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Faustin Twagiramungu

Rwanda - Le président sortant a mis toutes les chances de son côté pour gagner l'élection de lundi Kagame, la carotte et le bâton

Aucun charisme. Mais un bilan qui n'est pas négatif, avec notamment le retour à la paix. Pour ceux qui ne seraient pas convaincus, Kagame ne rechigne pas à la menace voilée.

 

 

 

AP

 

 

 

 

 

 

 

REPORTAGE

COLETTE BRAECKMAN,

envoyée spéciale à Murambi

Dans le Mutara, à l'est du Rwanda, tout le monde vient d'ailleurs : des Tutsis sont revenus d'Ouganda, des Hutus sont rentrés des camps de Tanzanie, des rescapés du génocide ont créé de nouveaux villages, étalés le long des routes. Ce vendredi cependant, toutes ces populations se sont mélangées, pour accueillir à Murambi Paul Kagame, venu terminer ici sa campagne électorale avant un ultime meeting à Kigali.

Depuis l'aube, les gens se sont mis en route, par cellule, par colline, pour se rassembler à plus de 10.000 sur un terrain de sport et attendre le candidat vedette. Question spectacle, ils n'ont pas été déçus, le FPR, au pouvoir depuis neuf ans, n'a pas lésiné sur les moyens. Le portrait d'un Kagame pensif s'étale partout, sur des parapluies largement déployés, des casquettes, des T-shirts, des ballons, des affiches. Celui qui assurait naguère qu'il détestait le culte de la personnalité est désormais omniprésent ; son nom est scandé par les animateurs : Tora (votez) Kagame ; on l'appelle déjà, malgré ses 46 ans, « Mzee kijana », un terme affectueux qui veut dire le Vieux, alors que son rival Twagiramungu a droit, lui, à « Umusasa », ce qui signifie plus crûment le vieillard?

Lorsque, ponctuel, Kagame apparaît juché sur un pick-up militaire et brandit ses longues mains fines en direction de la foule compacte, l'orchestre se déchaîne, les danseuses font voler leur « umushanana », la longue tunique retenue à l'épaule qui leur donne des allures de princesse ; les cadres du parti, depuis la tribune, scandent les trois mots qui résument le programme du FPR : Unité, démocratie, développement. Dans le public, des bancs se renversent, il y a des bousculades, des remous, car tous veulent apercevoir le héros du jour et les militaires, sur ordre du chef, relâchent la sécurité et laissent avancer les premiers rangs jusqu'au pied du podium.

Réglée comme une grand-messe, la cérémonie peut alors commencer : le préfet rappelle les règles électorales ; l'évêque dit une prière ; les candidats des partis politiques associés au FPR dans le gouvernement mais qui ne présentent pas de candidat expliquent pourquoi ils soutiennent le président sortant ; le vice-président du FPR énumère longuement les réalisations de Kagame, d'abord vice-président au lendemain du génocide puis chef de l'Etat en mars 2000.

Il est vrai que, lorsque l'on se souvient du Rwanda dévasté de 1994 et en particulier de cette région du Mutara où presque chaque église était un charnier, les réalisations sont impressionnantes : les réfugiés sont revenus, le pays ressemble à une fourmilière en construction, 40.000 prisonniers ont été libérés et les tribunaux « gacaca », qui s'inspirent de la justice traditionnelle, essaient de juger et de réconcilier. Mais surtout, le Rwanda vit en paix, la sécurité a été rétablie et il est de mauvais goût de rappeler comment la guerre a été portée au Congo.

Les orateurs rappellent aussi que la stature de Kagame dépasse celle du Rwanda, qu'il a reçu à l'étranger des prix pour sa bonne gouvernance. Les Rwandais sont-ils sensibles à cette légitimation extérieure ? Comment le savoir ? Grave, silencieuse, la foule écoute, surveillée par des militaires armés jusqu'aux dents et elle ne répond que mollement aux vivats que clament les cadres du parti. Qui peut dire ce qui se passe derrière ces fronts têtus, ces lèvres serrées ? A la sortie cependant, une vieille femme interpelle : Kagame, c'est la paix. Un jeune garçon souffle : Il a promis que l'école secondaire serait gratuite, c'est bien. Un autre ajoute : Voyez comme nous vivons bien ensemble.

Lorsqu'il grimpe sur le podium, laissant deviner des bottines militaires sous le pantalon de sport, Kagame, plus dégingandé que jamais, démontre, une fois de plus, qu'il n'a rien d'un tribun, qu'il est incapable de faire rire ou sourire, que son charisme est nul. Mais son bilan est clair, ses propos cohérents. Il développe sa vision de l'avenir : pour lui, ces élections représentent une étape importante : Nous avons tiré les leçons d'un passé qui nous a menés à la catastrophe, essayé de retrouver l'unité du Rwanda en dépassant les divisions ethniques, et aujourd'hui, nous demandons au peuple de sanctionner notre action.

Les nécessités de la campagne ont métamorphosé Kagame : il a appris à battre des mains, à se trémousser, comme un échassier pris dans le vent, et lorsqu'il s'approche de la foule, il serre des mains, sourit tant qu'il peut.

A la sortie, il retrouve son humour sarcastique lorsque les journalistes l'interrogent sur les arrestations, les disparitions, et répond sans se démonter : Ces gens dont vous me parlez sont probablement à l'étranger, un jour ils reviendront, comme l'a fait Twagiramungu.

Mais surtout, il assure qu'il ne doute pas de sa victoire, du fait que ces élections démocratiques représentent un tournant pour le pays, et qu'il veut poursuivre le travail entrepris voici neuf ans. Dans d'autres meetings, il ne craignait pas d'affirmer : Cette maison qui était détruite, nous l'avons reconstruite, entièrement, et d'autres voudraient aujourd'hui nous la reprendre? Et il tenait des propos qu'il ne répéterait pas aujourd'hui, mais que tous ont retenus : Ceux qui s'opposent à nous, nous allons les moudre, comme du grain.

Sans aucun doute, malgré la présence de quatre candidats, c'est Kagame qui a dominé, avec le FPR qui a mené une campagne à l'américaine et s'est servi de l'appareil d'Etat pour mobiliser massivement. Nous avons tout fait pour gagner, assure Denis Polisi, chargé de la mobilisation populaire. Tandis que d'autres cadres du FPR glissent à l'oreille, sans insister : De toute façon, si, contre toute attente, Twagiramungu devait l'emporter, le pays serait ingouvernable.·

24.08.2003

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