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Ancien Premier ministre du Rwanda
A 57 ans, l'homme ne
manque pas de courage. Hutu modéré
rescapé du génocide de 1994, porté
à la tête du premier gouvernement de
l'après-génocide, Faustin
Twagiramungu a très vite dénoncé
les dérives du nouveau régime.
Chassé du pouvoir en 1995, il s'est
exilé en Belgique. Mais le 20 juin
dernier, il est rentré pour se lancer
dans la course à la présidentielle
prévue fin août. Et n'a pas du tout
l'intention de jouer les figurants.
JEUNE AFRIQUE/L'INTELLIGENT:Pourquoi êtes-vous candidat ?
FAUSTIN TWAGIRAMUNGU : Je me bats pour
la démocratie au Rwanda depuis 1991,
et j'ai une dette envers tous ceux qui
sont morts pour cette cause lors du
génocide de 1994. Aujourd'hui, je ne
veux pas assister à la naissance du parti
unique FPR [Front
patriotique rwandais]. Je veux
restaurer l'unité du Rwanda et
favoriser notamment le retour des
quelque 250 000 Rwandais de
l'étranger. Si je suis élu, je mettrai
fin à la guerre au Congo et
beaucoup rentreront.
J.A.I. : N'est-il pas difficile de
faire campagne dans un pays où
plusieurs opposants, comme l'ancien
président Pasteur Bizimungu,
sont en prison ?
F.T. : Oui, c'est
vrai. D'autant que le juge
Augustin Tyza et le docteur Léonard
Hitimana, député MDR [Mouvement
démocratique rwandais], ont été
enlevés en avril dernier. J'ai
hésité à rentrer, mais advienne que
pourra.
J.A.I. : Le président Paul Kagamé a
déclaré que les craintes à
propos de votre sécurité étaient
totalement injustifiées [J.A.I. n°
2212]. N'êtes vous pas sa caution
démocratique auprès des
Occidentaux ?
F.T. : Depuis mon retour au Rwanda, la
radio d'État n'a pas dit un
mot sur moi. Si je ne peux pas faire
campagne, si je suis réduit à
un rôle de figurant dans ma chambre
d'hôtel de Kigali, j'en tirerai
les conséquences.
J.A.I. : Vous présentez-vous comme
hutu ou comme rwandais ?
F.T. : Je suis loin de faire
l'unanimité chez les Hutus. Beaucoup
d'entre eux ne m'aiment pas depuis ce
jour de 1991 où j'ai lancé
l'idée d'associer le FPR au pouvoir.
Je ne ferai pas campagne en
disant : « Je suis hutu, vous aussi,
donc votez pour moi. » Je me
présente comme un unificateur et comme
rwandais. Cela dit, je ne
renie pas l'ethnie à laquelle
j'appartiens. Le fait d'être tutsi ou
hutu n'empêche personne de faire une
politique d'unité nationale.
J.A.I. : Ne craignez-vous pas d'être
accusé de « divisionnisme » en
tenant de tels propos ?
F.T. : Le FPR occupe 90 % des postes
clés du pouvoir et vient de
bannir le MDR. On ne peut pas être
plus divisionniste que cela ! On
peut, bien sûr, lancer des poursuites
contre les membres du MDR qui
prônent la haine. Mais traiter ce
parti de « génocidaire » et de «
nazi », et le faire interdire, c'est
tout sauf unificateur !
J.A.I. : Le pouvoir appelle les
Rwandais à ne plus s'identifier
comme hutu ou tutsi. Êtes-vous
d'accord ?
F.T. : Je pense que cette attitude est
hypocrite et qu'elle ne
réglera rien. Regardez les Burundais.
Ils font exactement le
contraire. Ils tentent de trouver une
solution sur une base
ethnique. Ils se disent la vérité. De
toute façon, vous n'empêcherez
pas les gens de dire : « Kagamé est
tutsi » ou « Twagiramungu est
hutu ». Ce qui est important, c'est
que les gens disent «
Twagiramungu est hutu, mais il a des
idées acceptables pour tous ».
J.A.I. : Avez-vous honte quelquefois
d'être hutu ?
F.T. : Jamais. Le génocide de 1994 a
été commis par un pouvoir hutu,
mais les Hutus ne sont pas tous
coupables ! Et 200 000 Hutus sont
morts lors du retour forcé des
réfugiés du Congo en 1996-1997. Il
faut mettre fin au traumatisme commun
de tous les Rwandais. Personne
n'a le monopole de la souffrance.
J.A.I. : Avez-vous des contacts avec
les FDLR [Forces démocratiques
de libération du Rwanda] ?
F.T. : Aucun. Les FDLR veulent la
conquête du pouvoir par la force
et la revanche des Hutus. Moi, je veux
des élections libres et le
partage du pouvoir entre Hutus et
Tutsis. Nous sommes donc
diamétralement opposés.
J.A.I. : Les pays anglo-saxons
soutiennent Paul Kagamé. N'êtes-vous
pas isolé ?
F.T. : Je n'ai pas à être la victime
du sentiment de culpabilité des
Britanniques et des Américains à
l'égard du Rwanda. Et à ceux qui
disent que, après le génocide, mon
pays ne peut plus être une
démocratie comme une autre, je réponds
: regardez l'Allemagne !
Propos recueillis par Christophe
Boisbouvier
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