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LA REVOLUTION
RWANDAISE
La Révolution sociale de 1959 a apporté des acquis et des
espérances fondamentaux à la population rwandaise, qui subissait
l'arbitraire et la cruauté d'un régime féodal de fer. Elle a véhiculé de fortes
revendications d'égalité, de justice sociale, de liberté, de reconnaissance de
la propriété privée. Remettre en cause des valeurs fortes dans lesquelles les
rwandais se reconnaissent, revient à rompre définitivement l'espoir du lendemain
rwandais et c'est ouvrir la voie royale à la restauration d'une oligarchie
acteur de l'extrémisme, la corruption, le non respect des droits de l'homme et
du crime politique.
La nature émancipatrice et sa croyance forte par la population dans les idéaux
véhiculés ne peut être vidé ni de son contenu ni de la teneur.
La Révolution de 1959, je le rappelle et réaffirme, a été
l'oeuvre d'une majorité de Rwandais, hutu et tutsi , considérée comme des êtres
de seconde zone qui, esclaves dans leur propre pays, luttaient avant tout pour
sortir du servage et accéder à leur émancipation politique et sociale.
Actuellement, la discussion, souvent incohérente et
contradictoire, de ceux qui sont en charge actuellement de la destinée du peuple
rwandais, c'est-à-dire le FPR, vise à supprimer son histoire, attaque et
supprime avec force tous les acquis de la révolution. Aucun repère n’est permis
pour nous servir de positionnement dans notre propre pays. Pour eux, tout est
«génocide». Tous les leaders républicains, sauf l’actuel Président, le Général
Major Paul Kagame, sont indignes et assassins. Pour eux, il n'y a plus
d’histoire sauf la leur. C'est évidemment inadmissible. Ce discours, souvent
arrogant, à l’égard de la mémoire collective du peuple rwandais ainsi qu’à
l’opinion internationale, dissimule mal le présent invivable et compromet
gravement l’avenir, resté incertain depuis que le FPR est au pouvoir.
Si, avant la révolution sociale de 1959-1962, il était facile
de définir le Hutu et le Tutsi par des paramètres précis et par des indicateurs
clairs et connus ; aujourd'hui il est difficile de les définir autrement que par
des clichés de « majorité et minorité historiques » qui se confondent
malheureusement avec la majorité et la minorité politiques.
Il faut admettre que si les Hutus et les Tutsis ont les mêmes
idées politiques constructives, rien ne s’oppose à ce qu’ils coexistent
pacifiquement dans notre pays. Dans ces conditions je ne vois pas en quoi ils
seraient différents, et cela semble être le cas actuellement. Aidons-les à
s’émanciper.
Le phénomène Hutu-Tutsi provient du racisme pur et simple, un
racisme sans fondement pour un peuple qui partage tout ou a tout en commun
(langue, rites religieux, coutumes, culture). Ma vérité est de combattre ce
racisme parce que, littéralement, il n'y a ni tribu ni ethnie au Rwanda; il n’y
a que des groupes différents de population formant tous un même et seul peuple
rwandais.
Il y a des Rwandais qui tiennent à cette différenciation et
qui les croient privilégiés par cette identification surannée de Tutsi et de
Hutu. Je respecte leur opinion sans toutefois la partager avec eux. Il faudrait
qu’ils soient conséquents avec eux-mêmes en soutenant l’idée d'une majorité et
majorité raciale, comme en Afrique du Sud !
Il ne peut en être autrement si nous devions être guidés par
ces clichés, entretenus pas des fantasmes, par l’histoire surtout coloniale, la
nostalgie, la fierté, l’ignorance même, et souvent par la haine. Il faut à ce
sujet être précis pour éviter toute confusion et amalgames politiques.
Je me demande si, après cette révolution, après ce changement
historique des institutions, de 1959 à 1962, la situation des Hutus n’a pas
changé. Si pour certains, cette révolution semble ne pas avoir atteint les
objectifs comme ils l’auraient souhaité, c'est qu'ils n'ont peut-être rien
compris. Aucune autre révolution de ce genre n’aura plus jamais lieu, car
l’environnement politique n'est plus et ne sera plus le même. Le combat
politique n’étant absolument plus le même, il faut un changement de méthode. Il
faut une autre vision politique.
Aussi faut-il reconnaître que cette révolution a eu lieu et
qu’elle est loin d'être un « génocide » comme la qualifie le FPR, mais un
véritable combat pour la libération de Hutus de l'humiliation et de l’esclavage.
Cette révolution nous laisse un acquis appréciable: la République Rwandaise. Il
est temps de combattre cette maladie qui ne voit que du négatif, que la tragédie
dans notre passé. Faudrait-il, une fois encore, que les Hutus se débarrassent du
pouvoir « tutsi » par une autre révolution ? Faudrait-il que les Tutsis
combattent les Hutus pour que ceux-ci ne leur reprennent pas le pouvoir ? C’est
un non-sens pour les Tutsis conservateurs de croire que les Hutus ont toujours
tort sur toute la ligne de leurs revendications. Et que les Hutus irréductibles
croient que les Tutsis n’ont rien à revendiquer au Rwanda, leur propre pays.
Cette mentalité doit changer et il est temps pour qu’elle change.
Je me battrai pour les idées et non pour défendre un groupe
national parce qu’il est hutu ou tutsi. Je me battrai pour l’égalité des
chances, pour que le meilleur gagne. Je me battrai pour une bonne et juste
cause, c’est-à-dire, contre l’injustice et l’humiliation d'un homme par un
autre.
Si nous reculons dans le temps et tournons les yeux vers
l'histoire récente des massacres de Rucunshu où la lignée « nyiginya », fut
systématiquement décimée par le Régent Kabare, - encore un régent -, pour se
hisser au pouvoir et opérer un coup d'Etat qualifié de biologique, tellement les
plans sordides qui précédèrent et suivirent les massacres et le coup de force
étaient d'une infinie
perfidie; nous nous rendons compte que le coup d'Etat de Rucunshu, non seulement
perturba les équilibres institutionnels de l'ordre monarchique jamais recouvrés,
mais surtout introduisit dans les moeurs politiques l'idéologie de
l'extermination systématique, en masse, pour le seul fait de l'appartenance d'un
individu à un groupe social ou clanique. Les graines de la liberté et de
l'égalité ont été semées, elles ont des racines indéboulonnables, elles germent
et résisteront contre le machiavélisme le plus sagace.
Prenons garde ! Et nous prenons les rwandais et l'opinion
internationale à témoin. Plus vous enfouissez l'histoire et la mémoire des
peuples, plus profond la conscience se cultive et plus haut elles se déterrent
et rebondissent avec plus d'éclats et de vigueur que jamais.
A mon avis, seule une volonté de rassemblement peut conjurer
les risques de divisions inutiles et l’éclatement qui se précisent au fur et à
mesure que le régime actuel s’impose par la force de son armée, autrement dit
par la violence, en vue de reconstituer une puissance oligarchique d’un seul
groupe national des Tutsis de l’ancienne diaspora. Je combats donc l'exclusion
d'autres Rwandais par le pouvoir en place, quel que soit leur groupe national ou
social.
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