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RWANDA: BERCEAU DE TOUS LES RWANDAIS.
"Je défendrai toujours et partout la justice, la liberté,
la tolérance, le consensus, la solidarité entre les peuples, l’égalité des
chances, le travail comme le fondement de l'autonomie individuelle, l’éducation
comme base des connaissances et de tout progrès et, enfin, l'amour du prochain
et l'amour de la patrie. Je combattrai toujours l’exclusion et le racisme sur
toutes ses formes. Pour que ces valeurs puissent être valablement défendues, il
me faut vivre dans un Rwanda nouveau où la paix et sécurité sont garanties par
l'État de droit, par les institutions issues d'une démocratie authentique, et
non garanties par une personne ou par une oligarchie. Je respecterai les
institutions solides qui conviennent à mon peuple, avant de respecter des
individus qui m'intimident, me harassent et me menacent de mort ou
emprisonnement."
TABLE DES MATIERES
01.
Introduction
02. A la recherche de la
stabilité
03. L’échec d’une libération
3.1 Un pouvoir décevant
3.2 Une communauté
internationale leurrée
3.3 Un pouvoir hégémonique et
dictatorial
3.4 Un pouvoir peu soucieux
de son peuple
3.5 Un faux combat contre la
pauvreté
3.6 Une politique
« patriotique » incohérente
04. Mes convictions et
expériences politiques
4.1 Président du Parti MDR et
Premier Ministre
4.2 Leçons tirés de mon
introspection
4.3 Eradiquer l’impunité et
rétablir la confiance entre les Rwandais
05. Mes convictions politiques :
5.1 Ne pas occulter les Hutu
et les Tutsi
5.2 Se battre pour les idées
5.3 Gouverner autrement
06. Mes motivations politiques
6.1 Le changement pour un
leadership inclusif
6.2 Un programme politique
intégré
6.3 Nécessité des libertés
d’association et d’expression
6.4 L’alternance et rôle de
la communauté interne
7. Propositions et voies à suivre
pour redresser le Rwanda
8. Conclusion
1. Introduction
Les élections présidentielles et législatives vont avoir lieu
au Rwanda avant la fin de cette année 2003. Les déclarations officielles du
gouvernement rwandais et surtout la déclaration faite par le Président rwandais
au journal ‘Le Soir ' lors de sa visite de travail du 7-10 décembre 2002, à
Bruxelles apportent quelques précisions : Les élections auront lieu et seront
précédées par un référendum sur le projet de constitution.
L’enjeu est historique. Après le génocide rwandais de 1994 et
les tragédies vécues tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, après une
transition de presque dix ans, ces élections ne devraient pas passer inaperçues.
Je me sens interpellé par celles et ceux qui ont connu ou qui connaissent mon
combat politique au Rwanda, et par tout ceux qui, d’une façon générale, aiment
la démocratie, la liberté et souhaitent un changement de politique et de
leadership, raisons pour lesquelles je me présente à ces élections. C'est un
engagement personnel, animé d’une détermination d’accomplir ce devoir de citoyen
et de servir mon pays que j'aime.
Après sept ans d’ « entraînements» politiques à l'étranger,
il est temps de me positionner sur le « terrain » de la politique nationale.
Ces élections détermineront le destin de notre peuple qui
désire vivre en paix et sécurité avec ses voisins et jouir tranquillement de ses
libertés fondamentales. Nos voisins Congolais, Burundais, Ougandais et voisins
tanzaniens et la communauté internationale en général, félicitent le régime
actuel du FPR pour avoir eu l’idée de les organiser. Tous veulent qu'elles se
passent dans le calme et qu’elles soient justes et transparentes.
Dans ce document je me présente à mon peuple et j’essaie de
lui faire partager mon idéal d’unité des Rwandais et je l’invite à me soutenir
pour pouvoir reconstruire ensemble notre beau pays. Elu, je m’engagerai à
restaurer un régime démocratique dans mon pays et rétablir, aussi, un
environnement pacifique dans la région des Grands Lacs. De plus, comptant sur
mon expérience politique, je me trouve en bonne position pour résoudre les
problèmes ethniques et en douceur et ceux d’intérêt général dans différents
domaines de notre économie et de notre vie politique nationale.
Les guerres civiles et hégémoniques, la pauvreté, la maladie,
la corruption, l'absence de liberté individuelle, la peur, le culte de
personnalité et le système oligarchique "akazu" restauré seront combattus
pendant ma campagne électorale et, après mon élection, des mesures sérieuses
seront prises pour les éradiquer.
Dans ce document je me présente comme le candidat du
renouveau, le candidat d’une révolution des mentalités et d’une espérance.
Lutter contre impunité et l’injustice, restaurer la démocratie dans mon pays et
déployer tous mes efforts pour son développement harmonieux sur le plan
économique et social dans le strict respect des institutions solides reflétant
la volonté du peuple rwandais: c'est mon objectif.
2. A la recherche de la stabilité
Ces derniers temps, les Rwandais ont fait des réflexions
profondes sur la situation sociopolitique, historique, économique et culturelle
de leur pays, analysant les régimes monarchiques et républicains qui s’y sont
succédés.
Ils réfléchissent encore davantage sur la situation du Rwanda
de demain ; surtout après le génocide rwandais de 1994 et les nombreuses crimes
contre humanité, comme les actes de génocide commis contre les réfugiés rwandais
et contre le peuple de la République Démocratique du Congo pillé de ses
richesses, suite aux tentatives de consolidation d’une politique hégémonique
dans la région par le régime actuel de Kigali.
De toutes ces réflexions, il en résulte un constat de
déception, d’incertitude et de méfiance à ce régime belliqueux. Face à cette
situation, le peuple rwandais se pose silencieusement des questions qui
demeurent sans réponses. Il cherche des leaders pour le guider vers des
destinées meilleures et lui donner l’espoir de vivre en paix durable dans leur
propre pays.
Dans les conditions actuelles, la communauté internationale
devrait se rendre à l'évidence, tirer les leçons de la récente tragédie et
opérer un choix clair et juste entre deux alternatives: démocratie ou dictature.
Impuissant, ce peuple croit que ses revendications méritent
une solution d’espoir, qui passe par la voie du changement démocratique et d’une
nouvelle orientation politique. Tout compte fait, il appartient à ce peuple
d’agir et agir sagement et correctement, non seulement dans l’intérêt de son
pays mais aussi dans celui de ses partenaires pour trouver, ensemble, des
solutions adaptées à l'évolution de notre politique sur le plan interne,
régional et global.
