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INTERVIEW
20 Mai 2003
Publié sur le web le 20 Mai 2003
Faustin Twagiramungu fut Premier ministre du Rwanda de
1994 en 1995, au lendemain du génocide de 1994 qui a vu la formation du
gouvernement de transition. Aujourd'hui exilé en Belgique, il s'est entretenu
avec IRIN Mercredi dernier, expliquant sa candidature aux prochaines élections
présidentielles au Rwanda, où il compte s'opposer au président Paul
Kagame.
Après l'avoir annoncée le 10 décembre 2002,
confirmez-vous votre candidature aux élections présidentielles prévues à la fin
de cette année au Rwanda?
J'ai annoncé ma candidature mais officiellement je ne suis
pas encore candidat, la loi électorale n'étant pas encore officialisée.
L'Assemblée nationale de transition a certes recommandé le bannissement de mon
parti, le MDR (Mouvement démocratique républicain), mais le gouvernement n'a pas
encore pris de décision à cet égard. Mais si le parti est banni, je me
présenterai de façon indépendante. Quant aux propos virulents du président
Kagame contre l'opposition, ils ne m'impressionnent pas. La communauté
internationale ne devrait pas accepter qu'un seul homme se déclare maître de
tout et utilise tous les moyens pour assurer son élection. Il reste à savoir
quand je pourrai me rendre au Rwanda.
Justement, comment se porter candidat quand on est en
exil?
Je ne compte pas faire campagne et me faire élire depuis mon
petit appartement à Bruxelles! Je ne suis pas réfugié en Belgique, j'ai toujours
mon passeport rwandais et rien ne m'interdit d'aller au Rwanda pour soumettre
officiellement ma candidature. Il faut d'abord que le référendum ait lieu afin
que je puisse exercer mes droits. Ensuite les problèmes de sécurité de
l'opposition doivent être réglés, mais pour cela il faut que je sois sur place.
Enfin, il faudra que les observateurs internationaux, et pas seulement
africains, puissent circuler librement afin que ces élections soient libres et
transparentes.
Imaginez-vous faire campagne au Rwanda alors que
l'ex-président Bizimungu est toujours en prison?
M. Bizimungu a été mis en prison notamment pour des raisons
politiques car il a voulu fonder un parti. J'apprécierais qu'il soit libéré
avant les élections. Mon parti, lui, existe déjà, il fait même partie du
gouvernement d'union nationale depuis le 19 juillet 1994. Aussi, je devrais
pouvoir circuler librement pour m'exprimer. Si le régime actuel trouve qu'une
démocratie peut fonctionner sans parti d'opposition, il doit le dire à haute
voix. Mais alors je demande à la communauté internationale de ne pas financer
ces élections... ou alors autant laisser M. Kagame poursuivre la transition. Le
génocide subi au Rwanda ne peut pas être une raison pour retourner au système de
parti unique que nous avons combattu à l'époque du président Habyarimana.
Quelles sont les grandes lignes de votre
programme?
Nous insisterons particulièrement sur la situation de
pauvreté et les problèmes économiques. Deuxièmement, la situation
socio-politique: les traumatismes subis au Rwanda nous obligent à examiner le
cadre de réconciliation apte à apporter des solutions à l'ensemble des Rwandais.
Troisièmement, le contexte interrégional: il faut qu'il y ait la paix au Rwanda
et surtout dans la région. Rwandais, Burundais et Congolais ont le désir de
mettre fin à leurs conflits et de vivre ensemble. En tout cas, je me présenterai
comme Rwandais et non comme Hutu, nous avons assez souffert de ces clivages.
Quelles sont vos relations avec la Concertation
permanente de l' opposition démocratique rwandaise (CPODR), qui regroupe
notamment des exilés tutsis et hutus, des monarchistes, ainsi que les Forces
démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)?
Je ne crois pas à leur projet de dialogue interrwandais, et
je ne pense pas qu'il aura lieu un jour. Nous avons déjà eu l'occasion d'avoir
ce dialogue via les négociations d'Arusha en 1993. Les conditions qui ont mené
en RDC à un dialogue intercongolais inclusif afin de mettre fin au conflit
n'existent pas au Rwanda. Chez nous, les problèmes peuvent être résolus en
faisant pression sur le président Kagame pour qu'il accepte le processus de
démocratisation. Les opposants devraient pouvoir venir avec moi au Rwanda.
Quant aux FDLR, ils sont en RDC depuis neuf ans, ils ont
tout essayé, ils n'ont jamais réussi. Je m'étonne aujourd'hui de voir des
opposants politiques non armés se mettre du côté de ces combattants en armes.
Ceux-ci ne sont pas forcément des Interahamwe, mais ce n'est pas à moi de le
prouver. S'il y a parmi eux des gens qui ont trempé dans le génocide, il faut
tout faire pour les arrêter et les déférer devant les tribunaux. Pour les
autres, il faut faire pression à la fois sur MM. Kabila et Kagame pour faire
rentrer ces combattants, moyennant des garanties. La solution est politique, pas
militaire. Les FDLR comme M. Kagame perdent leur temps à se combattre les armes
à la main.
Que pensez-vous du projet de Constitution qui sera soumis
à un référendum le 26 mai prochain?
Il contient des éléments positifs, comme des éléments
négatifs. Par exemple, je m'insurge contre le pouvoir exorbitant donné à
l'exécutif qui aura la mainmise sur l'ensemble des autres partis et qui sur
certains points pourra contrôler aussi le judiciaire et le législatif. Ce n'est
pas démocratique, et si je suis élu, je m'attellerai à modifier ces points de la
Constitution.
Quel bilan tirez-vous de la période de
transition?
J'y ai participé pendant treize mois, de juillet 1994
jusqu'à fin août 1995. Le bilan de ces neuf ans ne fut pas entièrement négatif.
La sécurité n'est pas totale, mais au moins on ne se bat plus au Rwanda.
Deuxièmement, des tentatives ont été faites sur le plan de la réconciliation,
même si celle-ci reste problématique. Troisièmement, des progrès économiques ont
été réalisés, mais la pauvreté au Rwanda est la pire que j'ai connue depuis mon
enfance. Les échecs: la liberté d'expression, les libertés politiques et
d'association... On ferme les journaux, on emprisonne les journalistes, on
oblige les gens à adopter le discours du Président... C'est intolérable.
Aujourd'hui, les gens sont fatigués de Kagame non seulement au Rwanda mais dans
toute la région. Mais il faut qu'il nous donne les moyens de le défier, et que la
population rwandaise ait le droit de choisir.
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