peu communes. Sa capacité d’analyse, sa rigueur et son indépendance séduisaient bien au-delà des milieux militaires, indisposant souvent la hiérarchie militaire et de nombreux dirigeants politiques. En effet, le rayonnement et l’autorité morale d’Augustin Cyiza transcendaient les clivages ethniques et régionaux, n’étaient pas liés à un appareil politique ou à l’institution militaire. Il était simplement respecté comme un homme de conviction, comme une personnalité intègre.

 

De ses démêlés avec le président Habyarimana aux tentatives répétées d’assassinats de ces dernières années, bien des prises de position et des initiatives de sa part démontrent que sa popularité était redoutée.

 

C’est la richesse de cette carrière et de sa personnalité que nous voudrions illustrer en publiant un bref ouvrage collectif qui rassemblerait les contributions de ses proches et de ceux qui l’ont connu. Chacun peut choisir la forme d’expression qui lui semblera la plus adaptée (analyses, récits, témoignages, photos).

 

Des amis d’Augustin Cyiza

 

Il serait préférable de privilégier des articles courts. Afin de faciliter le traitement des articles puis l’impression de l’ouvrage, chaque auteur est prié d’envoyer sa contribution signée par email sur fichier Word à l’adresse suivante : hommageaugustincyiza@yahoo.fr avant le 29 février 2004.

Fuites, arrestations et "disparitions"

Le général de brigade Emmanuel Habyarimana31, qui était Ministre de la défense jusqu'à novembre 2002 et le lieutenant-colonel Balthazar Ndengeyinka, un des représentants de l'armée à l'Assemblée, ont dû fuir le Rwanda le 30 mars, semble-t-il après avoir été informés qu'ils allaient être accusés de « divisionnisme » par le rapport de la Commission. Le lieutenant Alphonse Ndayambaje les a accompagnés en exil. En tant que membres des forces armées, ces officiers n'avaient pas le droit d'appartenir à quelque parti que ce soit.

Un porte-parole militaire aurait qualifié le général Habyarimana de « Hutu extrémiste » sur la radio BBC et déclaré qu'il avait fait défection pour rejoindre les rebelles ougandais et rwandais au Congo pour se battre contre le Rwanda.32 Le 7 avril, le Ministre des affaires étrangères Charles Murigande a clairement indiqué dans une interview à la radio que le gouvernement savait qu'Habyarimana au moins avait demandé l'asile à la Belgique.33

Le 1er avril, le général Félicien Ngirabatware, un ami du général Habyarimana, directeur de l'école militaire de Ruhengeri, a été arrêté et est resté depuis au secret. Des officiers des services de renseignements militaires ont interrogé à plusieurs reprises les épouses des trois militaires qui ont fui et celle du général Ngirabatware.

Le 3 avril, Damien Musayidizi « a disparu » alors qu'il rentrait chez lui après son travail. Ancien sergent de l'armée, il avait été le secrétaire du général Habyarimana au Ministère de la défense.

Le 4 avril, un commerçant de Kigali, Jean-Marie Vianney Nkulikiyinka, était enlevé dans son magasin vers 22h00 par des personnes non identifiées et l'on est sans nouvelles de lui depuis. Nkulikiyinka n'était pas connu pour avoir joué un quelconque rôle politique mais aurait été lié au Dr Hitimana, le suivant sur la liste des personnes « disparues ».

Le 7 avril, le Dr Léonard Hitimana, un député du MDR, « a disparu » dans le quartier de Remera à Kigali. La police a annoncé que sa voiture avait été trouvée près de la frontière avec l'Ouganda à Byumba, mais sa famille rejette l'hypothèse selon laquelle il aurait pu conduire de nuit, abandonner sa voiture et franchir la frontière. Le Dr Hitimana est l'un de ces membres du MDR dont le passé rend sujettes à caution les accusations sur la nature génocidaire du parti: il est amplement connu pour avoir essayé de sauver des Tutsis pendant le génocide et il a témoigné aux procès de personnes accusées de génocide.34

Le 23 avril, le lieutenant-colonel Augustin Cyiza, officier de l'armée rwandaise démobilisé, ancien président de la Cour de Cassation et vice-président de la Cour Suprême, a disparu après avoir donné un cours de droit à l'Université d'Afrique centrale de Kigali. Il n'a pas répondu aux appels passés sur son téléphone cellulaire et son véhicule a semble-t-il disparu des rues de la ville. Les enquêtes initiales de la police et des autorités judiciaires n'ont pas permis de découvrir d'informations sur son sort mais, quelques jours après sa disparition, la police aurait déclaré à sa famille que la voiture de Cyiza avait été découverte dans le district de Butaro, au nord-ouest du pays, près de la frontière ougandaise. Le porte-parole de la police, Tony Kuramba, a déclaré à d'autres personnes que la voiture de Cyiza avait été trouvée dans le district de Nkumba, limitrophe de Butaro. Selon des témoins, toutefois, sa voiture aurait été vue la nuit de sa « disparition » dans le camp militaire de Kanombe. Des sources militaires ont indiqué que Cyiza serait détenu dans le camp militaire de Kami ou dans la prison militaire de Mulindi.35

Un étudiant de l'université également juge cantonal du tribunal de Nyamata, Eliezer Runyaruka, a quitté l'université avec Cyiza le 24 avril et n'a pas non plus réapparu depuis. Quand ses proches ont appelé la police pour information, on leur aurait dit qu'Eliezer « était de mèche avec Cyiza » et qu'il avait fui le pays avec lui. Eliezer était un Munyamulenge, une personne originaire du Congo parlant le kinyarwanda. Les Banyamulenge sont généralement comptés comme des Tutsis. Cyiza emmenait et ramenait régulièrement Eliezer à et de l'Université.36      Pour lire tout l'article

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