Ce changement n'est pas facile lorsque le climat politique
actuel ne laisse que des horizons sombres, dans le Rwanda libéré, mais il est
nécessaire.
Le discussion, souvent incohérente et contradictoire, de ceux
qui sont en charge actuellement de la destinée du peuple rwandais, vise à
supprimer son histoire. Aucun repère n’est permis pour nous servir de
positionnement dans notre propre pays. Pour eux, tout est «génocide». Tous les
leaders républicains, sauf l’actuel Président, le Général Major Paul Kagame,
sont indignes et assassins. Pour eux, il n'y a plus d’histoire sauf la leur.
C'est évidemment inadmissible. Ce discours, souvent arrogant, à l’égard de la
mémoire collective du peuple rwandais ainsi qu’à l’opinion internationale,
dissimule mal le présent invivable et compromet gravement le l’avenir, resté
incertain depuis que le FPR est au pouvoir.
3. L'échec d’une « libération »
La libération de Rwanda tant chantée par les « patriotes » du
Front Patriotique Rwandais, n’a été, et n’est plus, qu’un simple slogan qui
sonne mal face à la réalité. Après cette « libération », les Rwandais ont été
impunément massacrés, meurent de faim ou fuient le pays quotidiennement. Parmi
les exilés de ces dernières années, il y a des hommes d'affaires qui, écrasés
par le fardeau intolérable d'impôts et des taxes insupportables, accourent vers
les pays tels que Malawi, Zambie, Mozambique, Angola et Madagascar pour y
chercher leur le bonheur : C'est « la fuite des capitaux ». C'est un combat pour
la vie que leur propre pays ne peut plus leur offrir. Quel dommage! A la grande
espérance générée dans les esprits des Tutsis de la diaspora et de l'intérieur
et des Hutus démocrates dits modérés, au moment de la victoire d’hier, ont
progressivement succédé la déception ; le doute et la révolte silencieuse
d’aujourd'hui.
Le processus de démocratisation entamé en 1990, les
négociations consécutives à la guerre, centrées autour du partage du pouvoir
entre le gouvernement rwandais et le FPR, la loi fondamentale qui en a été le
fruit, toutes ces bases d’une paix durables se trouvent aujourd’hui bafouées
avec un prétexte, ô combien émouvant, d’avoir arrêté le génocide.
Rescapé et victime moi-même de ce crime, je conçois mal
comment celui-ci peut toujours servir de justificatif de tous les drames, de la
mauvaise foi, de l'incompétence et des autres faiblesses flagrantes enregistrées
au bilan actuel du FPR.
3.1 Un Pouvoir décevant
Le peuple rwandais a été déçu par le FPR. Celui-ci avait
promis une démocratie qui a vite tourné en dictature.
La tradition de démocratie, qui est à la base de l'abolition
de la monarchie et l'instauration de la République, est attaqué de l'intérieur
par des réglementations incompréhensible, d'un caractère stalinien, et rongé
surtout par le virus destructeur des intérêts bassement politiques, matériels et
partisans.
De toute évidence, le sentiment qui prédomine actuellement
au sein de l’immense majorité silencieuse rwandaise, soumise par la peur et la
crainte de disparition, est que le processus de démocratisation, entamé en 1990
et a accepté comme tel par l'Accord de Paix d’Arusha en août 1993, est vidé de
tout son contenu pour faire place à un système de parti unique, Front
Patriotique Rwandais (FPR). Ce dernier est déguisé sous forme de « FORUM DES
PARTIS » et le régime actuel de Kigali veut le rendre constitutionnel pour
empêcher toute forme d’organisation ou d’expression politique en dehors de lui.
Il en va de soi que le changement tant souhaité par le peuple
depuis 1990 ne pourra pas être jugulé par des manœuvres égoïstes, sans
hypothéquer dangereusement une fois de plus l’avenir des Rwandais. Ce système
communisant, aujourd’hui révolu, imposé au prix des crimes passés sous silence,
est chargé de lourdes conséquences. Il faut en mesurer les dégâts à long terme,
à moins de convenir de la nécessité de la démocratisation de la vie politique
nationale. Cette voie exige le courage, voire le sacrifice des tenants actuels
du pouvoir, mais en réalité elle constitue le seul remède des maux dont souffre
notre pays.
Les Rwandais veulent se défaire d'un système obscur imposé
par le régime issu lui-même des cendres de la violence et non de l’alternance
pacifique et démocratique. Ils veulent la liberté de s’exprimer, la liberté
d’adhérer à un parti politique de leur choix, la liberté de leurs actes, de
leurs mouvements, de leurs pensées. En d'autres termes, ils veulent les acquis
de la loi fondamentale, en l’occurrence, l’instauration des libertés
démocratiques et le rejet définitif du parti unique, même déguisé ou voilé.
La question fondamentale aujourd'hui n’est pas de savoir, si
oui ou non, il y a eu un génocide au Rwanda, une guerre civile, des
«massacres interethniques » ou une guerre du FPR contre la RDC avec le prétexte
d’y combattre les « génocidaires ». Le peuple rwandais victime de tous ces maux
est en droit d’espérer des lendemains meilleurs, d’attendre des solutions
appropriées à ses multiples souffrances. Il veut s’en sortir rapidement et
dignement.
Dès lors la question fondamentale à l’ordre du jour est de
consolider nos acquis du processus démocratique et de savoir si le
fonctionnement du système politique et institutionnel national, l'organisation
et la conduite des affaires politiques, sociales et économiques, obéissent aux
règles et principes fondamentaux de la gestion démocratique, tant souhaités par
le peuple rwandais, dans le respect des droits et devoirs de chaque citoyen tels
que consacrés par les instruments nationaux et internationaux de protection des
droits de la personne humaine.
3.2 Une communauté internationale leurrée
Je considère pour ma part, que tout qui s'est passé au
Rwanda, depuis 1994, n'a pu être réalisé par le régime actuel, sans la
participation, sans la suggestion ou même sans l’ingérence occulte de la
communauté internationale. Celle-ci n’a malheureusement pas eu aucun souci
d’exiger, au moment opportun, des tenant de ce régime ni du fait véritablement
démocratique, ni du fait de rendre compte à la nation rwandaise. Le pays est
dirigé comme un patrimoine personnel du Président de la République qui nomme et
démet les ministres, les députés, les gouverneurs et autres hauts fonctionnaires
de l'Etat, comme bon lui semble. Cet état de choses est inacceptable. Il faut
absolument un changement démocratique et un changement de méthode de
gouvernance.
