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RWANDA: Interview de l'ancien premier ministre Faustin TWAGIRAMUNGU


©  Jacques Collet

L'ancien premier ministe rwandais Faustin Twagiramungu

BRUXELLES, le 16 mai (IRIN) - Faustin Twagiramungu fut Premier ministre du Rwanda de 1994 en 1995, au lendemain du génocide de 1994 qui a vu la formation du gouvernement de transition. Aujourd'hui exilé en Belgique, il s'est entretenu avec IRIN Mercredi dernier, expliquant sa candidature aux prochaines élections présidentielles au Rwanda, où il compte s'opposer au président Paul Kagame.

Question: Après l'avoir annoncée le 10 décembre 2002, confirmez-vous votre candidature aux élections présidentielles prévues à la fin de cette année au Rwanda?

Réponse: J'ai annoncé ma candidature mais officiellement je ne suis pas encore candidat, la loi électorale n'étant pas encore officialisée. L'Assemblée nationale de transition a certes recommandé le bannissement de mon parti, le MDR (Mouvement démocratique républicain), mais le gouvernement n'a pas encore pris de décision à cet égard. Mais si le parti est banni, je me présenterai de façon indépendante. Quant aux propos virulents du président Kagame contre l'opposition, ils ne m'impressionnent pas. La communauté internationale ne devrait pas accepter qu'un seul homme se déclare maître de tout et utilise tous les moyens pour assurer son élection. Il reste à savoir quand je pourrai me rendre au Rwanda.

Q: Justement, comment se porter candidat quand on est en exil?

R: Je ne compte pas faire campagne et me faire élire depuis mon petit appartement à Bruxelles! Je ne suis pas réfugié en Belgique, j'ai toujours mon passeport rwandais et rien ne m'interdit d'aller au Rwanda pour soumettre officiellement ma candidature. Il faut d'abord que le référendum ait lieu afin que je puisse exercer mes droits. Ensuite les problèmes de sécurité de l'opposition doivent être réglés, mais pour cela il faut que je sois sur place. Enfin, il faudra que les observateurs internationaux, et pas seulement africains, puissent circuler librement afin que ces élections soient libres et transparentes.

Q: Imaginez-vous faire campagne au Rwanda alors que l'ex-président Bizimungu est toujours en prison?

R: M. Bizimungu a été mis en prison notamment pour des raisons politiques car il a voulu fonder un parti. J'apprécierais qu'il soit libéré avant les élections. Mon parti, lui, existe déjà, il fait même partie du gouvernement d'union nationale depuis le 19 juillet 1994. Aussi, je devrais pouvoir circuler librement pour m'exprimer. Si le régime actuel trouve qu'une démocratie peut fonctionner sans parti d'opposition, il doit le dire à haute voix. Mais alors je demande à la communauté internationale de ne pas financer ces élections... ou alors autant laisser M. Kagame poursuivre la transition. Le génocide subi au Rwanda ne peut pas être une raison pour retourner au système de parti unique que nous avons combattu à l'époque du
président Habyarimana.

Q: Quelles sont les grandes lignes de votre programme?

R: Nous insisterons particulièrement sur la situation de pauvreté et les problèmes économiques. Deuxièmement, la situation socio-politique: les traumatismes subis au Rwanda nous obligent à examiner le cadre de réconciliation apte à apporter des solutions à l'ensemble des Rwandais. Troisièmement, le contexte interrégional: il faut qu'il y ait la paix au Rwanda et surtout dans la région. Rwandais, Burundais et Congolais ont le désir de mettre fin à leurs conflits et de vivre ensemble. En tout cas, je me présenterai comme Rwandais et non comme Hutu, nous avons assez souffert de ces clivages.

Q: Quelles sont vos relations avec la Concertation permanente de l'opposition démocratique rwandaise (CPODR), qui regroupe notamment des exilés tutsis et hutus, des monarchistes, ainsi que les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)?

R: Je ne crois pas à leur projet de dialogue interrwandais, et je ne pense pas qu'il aura lieu un jour. Nous avons déjà eu l'occasion d'avoir ce dialogue via les négociations d'Arusha en 1993. Les conditions qui ont mené en RDC à un dialogue intercongolais inclusif afin de mettre fin au conflit n'existent pas au Rwanda. Chez nous, les problèmes peuvent être résolus en faisant pression sur le président Kagame pour qu'il accepte le processus de démocratisation. Les opposants devraient pouvoir venir avec moi au Rwanda.

Quant aux FDLR, ils sont en RDC depuis neuf ans, ils ont tout essayé, ils n'ont jamais réussi. Je m'étonne aujourd'hui de voir des opposants politiques non armés se mettre du côté de ces combattants en armes. Ceux-ci ne sont pas forcément des Interahamwe, mais ce n'est pas à moi de le prouver. S'il y a parmi eux des gens qui ont trempé dans le génocide, il faut tout faire pour les arrêter et les déférer devant les tribunaux. Pour les autres, il faut faire pression à la fois sur MM. Kabila et Kagame pour faire rentrer ces combattants, moyennant des garanties. La solution est politique, pas militaire. Les FDLR comme M. Kagame perdent leur temps à se combattre les armes à la main.

Q: Que pensez-vous du projet de Constitution qui sera soumis à un référendum le 26 mai prochain?

R: Il contient des éléments positifs, comme des éléments négatifs. Par exemple, je m'insurge contre le pouvoir exorbitant donné à l'exécutif qui aura la mainmise sur l'ensemble des autres partis et qui sur certains points pourra contrôler aussi le judiciaire et le législatif. Ce n'est pas démocratique, et si je suis élu, je m'attellerai à modifier ces points de la Constitution.

Q: Quel bilan tirez-vous de la période de transition?

R: J'y ai participé pendant treize mois, de juillet 1994 jusqu'à fin août 1995. Le bilan de ces neuf ans ne fut pas entièrement négatif. La sécurité n'est pas totale, mais au moins on ne se bat plus au Rwanda. Deuxièmement, des tentatives ont été faites sur le plan de la réconciliation, même si celle-ci reste problématique. Troisièmement, des progrès économiques ont été réalisés, mais la pauvreté au Rwanda est la pire que j'ai connue depuis mon enfance. Les échecs: la liberté d'expression, les libertés politiques et d'association... On ferme les journaux, on emprisonne les journalistes, on oblige les gens à adopter le discours du Président... C'est intolérable.
Aujourd'hui, les gens sont fatigués de Kagame non seulement au Rwanda mais
dans toute la région. Mais il faut qu'il nous donne les moyens de le défier,et que la population rwandaise ait le droit de choisir.


[FIN]

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