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Dix ans après le génocide, les ex-rebelles tutsis monopolisent le pouvoir


Dix ans après le génocide au Rwanda, les ex-rebelles tutsis sont accusés de monopoliser le pouvoir, politique aussi bien qu'économique et militaire.

Plusieurs organisations internationales - de Human Rights Watch à Amnesty International ou International Crisis Group - ont dénoncé ces derniers mois la main-mise du Front patriotique rwandais (FPR, ex-rébellion tutsie) sur les principaux leviers du pouvoir.

L'opposition hutue en exil a même dénoncé une "dictature à caractè

re féodal" dans ce petit pays d'Afrique centrale de huit millions d'habitants, coincé entre l'immense République démocratique du Congo (RDC) et la Tanzanie.

Qui contrôle le pouvoir au Rwanda? "C'est un tout petit groupe qui comprend beaucoup de Tutsis. Les Tutsis francophones et les survivants du génocide en sont exclus", indique à l'AFP le chercheur français Gérard Prunier, spécialiste du Rwanda, joint à Addis Abeba.

"On voit cela dans de nombreux pays africains. A part le Botswana, l'Afrique du Sud et le Sénégal, il y a peu de régimes démocratiques sur le continent. Ce sont les gens qui ont gagné la guerre qui ont empoché la mise", souligne-t-il.

"A l'époque de Juvénal Habyarimana (ancien président rwandais de 1973 à 1994, dont l'assassinat a déclenché le génocide), c'était pareil, avec des Hutus originaires de seulement deux provinces du nord-ouest, Gisenyi et Ruhengeri", rappelle-t-il.

"Les Hutus du sud étaient marginalisés au profit de l'Akazu ("petite maison" en langue kinyarwanda) du clan Habyarimana. Aujourd'hui, des gens parlent d'une nouvelle Akazu", tutsie cette fois, ajoute-t-il.

"La mentalité est la même: je prends ce qui me revient et je donne des miettes aux complices", conclut-il.

Aujourd'hui, au Rwanda, l'armée, la police, les services de renseignements, le secteur bancaire, les compagnies para-étatiques et le secteur de l'information sont largement dominés par des membres du FPR, essentiellement tutsis, mais sûrement pas par l'ensemble de la communauté tutsie.

Des dissensions y existent en effet, comme le soulignait déjà en novembre 2002 un rapport de l'organisation indépendante International Crisis Group (ICG), qui avait grand bruit à l'époque et s'était attiré les foudres de Kigali.

"Autant l'appareil sécuritaire est uni face à la menace d'une résurgence de mouvements génocidaires anti-tutsi, autant il est divisé face aux conséquences de la concentration du pouvoir au profit de groupe +ougandais+ au sein du pouvoir", écrit ICG.

Les troupes du FPR étaient en effet largement composées de Tutsis de la diaspora, essentiellement de l'Ouganda voisin, dont les parents avaient fui de précédents massacres anti-tutsis en 1959 au Rwanda.

L'organisation souligne ainsi "le sentiment de marginalisation du pouvoir des diasporas (tutsis) burundaise et congolaise". "La défiance entre diasporas se traduit par une atmosphère de complot permanent et un sentiment irrationnel de violence inéluctable", poursuit-elle.

Quand à la principale opposition, essentiellement hutue, elle est balayée d'un revers de la main par le régime de Kigali qui est prompt, selon plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme, à l'accuser de "divisionnisme ethnique".

Cette accusation est gravissime dans un pays encore traumatisé par le génocide et disqualifie toute personne qui ne suit pas la ligne officielle. L'appartenance ethnique a en effet officiellement disparu au profit de "l'unité et la réconciliation".

Le pouvoir du président Kagame, fort de sa légitimité acquise en 1994, lorsque les rebelles tutsis ont mis fin au génocide perpétré par le pouvoir hutu de l'époque et ses milices extrémistes, semble privilégier la "stabilisation" du pays plutôt qu'une démocratisation de type occidental.

           

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