Il ne faut pas se faire d’illusion : les lobbies des
démocratiques de la communauté internationale, se servent actuellement des
régimes militairement puissants, mais impopulaires, de cette région pour assurer
leurs intérêts dans la région de Grands Lacs. Ces mêmes pays ferment les yeux
quand la démocratie est mise à mal, dénaturée, dévoyée, du fait de
l’intolérance, de l’exclusion, de la terreur et des violations répétées et
délibérées des droits de l'homme.
Ce constat d’indifférence n’est pas seulement le mien. Il est
partagé par les peuples rwandais, congolais, et burundais, qui ne comprennent
pas le sens du soutien de certains pays démocratiques à ces régimes
oligarchiques et autocratiques. Les perspectives démocratiques sont chaque fois
interrompues par les souvenirs des événements sanglants (Rwanda en 1990, Burundi
en 1993 et RDC en 1996 et 1998) par des intimidations du pouvoir en place.
Aujourd'hui les pays épris de démocratie, qui soutiennent le
régime rwandais devraient prendre leur responsabilité pour ramener ses
dirigeants dans le droit chemin de respect du processus démocratique, au lieu de
les encourager à poursuivre leur ‘politique néfaste' de « parti unique», en
finançant les élections à caractère plutôt communiste. Sans prise de position
claire de leur part sur la situation actuelle, les citoyens rwandais resteront
sous le joug d'une oligarchie heureuse, assurée de maintenir au pouvoir en se
mettant au service des grandes puissances, au détriment du peuple rwandais.
Les pressions doivent être faites pour que la dérive
dangereuse qui s’opère actuellement, visant à nous imposer une démocratie
tronquée à travers une constitution taillée su mesure des tenants du pouvoir
actuel, s’arrête. Nul n’ignore que le bricolage démocratique et constitutionnel
ne peut nous conduire qu’à un cumul de frustrations aux conséquences
multiples et futures.
3.3 Un pouvoir hégémonique et dictatorial
Comment peut-on comprendre les critiques adressées hier au
MRND, parti unique avant 1990, si on occulte aujourd’hui les critiques qui
devaient être adressées au FPR, parti unique en son genre, à cause de ses moyens
forts et peu démocratiques qu'il utilise contre le peuple en vue de maintenir au
pouvoir.
D’aucuns diront sans ambages que le régime du FPR est pire que
celui du MRND. Je le crois moi aussi et je ne fais que confirmer à très haute
voix ce que beaucoup d’autres Rwandais disent tout bas, car ma déception est
grande. Souvent, je me demande si nous avons consenti, tous sans exception, tant
de sacrifices humains pour vivre d'autres cauchemars: l’intolérance,
l’incohérence, le chaos, les guerres, le pouvoir oligarchiques, la dictature,
l’injustice, l’hypocrisie, la terreur, la traîtrise, l’exclusion et le copinage
politique.
Comme beaucoup de Rwandais, je voie avec consternation
l'apparition d'une monarchie républicaine qui se construit sur des cadavres de
mes concitoyens Hutu et Tutsi, de mes amis, de mes frères et mes voisins, pour
satisfaire les intérêts d'une oligarchie sans autre projet, avant tout, que
celui de détruire tous ceux qui contestent son pouvoir.
Vouloir instaurer un pouvoir hégémonique fort, vouloir
imposer sa vision politique erronée, car dictatoriale, sous un « seul prétexte
d'avoir arrêté le génocide » (et comment!), vouloir surtout le faire dans le
contexte actuel où nous aspirons tous au changement de politique stalinienne
affichée à celui d’une politique démocratique est totalement inacceptable.
Évidemment, si le pouvoir poursuit sa route à sens interdit, il devra s’attendre
un jour à être arrêté par un désaveu populaire.
3.4 Un pouvoir peu
soucieux de son peuple
La pauvreté, la misère, les maladies, l’angoisse, la peur, la
crainte de disparaître, le sous développement généralisé ne sont ni une tare ni
une fatalité ou une malédiction de notre peuple. L'expérience des années 1970 et
1980, les années glorieuses de notre prospérité, prouve suffisamment comment les
Rwandais sont travailleurs et ingénieux et peuvent encore se relever si la paix
et la sécurité pouvaient leur être assurées. Bien sûr notre pays n'a pas les
mêmes ressources que ses voisins, mais sa ressource fondamentale est le génie et
travail assidu de son peuple. Pouvons-nous pacifier ce peuple, le réconcilier à
jamais et le protéger contre les prédateurs qui se battent pour les « places »
et qui, toujours, finissent leur combat dans un bain du sang?
Oui, je ne voie qu’une seule solution: rendre justice et
rendre le pouvoir à ses « propriétaires » que sont le peuple rwandais.
3.5 Un faux combat contre la pauvreté
L'autre solution réside aussi dans le combat qu’il faut mener
contre la pauvreté. Les statistiques montreront toujours, et souvent de manière
exagérée, des progrès réalisés par le régime en place. Le taux de croissance
élevée, souvent au-dessus de 8%! Ces statistiques fantaisistes sont une chose et
la réalité en est une autre. Pour combattre pauvreté, il nous faut développer
les milieux ruraux. La construction de belles villas ne constitue en aucun cas
le meilleur paramètre de notre développement. J'aimerais avoir dans mon pays
plus de kiosques, de petits bazars, plus de magasins et de petites unités
artisanales de production que de villas et de belles voitures.
Comment pouvons-nous prétendre au développement endogène si
l’endettement public extérieur qui était de 0.8% de PIB en 1990 est aujourd'hui
plus que 1.6%, soit le double de la dette publique en une décennie, alors que la
misère de la population rwandaise s’est aggravée (Voir le rapport mondial du
PNUD sur développement humain 2001). Le vide causé par la guerre de 1990-1994 et
le démantèlement de l'Etat par les deux belligérants (le FPR et les FAR) ne
suffisent pas pour justifier ce passage. Le gaspillage des deniers publics pour
l'effort de guerre au Congo et la corruption sont quelques pièces à conviction
de l’accroissement excessif de la dette de notre pays.
Cette évolution est d’autant plus inquiétante qu’aucun
programme cohérent de relance économique n’a jamais été mis en oeuvre. La fraude
presque recommandée par le pouvoir, les crimes économiques contre le Congo,
l'abandon des domaines et entreprises étatiques dans les mains des étrangers
souvent sans contrepartie sinon à des prix ridicules et dérisoires ,
l’inflation, la corruption, ce sont tous les signes qui ne trompent pas. Plus
que jamais dans la fonction publique, aux critères de compétences, d'efficacité
et de mérite, s’est substituée une préférence marquée pour clientélisme
politique, synonyme d’opportunisme et de médiocrité, qui relègue au rang de
mythe et de voeu pieux, le culte d'excellence tant prôné par les autorités
rwandaises actuelles.
3.6 Une politique
"patriotique" incohérente
Si la politique d’équilibre du régime précédent favorisait le
régionalisme à outrance, tout en excluant scandaleusement les Tutsis de services
publics, la politique «patriotique» du présent régime FPR plonge le pays dans un
gouffre d'exclusion sans précédent. Nous en sommes simplement retournés à
l'époque coloniale et monarchie absolue. Nous en sommes tous victimes: Ceux en
exil ainsi que ceux qui, restés à l’intérieur, sont réduits au silence dans leur
propre pays.
Au nom de la transparence, les nouveaux dirigeants, profitant
d’une transition record de neuf années, n'ont pas cessé d'abreuver les Rwandais
et la Communauté Internationale de bavardages et rapports confus et incohérents
qui n’ont eu pour seul résultat que l’instauration de l’opacité sur les
pratiques discriminatoires et la révélation, au grand jour, des graves
insuffisances dans la gestion des affaires publiques. Nous sommes Rwandais, mais
nous ne jouissons pas tous des mêmes chances.
Alors que faire? Un changement de politique s’avère
nécessaire. Il ne peut en être autrement. Il s’impose même.
Dans de pareilles conditions, les appels répétés et
incantatoires à la solidarité et à la cohésion nationale ne peuvent avoir aucun
effet mobilisateur, tant est grande la frustration des nombreuses victimes de
l’exclusion et de la marginalisation. Les Rwandais à tous les niveaux de
l'administration souhaitent participer à la gestion de leur pays, mais pas
n’importe comment et surtout ne souhaitent pas être des « yes man », des pions
ou des instruments du pouvoir.
Face à toutes ces dérives, il est temps de passer à l’action
politique, d’insuffler un nouvel espoir au peuple rwandais. Il faut rétablir la
plénitude de sa légitimité, de sa primauté et de sa souveraineté.
4. Mes convictions et
expériences politiques antérieures
Depuis le premier Septembre 1990, je me suis engagé
politiquement en signant une lettre, avec trente deux autres Rwandais, adressée
au Président de la République Rwandaise pour demander de concrétiser l'idée de
son discours du 05 juillet 1990 sur le multipartisme, en nous autorisant de
mettre en place les partis politiques. Cette lettre à laquelle nous avions
annexée une déclaration sur le multipartisme au Rwanda, est restée sans réponse.
J'ai donc pris l'initiative, personne ne me contestera ce fait, de créer d’abord
une association, et ensuite un parti qui deviendra le parti MDR (Mouvement
Démocratique Républicain).
C'est au sein de ce parti que j’ai pu donné mes idées et
clarifier les valeurs que je défends encore aujourd'hui. Je combattais le
pouvoir d'un seul homme, la dictature en d'autres termes, le clientélisme,
l'exclusion systématique de Tutsis du pouvoir, le régionalisme à outrance dans
l'armée, dans l’enseignement, et dans la Fonction Publique d’une manière très
générale, l'emprise de "akazu" sur les institutions et, enfin la corruption.
Après dix-sept ans de pouvoir dictatorial, je voulais que les Rwandais, à
travers une conférence nationale (Rukokoma), alors à la mode en Afrique noire
(surtout en Afrique de l’Ouest), puissent s'exprimer, enterrer leurs différends
et donc se préparer ainsi à une nouvelle culture démocratique. Le Front
Patriotique Rwandais attaqua notre pays le premier Octobre 1990 et compromis
ainsi le projet de la conférence nationale à laquelle il était pourtant convié.
Cette conférence nationale sera remplacée formellement par les Négociations de
Paix d’Arusha.
4.1 Président du parti MDR
et Premier Ministre (1994-1995)
En ma qualité du Président du MDR depuis le 31 Août 1992, je
fus présenté par mes partisans et par les autres partis politiques y compris le
MRND comme leur candidat au poste de Premier Ministre devant diriger le
Gouvernement de transition à base élargie au FPR (GTBE). Je fus aussi reconnu
par le FPR. Suite à la victoire de ce dernier, pressé par la communauté
internationale, et désireux moi-même à l’époque d’être utile à mon pays, j’ai
quitté la Belgique, où je m’étais réfugié depuis mai 1994, pour aller à Kigali
diriger le gouvernement d' « union nationale» conformément à l'esprit (et pas à
la lettre!) de l'Accord de Paix d’Arusha. Premier Ministre nominal, j'ai prêté
serment le 19 juillet 1994, le pouvoir restant entre les mains d'un seul « homme
fort » et de l'armée. Suite à mes déclarations jugées gênantes par certains,
appropriées par d’autres, suite aussi à mes désaccords permanents avec le FPR en
général sur beaucoup de points, j'ai démissionné le 28 Août 1995 après 13 mois
de frustrations accumulées.
Je suis retourné en Belgique où je viens de passer sept ans
d’observation. J'ai tout essayé pendant cette période pour que mes compatriotes
au Rwanda et à l'étranger puissent s’entendre. Je me suis souvent heurté à
l’incompréhension et à l’extrémisme de certains d’entre eux.
4.2 Leçons tirées de mon
introspection et de mes contacts :Lutter contre l’exclusion:
Si j'ai choisi, depuis que juin 2001, de me tenir à l’écart
des projecteurs de l’actualité politique nationale, si j'ai choisi une certaine
forme de silence, c'est d’abord par déception. Ensuite, je voulais me retrouver
face à face avec moi-même, et me donner le temps et le recul nécessaires à une
réflexion sereine et responsable.
Depuis l’an 2001, j'ai multiplié les contacts avec des
politiciens étrangers dont des parlementaires, des ministres et des chefs
d'Etat. J'ai reçu des visites de beaucoup de Rwandais anonymes, venus de divers
milieux et de différentes conditions sociales du Rwanda, des « Hutus » comme des
« Tutsis » qui n'ont aucun passé politique et qui n'apparaissent pas dans des
journaux et n’interviennent jamais à la Radio. Cela ne les empêche pas de se
faire une opinion sur le régime actuel. Pour eux, il faut un changement au
Rwanda, car le pays meurtri par les massacres et les crimes contre l’humanité,
comme le génocide, est dirigé par une oligarchie dont l’arrogance et la violence
à l’intérieur et à l’extérieur handicapent le progrès tant politique
qu’économique. Cela affecte le Rwanda mais aussi la région des Grands Lacs.
Suite aux contacts avec les Rwandais et autres personnalités
africaines, européennes et américaines, j’ai tiré des leçons et appris beaucoup
sur nos valeurs et les valeurs universelles. Je défendrai toujours et
partout la justice, la liberté, la tolérance, le consensus, la solidarité entre
les peuples, l’égalité des chances, le travail comme le fondement de l'autonomie
individuelle, l’éducation comme base des connaissances et de tout progrès et,
enfin, l'amour du prochain et l'amour de la patrie.
Je combattrai toujours l’exclusion et le racisme sur toutes
ses formes. Pour que ces valeurs puissent être valablement défendues, il me faut
vivre dans un Rwanda nouveau où la paix et sécurité sont garanties par l'État de
droit, par les institutions issues d'une démocratie authentique, et non
garanties par une personne ou par une oligarchie. Je respecterai les
institutions solides qui conviennent à mon peuple, avant de respecter des
individus qui m'intimident, me harassent et me menacent de mort ou
emprisonnement.
4.3 Eradiquer l’impunité
et rétablir la confiance entre les Rwandais
Au moment où j’étais encore Premier Ministre, j’ai choisi à
ce titre de continuer à dire la vérité, à défaut de disposer du pouvoir que
m’attribuait la Loi fondamentale, négociée à Arusha et signée en Août 1993 sous
forme d’accord, accord mutilé par les déclarations militaires du régime actuel.
J’étais entré dans le Gouvernement dit « d’union nationale » parce que j’avais
l’ambition de gouverner le plus correctement possible, de réconcilier et
consoler les gens rwandais, mais surtout de dire la vérité.
Malgré le génocide, je voulais consacrer mes forces à
l’édification de l'État, à la restauration de son autorité, de la sécurité et de
la paix sociale. Ma préoccupation était de concevoir et mettre en oeuvre, sans
contraintes et sans violence, les actions et les formes d'organisation
susceptibles de rassembler et d’engager toutes les filles et les fils du Rwanda
dans l’œuvre de la reconstruction du pays, du rétablissement de confiance et de
l’éradication de l’impunité.
Mon idée demeure noble et j’y crois sincèrement toujours.
Mais, le manque de moyens politiques et l’environnement hostile m’ont
cruellement empêché de la concrétiser. Mes projets de combattre l’impunité
restent les mêmes. Les criminels sont tous les mêmes et méritent toujours les
mêmes châtiments.
Je reste opposé à tous les actes inhumains et dégradants dont
la torture par le « kiboko » ou fouet et en particulièrement par l’ « ingoyi »
ou « kandoya » (méthode de torture consistant au ligotage atroce des membres
supérieurs dans le dos de la victime).
5. Mes convictions politiques
Ma conviction la plus profonde, ma vérité la plus sincère,
est que les Rwandais doivent vivre ensemble.
Il n’y a plus à proprement parler de Hutus et de Tutsi comme
durant le temps colonial et précédemment : C’est-à-dire des Hutus et Tutsis
sociaux, faisant référence aux origines de leurs origines de leur classe sociale
ou clanique. Aujourd’hui il y a des Hutus et des Tutsis politiques, deux groupes
nationaux souvent non différents en apparence qui veulent se servir de leur
morphologie, de leur identification respective, et non de leurs idées politiques
et patriotiques pour justifier leurs revendications.
Nous ne devons pas nous servir de ce que nous sommes pour
devenir ce que, autrement, nous ne pouvons pas devenir. Nous devons en revanche
devenir ce que nous voulons que nous devenions en passant par les efforts, par
le travail et le mérite, et cela malgré les obstacles que nous rencontrons.
5.1 Ne pas occulter les
Hutu et les Tutsi
Si, avant la révolution sociale de 1959-1962, il était facile
de définir le Hutu et le Tutsi par des paramètres précis et par des indicateurs
clairs et connus ; aujourd'hui il est difficile de les définir autrement que par
des clichés de « majorité et minorité historiques » qui se confondent
malheureusement avec la majorité et la minorité politiques.
Il faut admettre que si les Hutus et les Tutsis ont les mêmes
idées politiques constructives, rien ne s’oppose à ce qu’ils coexistent
pacifiquement dans notre pays. Dans ces conditions je ne vois pas en quoi ils
seraient différents, et cela semble être le cas actuellement. Aidons-les à
s’émanciper.
Le phénomène Hutu-Tutsi provient du racisme pur et simple, un
racisme sans fondement pour un peuple qui partage tout ou a tout en commun
(langue, rites religieux, coutumes, culture). Ma vérité est de combattre ce
racisme parce que, littéralement, il n'y a ni tribu ni ethnie au Rwanda; il n’y
a que des groupes différents de population formant tous un même et seul peuple
rwandais.
Il y a des Rwandais qui tiennent à cette différenciation et
qui les croient privilégiés par cette identification surannée de Tutsi et de
Hutu. Je respecte leur opinion sans toutefois la partager avec eux. Il faudrait
qu’ils soient conséquents avec eux-mêmes en soutenant l’idée d'une majorité et
majorité raciale, comme en Afrique du Sud !
Il ne peut en être autrement si nous devions être guidés par
ces clichés, entretenus pas des fantasmes, par l’histoire surtout coloniale, la
nostalgie, la fierté, l’ignorance même, et souvent par la haine. Il faut à ce
sujet être précis pour éviter toute confusion et amalgames politiques.
5.2 Se battre pour les idées
Je me demande si, après cette révolution, après ce changement
historique des institutions, de 1959 à 1962, la situation des Hutus n’a pas
changé. Si pour certains, cette révolution semble ne pas avoir atteint les
objectifs comme ils l’auraient souhaité, c'est qu'ils n'ont peut-être rien
compris. Aucune autre révolution de ce genre n’aura plus jamais lieu, car
l’environnement politique n'est plus et ne sera plus le même. Le combat
politique n’étant absolument plus le même, il faut un changement de méthode. Il
faut une autre vision politique.
Aussi faut-il reconnaître qu’en dépit de ses erreurs, cette
révolution a eu lieu et qu’elle est loin d'être un « génocide », mais un
véritable combat pour la libération de Hutus de l'humiliation et de l’esclavage.
Cette révolution nous laisse un acquis appréciable: la République Rwandaise. Il
est temps de combattre cette maladie qui ne voit que du négatif, que la tragédie
dans notre passé. Faudrait-il, une fois encore, que les Hutus se débarrassent du
pouvoir « tutsi » par une autre révolution ? Faudrait-il que les Tutsis
combattent les Hutus pour que ceux-ci ne leur reprennent pas le pouvoir ? C’est
un non-sens pour les Tutsis conservateurs de croire que les Hutus ont toujours
tort sur toute la ligne de leurs revendications. Et que les Hutus irréductibles
croient que les Tutsis n’ont rien à revendiquer au Rwanda, leur propre pays.
Cette mentalité doit changer et il est temps pour qu’elle change.
Je me battrai pour les idées et non pour défendre un groupe
national parce qu’il est hutu ou tutsi. Je me battrai pour l’égalité des
chances, pour que le meilleur gagne. Je me battrai pour une bonne et juste cause,
c’est-à-dire, contre l’injustice et l’humiliation d'un homme par un autre.
A mon avis, seule une volonté de rassemblement peut conjurer
les risques de divisions inutiles et l’éclatement qui se précisent au fur et à
mesure que le régime actuel s’impose par la force de son armée, autrement dit
par la violence, en vue de reconstituer une puissance oligarchique d’un seul
groupe national des Tutsis de l’ancienne diaspora. Je combats donc l'exclusion
d'autres Rwandais par le pouvoir en place, quel que soit leur groupe national ou
social.
5.3 Gouverner autrement
Les Rwandais veulent désormais être gouvernés autrement. Ils
veulent être gouverné sans craindre le pouvoir. Ils veulent être gouverné par
des femmes et des hommes qui croient à leur mission et qui sont résolus
restaurer l'État de droit, à leur redonner l’espoir et la confiance pour
affronter les difficultés qui sont les leurs. Les Rwandais veulent sentir une
réelle volonté politique de réconciliation au sommet de l'État, la rigueur
morale à tous les niveaux de la vie publique, la compétence et l’efficacité à
tous les échelons de l’activité nationale.
Nous devrions valoriser la compétence, l’honnêteté,
l’intégrité, le patriotisme et le respect de l'autre avant de penser au copinage
politique, aux clans, à l’ « ethnie » et aux régions. Il faut être évolué
mentalement et politiquement pour gouverner les Rwandais qui simplement
n’aspirent qu’à l’unité, à la paix et à une nation prospère.
6. Mes motivations politiques
6.1 Un changement pour le
leadership inclusif
Les Rwandais, plus que jamais, éprouvent un profond besoin de
changement. Seuls les partis politiques qui garantissent une compétition
politique saine peuvent opérer ce changement. Les Rwandais sont suffisamment
mûrs savoir comment distinguer bon de mal, le blé de l’ivraie.
Les leaders des partis politiques ne devraient pas chercher à
créer la confusion sur la « Rwandité » des uns, et sur la « Hutité » ou la « Tutsité »
des autres en s’adressant aux Rwandais. Ce dont ces derniers ont besoin, c’est
un programme de changement, un programme précis, avec des objectifs clairs et
les moyens d’y parvenir. Les leaders ne devraient pas camoufler les réalités
historiques. Il faut plutôt les reconnaître, les assumer, les exposer et non
manipuler dans le but de les utiliser comme moyen politique d’exclusion ou comme
une arme fatale de confiscation du pouvoir éternellement.
Le passé des Hutus et des Tutsis est un fait réel de notre
histoire. Nous l’assumons. Mais ce passé ne devrait pas être considéré comme un
outil pour intimider les citoyens en vue de prendre le contrôle du pouvoir au
Rwanda. Il faut au contraire donner la chance au peuple pour faire son choix des
dirigeants, dans la sérénité.
Aujourd'hui le problème n'est pas qu'un Hutu ou un Tutsi soit
au pouvoir. Nous connaissons leur valeur, de l’un comme de l’autre, et le rôle
qu’ils ont tous les deux joué dans les horreurs qui ont marqués notre pays. Ce
qui importe, c’est d’œuvrer pour que le papa, la maman et les enfants aient
assez à manger aujourd'hui et demain, que leur santé et bien-être et l'éducation
de leurs enfants soient garantis.
Tout cela devra se faire dans un environnement de paix, de
sécurité et de convivialité entre les citoyens.
6.2 Un programme politique
intégré
Il faut aujourd'hui, même plus que par le passé, insister sur
un programme économique cohérent, orienté vers la population des milieux ruraux.
Il faut éviter les déficits budgétaires causés par des programmes inutiles dont
l’endettement deviendrait de lourds fardeaux pour nos enfants. Devrons-nous
continuer à nous battre en DRC? Non. Je suis pour le retrait total de toutes les
forces militaires rwandaises et le retrait de tout soutien aux rebelles
congolais.
Je soutiens l'accord de Prétoria, signé fin juillet 2002,
entre le Rwanda et la RDC. Car la guerre se finance et un tel objectif, même
dissimulé, est inutile. Nous devons dialoguer avec nos frères congolais pour
résoudre nos différends pacifiquement, s'il y en a réellement.
Il faut faire la différence les combattants rwandais et les
vrais réfugiés qui vivent en RDC. Ces derniers méritent d’être protégés par la
communauté internationale, s’ils ne veulent pas retourner dans leur pays
d'origine. C'est leur choix et il faut le respecter. En revanche, ceux qui
optent pour leur retour au pays, cela ne devrait pas être garanti seulement aux
réfugiés se trouvant en RDC, mais aussi à tous les autres réfugiés rwandais se
trouvant dans d’autres pays africains (Congo, Brazzaville, République
Centrafricaine, Afrique de l’Est et australe) en Europe et en Amérique du Nord.
Beaucoup de jeunes diplômés vivent à l'extérieur mais leur
désir le plus ardent est de revenir dans leur pays et contribuer à son
développement social et économique. Un programme économique cohérent exige aussi
une politique cohérente et conséquente pour leur retour. Il faut créer les
conditions de la sécurité normales de sécurité, basées sur des principes de
liberté, des principes démocratiques, afin que non seulement ces jeunes mais les
adultes, partout où ils sont, puissent rentrer dans leur pays où ils pourront
être en compétition avec les autres jeunes restés au Rwanda. Une telle
compétition constructive n’est pas à combattre mais devrait être encouragée pour
le bien de notre pays.
Il faut favoriser le crédit bancaire chez les petits
commerçants, tout en réexaminant le règlement douanier et celui des taxes et
impôts. Toute politique économique qui crée des victimes et non des
bénéficiaires, devrait être combattue, car elle ne sert pas les intérêts de la
majorité de la population mais simplement d’une frange de cette population.
La finalité d'un programme économique devrait être le
développement de chaque citoyen. Les salariés, les étudiants issus des milieux
pauvres et paysans, les jeunes des milieux ruraux et urbains, les agriculteurs
et éleveurs, les fonctionnaires de l’Etat, les artisans, tous ont besoin d’être
rassurés d'un avenir certain, en insistant sur le revenu, le logement, la santé,
l’éducation, le transport, l’eau potable, la culture, le sport, le loisir et,
surtout leur sécurité pour tous. Celle-ci est fondamentale pour le progrès de
notre économie.
Nos dirigeants actuels ont amélioré la situation de quelques
groupes sociaux plus fragilisés, comme les orphelins, les veuves, et les
rescapés
en général, mais ont négligé les paysans des zones rurales aujourd’hui presque
abandonnées.
La situation au Rwanda nécessite un plan économique global
qui dépasse les velléités du Président de la République, les manipulations des
chiffres par le Ministre des Finances et de l’Économie et les déclarations
officielles du gouvernement rwandais. Ce plan devrait requérir les réflexions de
toutes les composantes de la société rwandaise. Les réformes s’imposent et elles
doivent être discutées dans un cadre très large, en vue d’associer un grand
nombre de Rwandais à la prise de décisions concernant ces réformes. Ce cadre
permettrait de réunir nos meilleurs économistes, sociologues, directeurs,
agronomes, spécialistes de l'éducation ainsi que les représentants des ONGs
nationales, les représentants des opérateurs économiques à divers niveaux et les
hommes d'affaires, dans le but de faire un éventaire de ressources nationales,
de procéder à la définition de besoins et à la détermination des moyens
d’atteindre les objectifs qui seraient fixés.
6.3 Nécessité des libertés
d'association et d’expression
Sur le plan politique, je crois fermement que c'est un droit
naturel de tout Rwandais d’appartenir et d’adhérer à un parti de son choix. Il
est temps que les Rwandais se libèrent des partis uniques imposés pour servir
les intérêts des oligarques et les membres de l’ « akazu ».
Le FPR ne peut pas prendre la relève du MRND comme un parti
unique en se dissimulant sous la couverture du FORUM DE PARTIS et nous laisser
indifférents. Les Rwandais ont tous été, sans exception, victimes des réactions
diaboliques, pendant le génocide, de ceux qui avaient profité du régime du parti
unique, le MRND. Nous ne pouvons pas accepter qu’un autre parti unique puisse
exister, connaissant les conséquences désastreuses que cela représente, à
long terme, sur l’avenir de notre pays.
Accepter une répétition de la même expérience parce que nous
avons la peur de mourir serait une trahison de ceux qui sont morts pour leurs
opinions politiques. Le combat reste le même et doit continuer jusqu'à la
victoire démocratique. Il faut braver la peur.
Comment pouvons-nous, en toute tranquillité, mener sereinement
notre politique alors que nous savons que l'ancien Président de la République
Rwandaise, issu du FPR, son proche collaborateur, issu du parti PSD et le
Secrétaire général du parti MDR sont emprisonnés à Kigali pour leurs opinions
sur un renouveau politique dans le pays. Le régime FPR doit les libérer
inconditionnellement afin qu'ils puissent continuer leurs activités politiques
sans se mettre à genoux devant qui que ce soit. Tous les partis politique, y
compris le FPR, devraient se conformer au CODE D'ÉTHIQUE POLITIQUE défini par
l'Accord de Paix d’Arusha, un code qui une partie intégrante de la Loi
Fondamentale.
6.4 L’alternance et le
rôle de la communauté internationale
Le projet de constitution, encours d’examen, en vue d’être
soumis au référendum, devrait être gelé en attendant qu’il fasse l’objet d’une
large discussion dans un cadre semblable à celui d’une conférence nationale et
souveraine (Rukokoma). Quant aux élections, elles ne pourraient avoir lieu que
si les partis politiques sont autorisés à fonctionner ouvertement et librement,
sans risque de représailles. En revanche, si elles devaient avoir lieu dans les
conditions et environnement préparés par le régime actuel du FPR, ce serait une
façon détournée de prolonger la transition pour une encore cinq ans.
Le rôle de la communauté internationale qui finance les
élections au Rwanda, est d’une importance capitale. Les élections qui auront
lieu après une série de tragédies et une période de la transition de neuf (9)
ans doivent être transparentes. La communauté internationale doit s'assurer que
le régime Kigali remplisse toutes les conditions et garantisse la sécurité de
chaque citoyen afin que ces élections, qui détermineront le destin de notre
peuple, ne deviennent pas en une autre tragédie à court ou à long terme.
Il faut absolument essentiel que la situation change. Et elle
ne changera pas positivement tant que toutes les forces vives de l’interieur du
pays et la diaspora ne seront pas associées aux projets utiles et nécessaires au
bon fonctionnement de leur société. Ma conviction est que le Rwanda est mûr pour
être délivré du mal politique et devenir un État de droit. Il faut que cet Etat
de droit soit instauré, car il n'y a aucune autre alternative. Il nous faut
impérativement accepter l’alternance et rejeter la violence ainsi que les
manipulations mensongères, moyens privilégiés par le régime actuel, pour se
maintenir au pouvoir. Dix ans, presque, de transition d'un pouvoir absolu, cela
suffit.
7. Propositions des voies
à suivre pour redresser le Rwanda
Si nous voulons vraiment construire un Rwanda nouveau et
préparer le futur, l’avenir des générations présentes et futures, il faut
oeuvrer au maintien du consensus d'Arusha qui visait le partage du pouvoir
pendant une période transitoire qui aura duré neuf (9) ans, et l'État de droit
où la liberté, justice et démocratie sont des fondements d'institutions solides.
Il est vrai que le génocide rwandais, ses antécédents et ses multiples
conséquences, ont déchiré le tissu social et détruit nos familles. En revanche,
rien de plus étrange que de s’en servir pour enterrer à jamais tous les symboles
de la République et les acquis positifs des négociations d'Arusha contenus dans
la loi fondamentale. Sans l’Etat de droit il n'y aura ni liberté, ni justice et
encore moins un progrès dans le développement économique et politique de notre
pays.
Une politique de développement réaliste, cohérente et viable
devra être mis en oeuvre. Cela exigera, dans le cadre du processus de réformes
économiques, et d’enracinement de la démocratie, le patriotisme et la volonté
politique, le courage, l’engagement, la ténacité dans l’action pour affronter
avec efficacité et succès, les défis de chômage déguisé des jeunes dans les
milieux ruraux et urbains, le chômage des jeunes diplômés, l’angoisse des
commerçants, petits et moyens, aujourd'hui appauvris par des mesures
arbitraires, l'érosion du pouvoir d'achat des travailleurs, l'amélioration et la
moralisation de la vie publique. Il faut redonner l’espoir à la classe paysanne
et encourager des coopératives dans tous les districts (communes) de notre pays.
Pour instaurer au Rwanda une paix durable et améliorer
sensiblement les conditions de vie de ses habitants, il est capital de concevoir
et de mettre en œuvre des actions mûrement réfléchies, centrées notamment sur
les objectifs prioritaires suivants:
1. Changer les mentalités en combattant le racisme comme
fondement comme fondement de tout pouvoir, au Rwanda, et veiller à la primauté
de la légalité des institutions et au respect de la constitution.
2. Promouvoir, à tous les niveaux, une nouvelle dynamique
d'éducation à la citoyenneté, axée sur le respect de la dignité humaine, avec la
gratuité effective de l’enseignement primaire, et procéder à l’accroissement
considérable des effectifs, et une expansion considérable du nombre de
professeurs, aux niveaux secondaire et supérieur.
3. Favoriser la culture de compromis politique et
démocratique dans la résolution pacifique de conflits entre groupes nationaux.
4. Promouvoir la participation populaire dans la démocratie
directe et le droit d’initiative laissé à la société civile
5. Placer l’homme au centre de l'économie de notre pays et
créer des emplois par tous les moyens possibles.
6. Faire de l'administration publique une institution
nationale et pas l'héritage de quelques privilégiés du régime.
7. Se préoccuper de la santé publique et, plus
particulièrement, celle dirigée aux plus vulnérables.
8. Assurer la justice équitable, la sécurité pour tous, et
lutter contre l’impunité.
9. Mettre fin au recrutement des mineurs dans l'armée et
faire en sorte que cette dernière soit réellement nationale et non une propriété
d'une oligarchie.
10. Soutenir la presse dans son rôle de former et d’informer
objectivement la population.
11. combattre le régionalisme, le népotisme, la corruption,
l’exclusion, la traîtrise, la fourberie et clientélisme.
12. Inculquer à la population les valeurs unificatrices comme
la solidarité, le respect mutuel, la fraternité et égalité parmi les citoyens.
13. Combattre toute forme d'exaltation de l’homme au pouvoir,
instaurant encore une fois le culte de personnalité au Rwanda.
14. Définir une diplomatie sans arrogance, respecter les
conventions, traités et accords internationaux, promouvoir l'intégration
régionale par la politique de bon voisinage et de liberté de circulation des
biens et des services et de libre établissement des personnes.
15. Respecter et honorer la mémoire de nos anciens chefs
d'Etats et autres héros nationaux et proposer les conditions de retour de
l’ancien roi du Rwanda.
Dans mon programme, j'aurais certainement le loisir de donner
les détails de chacune des propositions précitées. Cependant, je peux confirmer
dors et déjà que l’accomplissement de toutes ces tâches exige des efforts de
tout et un chacun. Ces efforts seront nécessaires si nous ne souhaitons plus
vivre dans un pays marqué par les conflits permanents et sanglants et où les
divisions et les pertes en vies humaines ne seraient que reléguées à histoire.
8. Conclusion
Il nous faut, nous Rwandais, signer un nouveau contrat
social. Ce contrat de confiance mutuelle entre toutes les composantes de la
nation rwandaise nous servira de nouvelle base pour la reconstruction d'un pays
d'espoir pour les futures générations. Il faut mettre un terme à la peur et à la
méfiance entre les Rwandais qui, tous aspirent à une même destinée. Nous devons
mettre fin à « l'ethnisme » artificiel au Rwanda, mettre fin à la dictature et
restaurer les principes démocratiques, lutter contre l’impunité et garantir les
libertés fondamentales dans un État de droit.
Le régime FPR, au pouvoir depuis 1994, vient de faire ses
preuves pendant presque dix ans. Il a eu tout son temps pour redresser la
situation sécuritaire tant à l’intérieur du pays qu’à ses frontières. Il a eu
également assez de temps pour convaincre des investisseurs tant nationaux
qu’étrangers. Ce temps est aussi amplement suffisant pour le régime FPR d’avoir
réfléchi sur nos problèmes politiques, sociaux et économiques et aussi d’avoir
mis en exécution quelques projets importants dans divers secteurs de la vie
nationale. Si rien n’a pu être accompli dans beaucoup de domaines, tel que celui
de l’agriculture et du développement du mouvement coopératif dans les milieux
ruraux, c'est suite à une incapacité de gestion plutôt qu'à une situation
structurelle ou conjoncturelle. C'est temps pour la relève. Il est temps pour
l’alternance. Enfin il est temps de procéder au changement sans violence.
La communauté internationale devra accorder son assistance au
peuple Rwandais afin qu'il accomplisse son devoir de changement démocratique
dans le calme et dans la sérénité. Il est temps pour cette communauté des
nations démocratiques de mettre fin à sa complaisance et de mettre fin aussi à
la dictature au Rwanda et d'Afrique. Sa contribution au succès des élections
présidentielles et législatives prochaines au Rwanda, comme elle vient d’en
faire un témoignage éclatant au Kenya, sera un signe d’espoir pour les autres
pays du continent africain.
Bruxelles, Février 2003
Faustin TWAGIRAMUNGU |